mardi 24 février 2009

Soliloques

Il y a des gens qui parlent pour ne rien dire, et d’autres qui disent tout sans penser à rien. Puis il y a ceux qui ne parlent pas, et ceux encore qui ne disent pas. Il y a ceux qui dévoilent, et qui dévoilent, pour toujours trouver un nouveau voile, puis les nudistes du dire dont les paroles sont vidées de leur sens. Il y a ceux qui vomissent leurs mots, et ceux qui ne peuvent parler d’avoir trop vomi. Il y a ceux qui parlent, naturellement, et ceux qui s’ennuient, naturellement aussi. Il y a ceux qui écoutent les autres parler, et ceux qui n’écoutent pas et ne parlent pas. Il y a ceux qui parlent sans écouter, voire sans s’écouter. Il y a ceux qui parlent direct, et ceux qui prennent le détour. Il y a ceux qui hument leurs paroles, et ceux qui les crachent. Quelques-uns, même, se pincent le nez en parlant. Il y a le parler médicamenteux, et celui médicamenté. Le parler doctoral, et le docte parler. Sans rien dire du parler franc et du parler hypocrite.
À chacun son parler, à chacun ses dires. Laissons aux bègues le droit de bégayer, à l’apeuré le droit d’avoir peur, à l’aimant le droit d’aimer, au souffrant celui de souffrir, ou de ne plus souffrir.
Il y a aussi aider. Il y a celui qui propose son aide, celui qui la dépose à la porte, en secret, comme on dépose un bouquet à l’élue de son cœur sans vouloir toutefois vouloir dévoiler sa flamme. Il y a celui qui impose son aide à tous prix, à tous vents. Il y a l’aidant malheureux, l’aidant audacieux, l’aidant qui ne se connaît pas, l’aidant empathique, l’aidant souffrant, l’aidant aux abonnés absents. Il y a celui dont l’aide est un coup de point en plein cœur, et l’autre un coup de poing dans l’eau. Il y a celui qui croit aider, et celui qui ne croit rien mais le fait par acquis de conscience. Et il y celui qui aide sans le vouloir, par hasard, le temps d’un regard.
La vie est comme ça : il y a le beau, et le moins beau ; le gai et le triste, l’arbre et la souche, le blé et la cendre, et puis toutes les nuances qui se mêlent pêle-mêle pour se démêler à nouveau en un foisonnement infini autant que limité. Mais tout cela est su et ressassé, pourquoi donc en parler ? Et pourquoi donc ne pas en parler. C’est quand on ne s’émerveille plus devant le petit et le rampant, devant la feuille au coucher du soleil, lourde du sommeil des oiseaux dans les branches, que l’on retrouve au matin allégée par le réveil de ces mêmes oiseaux, que la vie perd son sens pour un quotidien indéfinissable qui nous fuit autant qu’on aimerait le fuir.

Portes

Dans ma vie, il y a des portes, mais des portes fermées. Qui sait ce qu’elles cachent, ces portes ? Qui le sait ? Pas moi, c’est sûr, pas moi.
Dans ma nuit, il y a des ombres qui fuient, et jamais je ne les attrape. Comment attrape-t-on une ombre ? Et pourtant, c’est elle qui nous tient !

Il faut...

Il faut partir, vite,
Il faut partir, loin,
Il faut partir

Oui, partir sans rire,
Partir pour fuir,
Ne jamais revenir

Il faut partir,
Il faut le dire
Sans coup férir

Il faut partir
Encore partir
Partir

Je vous en prie,
Il faut mourir………..

PTSD

- L’évènement qui a provoqué le traumatisme est ré-expérimenté dans une ou plusieurs des manières qui suivent:
* Fréquemment et de façon répétitives, des parties de l’évènement sont réexpérimentées à travers des images, des pensées, des sens ( odeurs …).
* Rêves répétitifs liés à l’évènement. Chez l’enfant, peut s’exprimer sous la forme de cauchemars n’ayant aucun lien avec le traumatisme.
* Agir ou se sentir comme si l’évènement était en train de se reproduire: impression de revivre l’évènement, flash-backs ( voir article sur « Lorsque le corps se souvient » ou glossaire pour la définition d’un flash-back ), illusions, flash-backs se produisant lorsque la personne est sous l’influence d’un produit tel que l’alcool ou la drogue.
* Intense détresse psychologique et/ou physique face à des choses ( sentiments, objets, places, personnes …) qui symbolisent ou rappellent un aspect de l’évènement.

- Tendance à éviter toute chose associée à l’évenement dans l’esprit de la personne. Aussi réaction de fermeture, d'"engourdissement” quand cela se produit, marquée par 3 ou plus des critères suivants:
* Efforts pour éviter les pensées, les sentiments ou conversations associées avec le traumatisme.
* Impossibilité de se rappeler une importante partie de l’évènement. * Diminution marquée de l’intérêt ou de la participation dans des activités habituelles.
* Sentiment de détachement ou d’indifférence par rapport aux autres personnes * Diminution du nombre de sentiments ressentis ( par exemple, incapable d’avoir des sentiments d’amour ).
* Une vue très limitée du futur ( par exemple, ne pense pas à avoir une carriere, se marrier, avoir des enfants ou les évènements d’une vie normale ).

- Symptômes d’une hyper attention persistants (non présent avant le traumatisme) marqués par 2 ou plus des critères suivants:
* Difficulté pour s’endormir ou rester éveillé(e)
* Irritabilité ou accès de colère
* Difficulté pour se concentrer
* Une réaction exagérée

Vous devez présenter des symptômes des numéro 2,3 et 4 pendant plus d’un mois.

lundi 23 février 2009

Pourquoi ?

Pourquoi déchirer encore,
faire souffrir ce corps.

Pourquoi mourir une seconde mort,
avec la main qui se tord.

Le coeur desséché, tenant dans la paume d'une main, se rétrécit encore. Les larmes qui coulaient, coulent encore ; les larmes qui ont séché, sèchent à nouveau. Les lèvres qui se tordaient, se referment sur le vide d'une bouche béante.

Pourquoi déchirer encore,
faire souffrir ce mort.

Pourquoi parler aux pendus, crier au croque-mort ? Pourquoi crever les yeux de l'aveugle, arracher la langue du muet, tirer l'oreille au sourd ?

Pourquoi mourir une seconde mort,
périr encore et encore.

Mais pourquoi vivre ?

J'écris

J'écris, comme pour me vider de mon sang. J'écris, comme pour me vider de toute substance. D'autres parlent, d'autres agissent. Est-ce par lâcheté, est-ce par complaisance ? J'écris. J'écris, sans avoir rien à dire. J'écris, pour tout dire. J'écris sans arrêt et, plus j'écris, plus mon esprit s'agite et se retourne, sans trouver le sommeil, sans trouver de repos. J'écris. J'écris, comme une complainte inutile, comme un refrain lassant qui toujours et toujours se répète. J'écris, pour ne pas crier. J'écris comme d'autres boivent pour étouffer en eux le souffle du mal. J'écris. J'écris jusqu'à plus soif, j'écris jusqu'à plus faim. J'écris jusqu'à la prochaine dépression, jusqu'à la prochaine répression. Alors, oui, j'arrêterai d 'écrire, pour un temps. Alors, ma main sera paralysée par ce cri sur le point d'éclater, mais sur le point seulement, car pas un son ne passera mes lèvres, scellées à tout jamais sur l'indicible - car même le cri le plus puissant, le plus barbare, le plus sauvage, ne pourra dire ce qui ne se dit pas puisque personne n'est là pour entendre. Le dire n'est possible qu'avec l'entendre, et personne ne peut entendre sans risquer de perdre la raison. Ce cri, il rend fou celui qui l'écoute. Ce cri, il nous rend fou. Et les yeux hagards, tournés vers l'intérieur, ne connaissent pas de sommeil. Mais ça, c'est moi qui l'écrit, l'esprit sans repos, l'esprit sans raison: tout cela n'est donc que folle lubie. n'écoutez pas et suivez votre chemin. Je suis abreuvé de paroles sans rimes ni raison, ivre de mots se bousculant sans queue ni tête. A demain, donc, ou après-demain.

Mother

If ever I had been away,
if ever I hadn't taken that way,
if ever your eyes had turned away,
if ever

But no, we went for a ride,
You and me astride,
and to help me, no guide,
so it was

You've been my mother,
you've been my lover,
you'll be that forever forever

This is the way things are,
we'll never be on a par,
for my mother you are,

... and you'll be till I'm dead.

Chant d'amour, chant de haine

Qui écrira le chant d'amour,
amour bafoué, amour trompé
amour piétiné, amour roué

amour blâfard, amour sali,
amour hagard, amour trahi

Qui, mais qui, écrira le chant de la haine,
haine silencieuse et noueuse,
haine hideuse et rageuse

haine de mort, haine de corps
haine du sort, haine sans ressort

Chant d'amour, chant de haine,
s'élèvent en écho pour appeler la guéhenne

Chant de haine, chant d'amour,
à chacun sa vie, à chacun son parcours

Je suis une fraude...

Je suis une fraude...
parce que je ne suis pas où on croit
ni non plus ce que l'on croit

parce que je ne veux pas de votre délivrance
pour m'éloigner de mes errances

derrière ma fausse effronterie
se dissimule la plus grande niaiserie

derrière mon air de sainte nitouche
je suis et reste sur la touche

je fais croire que je suis en voyage
mais suis dans le plus grand des naufrages

je parle de vents et d'océan
solidement assis sur mon séant

je dis réfléchir, je dis écrire,
mais je soupire à en faire rire

je frappe l'imagination de mots vides
pour paraître un peu plus intrépide

je parle de la vie tel un grand sage
alors que c'est à peine si je surnage

non, je sui bien une fraude, aucun doute
qu'on me dévoile c'est ce que je redoute

Le corps nous parle

Le corps nous parle une langue que nous comprenons d'instinct. Le corps nous parle, lorsque nous voulons bien le comprendre. C'est ce dos raidi, ce ventre tendu, l'estomac en boule, la tête nauséeuse. Le corps nous dit des choses que nous voudrions être loin et il nous en dit bien d'autres qui seraient à se pendre. C'est cette main qui tremble, cette douleur aux reins, c'est aussi le souffle qui s'affole sans que l'air ne passe. Mais le corps nous parle de peurs qui ne sont pas de lui, il nous raconte des peurs qui sont de l'esprit. Le corps n'a pas peur du monde, mais il a peur de ces peurs, car lui ne comprend pas l'esprit. Face aux peurs du corps, ce n'est donc pas lui qu'il faut chercher, car il ne dit que la peur de la peur, mais c'est l'esprit qui a peur.

Somme toute, c'est cela que nous dit le corps, l'esprit. Mais l'esprit ne veut pas se regarder et détourne poliment l'attention sur le corps qui s'étale alors en miroir. Et dans ce va-et-vient, je suis pris de vertige, coincé entre la peur du corps et la désincarnation de l'esprit.

Encore une journée

Encore une journée à vivre coincé, entre le rien et le néant. Encore une journée à fuir dans le regard d’autrui le reflet de ce mépris que je ressens pour moi. Encore une journée à me lamenter de mes lamentations, pour ne pas me lamenter de ma vie.

Encore une journée….

vendredi 20 février 2009

Petits riens

J’aime le son des oiseaux qui parlent entre eux,
il gazouillent, l’air de rien.
J’aime le rire des enfants qui jouent entre eux,
ils se trémoussent, l’air de rien.
J’aime l’œil sournois des vieux qui discutent entre eux,
ils sourient, l’air de rien.
Je hais le silence de ma tête au soleil couchant,
il se pose, l’air de rien.

Le silence

Un grand silence est retombé sur mon âme, un silence lourd de menaces ;
Ma bouche s’est refermée sur mes flammes, comme une sombre crevasse ;
Tout a été dit, rien n’a été entendu dans le royaume des mots ;
Tout dévoilé, mais rien ne fut reçu dans l’empire des ostrogoths.

Et c’est ainsi que le silence m’est revenu, comme un poing dans un mur ;
C’est ainsi que le vide est reparu, lové dans le sein du néant le plus pur.

Sage ou singe ?

On dit sage comme une image.
On ne dit pas sauvage comme une image,
et pourtant, je connais des images
qui n’ont rien de sage.
Elles vous assaillent,
vous percent de part en part,
sèment la pagaille
derrière vos plus hauts remparts.

Méfiez-vous des images.

Berceuse

Dors, l’enfant, dors.Ne souffre plus.
Dors l’enfant,
Tout est fini.
Plus de peur, plus de souffrance.
Plus de cri, plus de pleurs,
C’est bien fini.

Entre dire et rire

Entre dire et rire,
Entre dire et fuir,
Il y a moi, il y a nous.

Entre la musique et l’amour,
Entre le poète et l’amour,
Il y a nous, il y a elle.

Entre la vie et la mort,
Entre l’esprit et la chair,
Il y a elle, il y a moi.

Le cercle est complet, et pourtant,
et pourtant,
et oui pourtant,
je ne suis pas arrivé.

Des mains

Des mains sur un corps d’enfant
Des mains baladeuses, des mains tueuses
Des mains sur un corps sans défense

Cauchemar d’un soir
Cauchemar d’une vie

Des mains sur un corps de mort
Des mains collées pour l’éternité
Des mains, c’est tout

Homme de glace

Un homme de glace, le cœur en feu

Les mots sortent et se gèlent à l’air libre,
Tombant et se brisant sur le sol froid

Les ressentis peinent à murmurer
Pour se rompre eux aussi

Dans ce désert de gel que j’appelle moi
Rien n’est indemne, tout est figé

Au cœur de l’hiver, pourtant, un battement

Au cœur de la nuit, la braise reluit

Mais le silence de glace recouvre la flamme
Et le reflet d’un regard glacial fait retomber le silence

Ce n’est pas la mort, mais son antichambre
Ce n’est pas une vie, mais son absence

Une existence à passer, en surnombre
Un destin déjà vécu, déjà conclus

Un sort déjà scellé sans état d’âme
Reste l’ennui de la fin à venir
…qui se fait attendre

Maman

Maman, pardonne-moi le mal que je t’ai fait.
À cause de moi, tu t’es mise en colère
Et tu as frappé.Maman, mes pleurs t’ont fait mal,
Je suis méchant,
Je ne pleurerai plus.
Et puis tu sais, maman, cela ne fait pas mal,
Ou un peu.

Maman, je t’aime, tu le sais.
Tu me fais peur, maman, quand tu me regardes.
Tu veux que je vole ? Tu veux que je te suive ?
Maman, dis-moi, qui sont tous ces gens ?
Où es-tu ? Maman, tu t’amuses, là-bas ?
Tu n’es plus triste ?
Ne t’inquiète pas pour moi, maman,
Et amuse-toi.

Maman, j’ai eu si peur, ou un peu, mais ne t’inquiète pas.
Je suis là pour t’aider. Maman, ne cours pas !
Maman, où vas-tu ? Trop de monde.
Trop noir, trop sale.
Les araignées, maman, pleines de poils.Elles vont me mordre. Mais tu n’es pas là,
Tu n’es plus là.
Maman.

La couleur du sang, la couleur du temps

C’est joli, la couleur du sang qui coule, goutte à goutte, flip, flop
C’est joli, la couleur du temps qui s’enfuit de vos veines
Et avec lui vos pensées, toute volonté.

Il ne reste qu’à dormir, pour toute la longueur du temps,
A sommeiller à tout jamais, dans une flaque de sang
Sans plus aucune pensée, sans volonté.

C’est joli, la couleur du sang qui s’épanche sur le sol
C’est joli, la couleur du temps, qui d’avenir se fait passé
Et entraîne avec lui pensées et volonté.

RAPPORT DE PSYCHIATRIE (The International Journal Of Victimology)

J"e suis allée voir mon médecin traitant pour demander des anti-dépresseurs, il m'a dit qu'il fallait oublier." ils ne sont tout simplement pas formés. il faut leur donner les adresses suivantes http://psydoc-fr.broca.inserm.fr/conf&rm/conf/confvictime/default.html et: RAPPORT DE PSYCHIATRIE 1 Jean-Michel DARVES-BORNOZ Clinique Psychiatrique Universitaire, CHU de Tours Syndromes traumatiques du viol et de l'inceste * publié par le CONGRES DE PSYCHIATRIE ET DE NEUROLOGIE DE LANGUE FRANCAISE LXXXXIVe SESSION - 1996 TOULON -- 24-28 JUIN 1996 CONGRES DE PSYCHIATRIE ET DE NEUROLOGIE - TOULON 1996 The International Journal Of Victimology ________________________________________ SOMMAIRE DU LIVRE BON DE COMMANDE DU LIVRE Année 2, Numéro 1, Octobre 2003 JIDV.COM INSTITUTIONS Epidémiologie des PTSD Réagir à cet article Accès aux autres numéros : JIDV 1 (octobre-décembre 2002) JIDV 2 (janvier-mars 2003) JIDV 3 (avril-juin 2003) JIDV 4 (juillet-septembre 2003) JIDV 5 (octobre-décembre 2003) LES ABUS SEXUELS Que vous le sachiez ou non, quelqu'un de votre entourage a un jour été victime d'abus sexuel. Et si vous êtes psy, vous vous apercevrez rapidement que les difficultés d'un certain nombre de personnes trouvent là leur origine. Pour ces hommes et ces femmes meurtris, il y aura toujours un « avant »et un « après » l'abus. Notre société préfère souvent méconnaître ce problème, en atténuer la gravité, voire le nier totalement. Ou alors, plein de bonne volonté mais aussi d'incompétence, on propose aux victimes des « solutions» qui ne font qu'aggraver le traumatisme subi. Nous répondons dans cet article à quelques questions : Qu'entend-on par abus sexuel ? Pourquoi la victime a-t-elle tant de mal à parler de ce qu'elle a subi ? Quels dégâts l'abus sexuel provoque-t-il ? Comment aider la victime à s'en sortir ? Qui sont les abuseurs ? QU'ENTEND-ON PAR ABUS SEXUEL ? 1. Une contrainte ou un contact Un abus sexuel est toute contrainte (verbale, visuelle ou psychologique) ou tout contact physique, par lesquels une personne se sert d'un enfant, d'un adolescent ou d'un adulte, en vue d'une stimulation sexuelle, la sienne ou celle d'une tierce personne. Un contact physique est, certes, plus grave qu'une contrainte verbale. Mais il faut savoir que tout abus constitue une violation du caractère sacré et de l'intégrité de la personne humaine et provoque toujours un traumatisme. * La contrainte verbale désigne : une sollicitation sexuelle directe ; l'usage de termes sexuels ; la séduction subtile ; l'insinuation. Tout cela vis-à-vis d'une personne qui ne désire pas les entendre. * La contrainte visuelle concerne : l'emploi de matériel pornographique ; le regard insistant sur certaines parties du corps ; le fait de se dévêtir, de se montrer nu, ou de pratiquer l'acte sexuel à la vue de quelqu'un. Ici encore, sans que la personne le désire. * La contrainte psychologique désigne : la violation de la frontière entre le relationnel et le sexuel (un intérêt excessif pour la sexualité de son enfant) ou entre le physique et le sexuel (des lavements répétés ; un intérêt trop marqué pour le développement physique d'un adolescent). * Le contact physique peut être : assez grave (baiser, attouchement du corps à travers les vêtements, que ce soit par la force ou non, avec ou sans pression psychologique ou affective), grave (attouchement ou pénétration manuels ; simulation de rapports sexuels, contact génital, tout cela avec ou sans violence physique), ou très grave (viol génital, anal ou oral, obtenu de quelque manière que ce soit, par la force ou non). 2. La stratégie de l'abuseur Un abus n'est pas le fait du hasard de la part de celui qui le commet. Etant un pervers, celui-ci prémédite et organise la relation en attendant le moment où ses fantasmes vicieux lui paraîtront réalisables. La victime ignore bien entendu tout cela. La stratégie perverse comporte en général quatre étapes : a. Le développement de l'intimité et du caractère confidentiel, privilégié, de la relation Cette phase, plus ou moins longue (de quelques heures à quelques années), vise à mettre en confiance la future victime qui ne se doute de rien. b. Une interaction verbale ou un contact physique apparemment « convenable » pour la personne qui va être abusée (confidences de caractère sexuel, caresse des cheveux, embrassade amicale). La personne n'a pas peur, et pour cause : dans 29% des cas, son futur abuseur est un membre de la famille, dans 60% des cas un familier ou un ami. Seuls 11% des abus sont commis par un inconnu. c. Une interaction sexuelle ou un contact sexuel C'est la phase de l'abus proprement dit. Ici la victime se retrouve dans la même situation qu'un lapin traversant une route de nuit et qui est pris dans les phares d'une voiture : pétrifié, figé, tétanisé, incapable de réagir, il se laisse écraser par la voiture. L'abuseur, lui, est conscient de ce qu'il fait à sa victime. d. La continuation de l'abus et l'obtention du silence de la victime par la honte, la culpabilisation, les menaces ou les privilèges. Ce silence est rarement rompu. L'abus reste un secret absolu très longtemps, parfois toute la vie. Trois survivantes des sœurs Dionne, les célèbres quintuplées canadiennes, ont attendu l'âge de soixante et un ans pour révéler, dans leur biographie, qu'elles avaient été sexuellement agressées par leur père. En gardant le silence, la victime se fait, malgré elle, l'alliée de l'abuseur, puisque la seule chose qu'il redoute, c'est d'être dénoncé. Le fait de devenir ainsi, bien involontairement, son alliée, renforce le mépris qu'elle a d'elle-même et sa culpabilité. Ce sera une des tâches du psy de lui expliquer qu'une personne sexuellement abusée n'est jamais ni coupable ni responsable. Elle ne pouvait pas deviner que les deux premières étapes n'étaient qu'une stratégie de l'abuseur. Il devra aussi lui dire qu'une personne qui est sous la domination d'un abuseur ne peut s'en sortir qu'en le dénonçant et en révélant ce qu'elle a subi. Or en parler est pour elle très difficile, pour plusieurs raisons. POURQUOI UNE VICTIME A-T-ELLE TANT DE MAL A PARLER DE CE QU'ELLE A SUBI ? 1. Elle met parfois beaucoup de temps pour réaliser qu'elle a été abusée Le temps ne compte pas pour l'inconscient, il s'est comme arrêté pour la victime : c'est souvent l'apparition de symptômes comme la dépression ou des troubles sexuels qui l'incitera à laisser enfin sa souffrance refaire surface et à accepter d'en parler. C'est le premier pas vers la guérison. Mais parler de ce traumatisme, prendre conscience de cette vérité : « J'ai été abusée», peut être un choc terrible. Le conseiller aura besoin de tact et d'une grande compassion pour laisser la personne découvrir elle-même et à son rythme, l'ampleur du drame qu'elle a vécu. Il comprendra l'extrême répugnance qu'elle éprouve à admettre que son corps et son âme ont été ravagés. Elle aimerait tant oublier, ne jamais avoir vécu cela, qu'elle se réfugiera de temps en temps dans le déni : « Cela n'a pas pu m'arriver.» La personne sera encouragée à continuer à parler si vous croyez ce qu'elle dit (elle a absolument besoin de sentir qu'on la croit) et si vous évitez certaines phrases destructrices comme : Il a juste fait une erreur, comme nous en faisons tous. Ce n'est arrivé qu'une fois, après tout. Il est temps que vous tourniez la page. Ça s'est passé il y a si longtemps 2. Elle se sent coupable Dans son for intérieur, sans même le dire ouvertement, la personne pense : - Est-ce que ce n'était pas un peu de ma faute ? - Est-ce que je n'aurais pas pu l'éviter ? - Est-ce que, placé dans ma situation, quelqu'un d'autre aurait réussi à résister, à se débattre, à s'enfuir ? Le psy peut aller au devant des questions qu'elle n'ose pas exprimer en lui demandant : - Qui détenait le pouvoir (parental, spirituel, moral, organisationnel, physique, psychologique) ? - Qui était l'adulte ? Le repère social ? Le référent ? - Qui était l'instigateur, l'organisateur de cet abus ? - Qui pouvait y mettre fin ? Il peut lui faire comprendre que sa culpabilité est liée au décalage entre son vécu passé (et les raisons pour lesquelles elle n'a pu empêcher d'être abusée : son jeune âge, son ignorance, sa totale confiance) et son vécu actuel, où elle est plus âgée, moins ignorante, moins naïve et où elle sait se protéger. Elle se croit coupable parce qu'elle regarde les événements passés avec les yeux de l'adulte avertie qu'elle est aujourd'hui. Or, à l'époque, elle ne possédait pas les protections suffisantes pour empêcher l'abus. On peut aussi l'aider à différencier le point faible dont s'est servi le pervers, par exemple un besoin de tendresse tout à fait légitime, une confiance aveugle, et le crime qu'il a commis, en profitant de ce besoin légitime d'affection ou de cette confiance, pour assouvir ses désirs immoraux. Déconnecter ces deux éléments est souvent un moment de vérité et un soulagement pour la personne, qui fait son deuxième pas vers la guérison quand elle ne se sent plus responsable. Mais le chemin sera encore long jusqu'à la cicatrisation de la blessure. La précipitation et l'impatience sont par conséquent les grands ennemis du conseiller (et du client) dans ce domaine. 3. Parler peut lui coûter cher A chaque fois que la personne abusée se replonge dans l'horreur de son passé, elle doit payer un prix très élevé. En essayant d' « oublier» l'abus, de tourner la page, elle avait construit un certain équilibre, par exemple avec ses proches. Si elle décide de faire éclater la vérité, elle risque de désorganiser cet équilibre factice et de susciter des pressions de ses proches. Il se trouve toujours de faux « bons conseillers» soucieux de leur tranquillité et du qu'en dira-t-on, qui l'accuseront de mentir ou d'exagérer, lui reprocheront de réveiller le passé et l'inciteront à oublier, voire à « pardonner» ; le comble est qu'elle risque même d'être perçue comme responsable de l'abus. Le psy devra donc la soutenir, l'encourager et assurer sa protection matérielle et psychologique. Il l'aidera à évaluer le prix de la lutte qu'elle devra mener pour sortir du bourbier de l'abus sexuel et à réaliser que son désir de s'en sortir sera souvent contrecarré par ceux qui devraient le plus l'assister : sa famille ou les responsables des institutions. Il est à noter que lorsque l'abuseur fait partie d'une institution, quelle qu'elle soit, celle-ci décide souvent, par peur du scandale, de le « couvrir» et donc de rester dans le déni de l'abus, plutôt que de reconnaître publiquement l'existence d'un pervers sexuel au sein de l'institution. Il y a un consensus de réprobation sur la personne qui a le courage de remuer ces choses immondes : qu'elle continue à être comme une morte vivante, ce n'est pas grave. Ce qui est le plus important, c'est qu'elle se taise. 4. Elle souffre de la honte Sartre a dit de la honte qu'elle est « l'hémorragie de l'âme». Un abus sexuel marque la personne au fer rouge, la souille, la pousse à se cacher des autres. La honte est un mélange de peur du rejet et de colère envers l'abuseur, qui n'ose pas s'exprimer. Le sentiment juste qu'elle devrait éprouver est la colère. Eprouver ce sentiment libérateur l'aidera à sortir de la honte. Il faut parfois du temps pour qu'elle parvienne à exprimer son indignation face à l'injustice qui lui a été faite. Cette expression de la colère pourra se faire soit de manière réelle, face au coupable, soit, si ce n'est pas possible pour sa sécurité personnelle, de manière symbolique. Dans tous les cas, c'est à la victime à en décider. La honte est liée au regard que la victime porte sur elle-même ; elle se voit comme souillée à vie. C'est son regard qui devra changer. Elle se pansera en changeant sa manière de se penser. 4. Le mépris Se sentant honteuse, la personne abusée a deux solutions : se mépriser elle-même ou mépriser l'abuseur et ceux qui lui ressemblent. Dans les deux cas, le résultat est le même : elle s'autodétruit, car la haine de soi ou la haine de l'autre sont toutes les deux destructrices. Le mépris d'elle-même peut concerner son corps, sa sexualité, son besoin d'amour, sa pureté, sa confiance. Ce mépris de soi a quatre fonctions : il atténue sa honte, étouffe ses aspirations à l'intimité et à la tendresse (se mépriser anesthésie le désir), lui donne l'illusion de maîtriser sa souffrance et lui évite de rechercher la guérison de son être. Lorsque le mépris de soi est très intense, il peut pousser à la boulimie, à la violence contre soi et au suicide ; dans ces trois cas, la personne châtie son propre corps parce qu'il existe et qu'il a des désirs. 5. Le véritable ennemi Si l'on demande à une personne qui a subi un abus sexuel quel est son ennemi, elle répondra sans doute : « C'est le coupable de l'abus.» Cela semble tellement évident. La victime a le choix : soit elle combat, en cultivant sa haine envers l'abuseur, en ruminant une vengeance contre lui ; soit elle fuit, en cherchant à oublier, en s'endurcissant pour ne plus souffrir, en se repliant sur elle-même, en devenant insensible, de manière à ne plus ressentir ni émotion ni désir. Mais ces deux solutions sont vaines, car l'ennemi n'est pas l'abuseur. Certes, il représente un problème, mais la bonne nouvelle est qu'il n'est pas le problème majeur. Le véritable adversaire, c'est la détermination de la personne à rester dans sa souffrance, dans sa mort spirituelle et psychique et à refuser de revivre. L'ennemi réside donc, paradoxalement, dans la victime elle-même ! Ce troisième pas vers la guérison est sans doute le plus difficile à franchir. La personne doit comprendre qu’elle a devant elle la vie et la mort, et qu'il n'appartient qu'à elle de rester dans la mort ou de choisir de revivre. Lorsque le conseiller sent qu'elle a pris la décision de sortir de la pulsion de mort pour entrer dans la pulsion de vie, il aura alors sans doute l'occasion de parler avec elle des trois grands dégâts que l'abus a produits dans sa vie et qui devront être réparés. LES DEGATS PRODUITS PAR L'ABUS SEXUEL Ces dégâts constituent un torrent tumultueux qui balaie tout dans l'âme, et qui inclut : le sentiment d'impuissance, celui d'avoir été trahi et le sentiment d'ambivalence, ainsi que plusieurs autres symptômes. 1. Le sentiment d'impuissance L'abus sexuel a été imposé à la victime. Qu'il se soit produit une fois ou cent fois, avec ou sans violence, ne change rien au fait qu'elle a été dépossédée de sa liberté de choix. a. Ce sentiment provient de trois raisons * Elle n'a pas pu changer sa famille dysfonctionnelle, s'il s'agit d'un inceste. Ses proches ne l'ont pas protégée comme ils auraient dû le faire, sa mère ou sa belle-mère n'a rien vu ou fait semblant de ne rien voir. * Que l'abus ait été accompagné de violence ou non, qu'il y ait eu douleur physique ou non, la victime n'a pu y échapper, ce qui crée en elle faiblesse, solitude et désespoir. De plus, le coupable se sert de la menace ou de la honte pour la réduire au silence et recommencer en toute impunité, ce qui augmente son impuissance. * Elle ne parvient pas à mettre un terme à sa souffrance présente. Seule, la décision de se supprimer anesthésierait sa douleur, mais elle ne peut s'y résoudre, alors elle continue à vivre, et à souffrir. b. Ce sentiment d'impuissance entraîne de graves dommages * La personne abusée perd l'estime d'elle-même, doute de ses talents et se croit médiocre. * Elle abandonne tout espoir. * Elle insensibilise son âme pour ne plus ressentir la rage, la souffrance, le désir ou la joie. Elle enfouit et refoule dans son inconscient les souvenirs horribles de l'agression sexuelle. * A force de renoncer à sentir la douleur, elle devient comme morte. Elle perd le sentiment d'exister, semble étrangère à son âme et à son histoire. * Elle perd le discernement concernant les relations humaines, ce qui explique que les victimes d'abus tombent souvent à nouveau sous la coupe d'un pervers, ce qui renforce leur sentiment d'impuissance. 2. Le sentiment d'avoir été trahi Beaucoup de gens ignorent le nom des onze autres apôtres, mais connaissent Judas, le traître. Pourquoi ? Parce que la plupart des gens estiment que rien n'est plus odieux que d'être trahi par quelqu'un qui était censé vous aimer et vous respecter. La personne abusée se sent trahie non seulement par l'abuseur en qui elle avait confiance, mais aussi par ceux qui, par négligence ou complicité, ne sont pas intervenus pour faire cesser l'abus. Les conséquences de la trahison sont : une extrême méfiance et la suspicion, surtout à l'égard des personnes les plus aimables ; la perte de l'espoir d'être proche et intime avec autrui et d'être protégée à l'avenir, puisque ceux qui en avaient le pouvoir ne l'ont pas fait ; l'impression que si elle a été trahie, c'est parce qu'elle l'a mérité, du fait d'un défaut dans son corps ou dans son caractère. 3. Le sentiment d'ambivalence Il consiste à ressentir deux émotions contradictoires à la fois. Ici, l'ambivalence gravite autour des sentiments négatifs (honte, souffrance, impuissance) qui ont parfois été simultanément accompagnés du plaisir, qu'il soit relationnel (un compliment), sensuel (une caresse), ou sexuel (le toucher des organes), dans les premières phases de l'abus. Le fait que le plaisir soit parfois associé à la souffrance entraîne des dommages considérables : la personne se sent responsable d'avoir été abusée, puisqu'elle y a « coopéré» en y prenant plaisir ; le souvenir de l'agression peut revenir lors des rapports conjugaux ; elle ne parvient pas à s'épanouir dans sa sexualité qui est pour elle trop liée à la perversité de l'abuseur ; elle contrôle et même s'interdit le plaisir et donc son désir sexuel. Le conseiller doit expliquer à la personne qu'elle n'est pas responsable d'avoir éprouvé un certain plaisir, car il est normal qu'elle ait apprécié les paroles et les gestes de « tendresse» de l'abuseur. C'est la nature qui a donné à l'être humain cette capacité à ressentir du plaisir. Ce qui n'est pas normal, c'est la perversion de celui qui a prémédité ces attitudes affectueuses pour faire tomber une proie innocente dans son piège. C'est lui le seul responsable.
4. Quelques autres symptômes On pensera à un éventuel abus sexuel si le client : - Souffre de dépressions à répétition. - Présente des troubles sexuels : manque de désir, dégoût, frigidité, impuissance, crainte ou mépris des hommes ou des femmes, peur de se marier, masturbation compulsive. Chez l'enfant, ce trouble de l'auto-érotisme, ainsi que certaines énurésies, peuvent faire penser à un abus sexuel. - Se détruit par l'usage abusif d'alcool, de drogue ou de nourriture. L'obésité, en particulier, permet à des jeunes filles ou à des femmes qui ont été violées de se rendre, inconsciemment, moins attirantes et de se protéger ainsi contre une autre agression. - Souffre de maux de ventre, d'infections gynécologiques à répétition. - A un style de relation avec les autres très caractéristique : soit il est trop gentil avec tout le monde, soit il est inflexible et arrogant, soit enfin il est superficiel et inconstant. AIDER LA VICTIME A REVIVRE Celle-ci devra cesser d'écouter les voix intérieures qui la maintiennent dans la culpabilité et la honte et se mettre à l'écoute de la voix de la vérité, qui la conduira vers la libération. Elle devra aussi abandonner les voies sans issues que des personnes bien intentionnées mais incompétentes (des aidants « peu aidés» !) lui proposent : nier l'abus, le minimiser, oublier, pardonner au coupable sans que celui-ci se soit sérieusement repenti, tourner la page, cesser de se plaindre, etc. La voie menant à un mieux-être comprend deux étapes : regarder la réalité en face, et décider de revivre. 1. Regarder la réalité en face La personne devra peu à peu retrouver les souvenirs de l'abus, admettre les dégâts et ressentir les sentiments adéquats. a. Retrouver les souvenirs de l'abus La victime préfère souvent les oublier, tant cela la dégoûte ou la terrifie. Ou alors elle les raconte froidement, comme si c'était arrivé à quelqu'un d'autre. Mais ce déni est un obstacle à la guérison. L’abus ne doit pas être gommé, mais nommé. Avec beaucoup de tact, on l'encouragera à remonter dans le passé, parfois très lointain, car seul un abcès vidé peut cicatriser. Le retour des souvenirs refoulés se fera progressivement au cours de la psychothérapie. L'inconscient de la personne collabore activement par le moyen de rêves, ou d'images qui lui reviennent à l'esprit. Certains événements font aussi resurgir les traumatismes oubliés, par exemple : une rencontre avec l'abuseur, une grossesse, la ménopause, un autre abus, le fait qu'un de ses enfants atteigne l'âge qu'elle avait lorsqu'elle a été abusée, le fait de se retrouver sur les lieux de l'agression, ou le décès du coupable. b. Admettre les dégâts Ce retour pénible dans le passé va lui permettre d'admettre les dures vérités suivantes : * J'ai été victime d'un ou de plusieurs abus sexuels. C'est un crime contre mon corps et contre mon âme. * Etant victime, je ne suis en rien responsable de ce crime, quoi que j'aie pu ressentir. * Suite à ces abus, je souffre de sentiments d'impuissance, de trahison et d'ambivalence. * Ma souffrance est intense, mais la cicatrisation est possible, si j'admets qu'il y a eu blessure. * Cette cicatrisation prendra du temps. * Je ne dois pas recouvrir mon passé d'un voile de secret et de honte ; mais je ne suis pas non plus obligé d'en parler au premier venu. c. Ressentir les sentiments adéquats La culpabilité (qui est un sentiment racket très fréquent ici), la honte, le mépris, l'impuissance, la haine, le désespoir, devront peu à peu être remplacés par les sentiments plus adéquats que sont la colère envers l'abuseur et ses complices, et la tristesse face aux dégâts subis. Cette tristesse ne doit pas mener à la mort, au désespoir, mais à la vie, c'est-à-dire à une foi, une espérance et un amour renouvelés. Le conseiller favorisera l'expression de ces deux sentiments, de manière réelle ou symbolique, mais toujours en toute sécurité, à savoir dans le cadre protégé des séances de relation d'aide. 2. Décider de revivre Pourquoi une victime d'abus sexuel devrait-elle décider de revivre, après tout ce qu'elle a souffert et souffre encore ? Tout simplement parce qu’il est meilleur pour elle de choisir la vie et non la mort. Choisir de revivre signifiera pour elle : a. Refuser d'être morte Elle trouve normal de vivre avec un corps et une âme morts ; paradoxalement, cela lui permet de survivre, en ne risquant plus de ressentir la joie ou la douleur. b. Refuser de se méfier La victime se méfie tous les êtres humains. Une femme violée, en particulier, voit tout « mâle» comme étant le « mal». Elle devra apprendre à transformer sa méfiance envers les hommes en vigilance, ce qui est tout différent. c. Ne plus craindre le plaisir et la passion Ces deux éléments la ramènent au drame qu'elle a subi, alors elle les fuit. Ce faisant, elle se prive de ces deux dons. Ayant été victime du désir (pervers, mais désir tout de même) de quelqu'un, elle « jette le bébé avec l'eau du bain», c'est-à-dire qu'en rejetant l'abus qu'elle a subi, elle rejette en même temps tout désir, même le sien. Elle doit réaliser que ce n'est pas parce que quelqu'un a eu un désir pervers envers elle qu'elle doit désormais renoncer à son propre désir. d. Oser aimer à nouveau Elle devra progressivement renoncer à ses attitudes autoprotectrices et à son repli sur elle-même pour goûter à nouveau à la joie d'aimer les autres et de nouer des relations chaleureuses et sûres. Elle quittera sa carapace pour retrouver un cœur tendre, capable de prendre le risque d'aimer ceux qu'elle rencontre. Elle abandonnera ses défenses, ce qui ne veut pas dire qu'elle ne s'entourera pas de protections. Une protection n'est pas une défense. Elle découvrira alors que, s'il est vrai qu'une ou plusieurs personnes l'ont trahie, la grande majorité des autres sont dignes de confiance. LE DEVOILEMENT DES ABUSEURS 1. Qui sont-ils ? En très grande majorité ce sont des jeunes gens ou des hommes, provenant de toutes les classes de la société et de tous les milieux. Souvent, ils font partie de l'entourage de la victime : un camarade, un voisin, un chef scout ou un animateur de jeunes, un baby-sitter, un enseignant, un patron, un collègue de travail, un prêtre, etc. Ce sont aussi très souvent des membres de la famille : le père, l'oncle, le grand-père, le grand-oncle, le beau-père (de plus en plus fréquemment du fait de l'augmentation des remariages et des familles recomposées), le frère, le demi-frère ou le quasi frère, le beau-frère, le cousin, etc. On parle alors d'inceste ou d'abus sexuel intra-familial. Il s'agit, plus rarement, d'une personne inconnue de la victime. Il est à noter que 80% des agresseurs ont été eux-mêmes victimes d'abus dans le passé, ce qui ne les excuse nullement, mais peut expliquer en partie leur comportement. 2. Le dévoilement Une victime a beaucoup de mal à dénoncer son agresseur ; elle révèlera plus facilement l'abus lui-même. Pourtant, cette dénonciation a une grande portée thérapeutique et il faut l'encourager à rompre le silence. Une fois dite à un autre, la parole devient inter-dite et non plus interdite, comme le voulait le pervers. Mais cette dénonciation est souvent mal acceptée par la société. Tant qu'une personne sexuellement abusée ne dénonce pas le coupable, elle est considérée comme victime. Mais le jour où elle décide d'en référer à la Justice, on la considère alors comme coupable d’accuser quelqu'un, et le crime commis envers elle va être nié. C'est pourquoi par exemple la grande majorité des femmes violées se résignent à rester des victimes à vie et donc à se taire, par peur d'être en fin de compte accusées du crime qu'elles dénoncent. Or, elles ne devraient jamais hésiter à rendre le poids du crime à celui à qui il appartient : le violeur. Il faut néanmoins savoir que, si porter plainte a une portée thérapeutique, le processus judiciaire est long, pénible et coûteux. Les interrogatoires répétés, le manque de respect et de tact de certaines personnes , la honte de dévoiler son histoire devant tout le monde, l'impression de ne pas être crue, entraînent ce que l'on appelle une victimisation secondaire. A chaque fois qu'elle relate le viol, la femme se sent à nouveau violée. Le soutien, matériel et psychologique, d'organismes spécialisés dans l'aide aux victimes d'abus sexuels, est précieux dans ce genre de démarche, d'autant plus que le jugement prononcé sur le coupable, souvent trop clément, semble décevant et injuste à la victime et ravive sa douleur. Si vous êtes mis au courant d'un cas d'abus sexuel, la première chose à faire est d'éloigner la victime de l'abuseur, afin d'éviter que ce dernier ne recommence. Dans le cas particulier d'abus sexuel sur mineur, la deuxième démarche est d'informer les autorités compétentes (services sociaux et police). La loi vous fait obligation de ce dévoilement, et vous devez dans ce cas-là rompre le secret professionnel, sinon vous risquez d'être considéré par la loi comme complice. Cette dénonciation vise à protéger la victime et les autres victimes potentielles, et à obliger le coupable à arrêter ses agissements. 3. Les réactions des abuseurs à leur dévoilement Un récent Colloque européen sur les violences sexuelles a établi que 82% des abuseurs n'admettent pas leur responsabilité (53% nient même totalement les faits). Seuls 18% d'entre eux admettent les faits, et encore parce qu'ils y sont obligés après confrontation avec les victimes, et non sans les accuser de les avoir "provoqués». Cette négation des faits leur permet de persévérer dans leur perversion, et donc de ne pas être privés de leur jouissance, qui seule compte pour eux. Quand ils ne peuvent plus nier les faits, ils les admettent en minimisant ou en niant les conséquences désastreuses sur les victimes, surtout si l'abus a été exempt de violence physique. S'ils ont du remords ou du regret, ce n'est jamais de leurs crimes, mais de s'être fait prendre et de devoir cesser. Si un psy se montre indulgent envers un pervers, parce qu'il désire régler rapidement une situation qui le dépasse ou le dégoûte, il risque d'être manipulé par l'abuseur qui fera preuve d'un « repentir» à bon marché pour continuer en paix ses activités vicieuses cachées. Il se fait ainsi son complice, ce qui est grave. Une réaction possible du coupable d'abus est la suivante : il salit et s'allie. Il salit les victimes ou d'autres personnes innocentes en les accusant du mal que lui-même commet ; ce faisant, il soulage ainsi sa culpabilité. Par ailleurs, il s'allie ceux qui peuvent devenir ses alliés et ses défenseurs (un père incestueux s'allie sa femme pour qu'elle le laisse abuser de leur fille). Un pervers qui est dévoilé et qui refuse de se repentir peut tomber dans la panique, la dépression, l'alcool ou le suicide ; plus souvent il s'endurcit et continue de manière accrue ses pratiques. Il est extrêmement rare qu'un délinquant sexuel se repente réellement, (tout au plus exprimera-t-il quelques vagues « regrets»), mais il faut toujours lui en donner l'occasion. En conclusion, tout thérapeute devrait avoir à cœur de se former dans ce domaine si particulier, s'il veut s'occuper de personnes ayant souffert de ce drame que constitue l’abus sexuel. Jacques et Claire Poujol Conseillers Conjugaux et Familiaux Site web: www.relation-aide.com (Extrait du livre de Jacques et Claire Poujol : « Manuel de relation d’aide : l’accompagnement spirituel et psychologique», Empreinte Temps Présent, 1998.) Bibliographie Abus sexuel. L'enfant mis à nu, Gijsechem (Van) Hubert, Méridien Psychologie. La personnalité de l'abuseur sexuel, Gijseghem (Van) Hubert, Méridien Psychologie. La violence impensable, inceste et maltraitance, Gruyer F., Fadier-Nisse M., Dr Sabourin. Le viol du silence, Thomas Eva, Aubier. Le viol, Brownmiller Susan, Stock. Le viol, Lopez Gérard, Piffaut Gina, Que sais-je ? n° 2753, PUF. L'enfant violenté, Rouyer M., Drouet, Bayard. La famille maltraitante, Cirillo S., De Blasio P., ESF, 1992. Viol à domicile, la loi du silence, Bigourdan Paul, Delachaux Niestlé. Violence et abus sexuels dans la famille, Perrone R., Nannini M., ESF, 1995. Violences sexuelles en famille, Chemin, Drouet, Geoffroy, Jezequel, Joly, Erès.

Inceste et relation d'emprise (relation-aide.com, abus sexuels)

Inceste et relation d’emprise La grande majorité des incestes Père Fille se passent sans violence « objective » de type agression, et même si le premier acte sexuel incestueux peut être défini comme un viol, il a souvent lieu pour la victime dans une sorte d’état second de conscience rétrécie. Quand l’inceste se prolonge pendant plusieurs années, et c’est souvent le cas, la victime est prise au piège d’une toile d’araignée relationnelle qui grignote peu à peu sa résistance et ses possibilités d’opposition : ceci ne revient pas à un consentement. Il s’agit plutôt d’une relation dans laquelle l’un, le père incestueux, escroque le corps de sa fille et dans laquelle l’autre, la victime, se « fait prendre » sans pouvoir imaginer alternative, ni opposition. L’emprise est cette relation complémentaire dans sa forme la plus extrême où le père emploie manœuvres et stratégies pour éviter d’avoir à employer la violence. Beaucoup de jeunes femmes qui ont vécu l’inceste se torturent avec l’idée qu’elles n’ont pas su dire « non ». Nous avons su développer ces dernières années tout un courant d’idées autour de la prévention des abus sexuels intrafamiliaux. Il faut, nous dit-on, apprendre aux enfants à dire « non ». Comment un enfant peut-il dire « non » à son père ? N’est-ce pas plutôt le père qui est censé dire « non » ? Difficile de prescrire une partie du problème pour résoudre le problème. Difficile de prescrire la résistance, l’opposition aux enfants quand on devrait la prescrire aux pères. La relation d’emprise est donc une relation dans laquelle ni l’enfant ni le père ne peuvent dire « non ». Pourquoi cette impossibilité pour le père ? Pour l’enfant ? Le seul modèle que nous ayons trouvé d’une telle relation, nous l’avons trouvé dans les pratiques de sorcellerie. L’emprise et ses techniques y sont décrites avec une grande précision. Les petites filles, les enfants victimes d’inceste sont-ils envoûtés, ensorcelés ? Par qui ? Qui est le sorcier ? Pourquoi le père se fait-il sorcier ? Quelles sont ses techniques d’envoûtement ? Personnalité du Père abuseur Dans les histoires individuelles et particulières de ces pères abuseurs, on trouve souvent « l’indifférenciation »… Mais quelles que soient ces histoires, de toute évidence, pour le père qui commet un abus sexuel sur son enfant ou celui dont il a la garde et la responsabilité : • L’interdit de l’inceste n’a pas été intégré. S’il n’y a pas de transgression, il n’y a pas de culpabilité, ou pour le dire autrement, pas de prise de conscience des conséquences de ses actes. • Le père abuseur se situe hors temps, dans l’intemporalité, puisque ce qui est bafoué en premier lieu, c’est la filiation : la fille prend la place de la mère dans le désir du père, la place privilégiée auprès du père. Inversion des rôles et places qui revient à une négation de la chronologie. • Le père abuseur se situe hors contexte. Le déni en acte des rôles familiaux, de la hiérarchie à l’intérieur de la famille révèle et confirme une négation du contexte « famille ». La famille n’est plus un lieu de protection et de croissance mais un groupe fermé dont personne ne peut s’échapper sans drame. • Le père abuseur se situe hors contrôle. Le père décrit son désir de sa fille comme une impulsion irrésistible. L’intensité de l’excitation est telle qu’on peut dire que le père abuseur est alors sous l’emprise de cette excitation : sa fille devient un objet de fascination. Et il n’est que rarement question de besoins ou de frustrations sexuelles pour le père. Si le père ne peut dire non, ne peut résister à cette fascination, nous pouvons faire l’hypothèse que ces situations réactivent des ancrages sensoriels extrêmement forts, des apprentissages émotionnels où il apparaît que la dynamique entre amour filial et amour sexuel a dû se structurer de façon confuse, indifférenciée, si ce n’est dans une sorte de collusion. Mais l’emprise ne se résume pas à cet aspect d’impulsivité. Nous la voyons à l’œuvre dans toute l’organisation relationnelle, dans le jeu que le père va utiliser pour mettre sa fille « sous influence », comme dans toutes les relations familiales : secret, silence, complicité et déni. Techniques d’envoûtement du père abuseur Quelles sont donc les techniques utilisées par ce père sorcier ? Le père ne séduit pas sa fille : il la paralyse dans ses capacités de raisonnement, il la rend confuse, il crée chez elle une perte du sens critique, il rend impossible toute rébellion. Pour la fille, il y a, à la fois, non consentement et acceptation. C’est ce non consentement qui nous rapproche d’une métaphore de l’envoûtement. Alors comment envoûte-t-on quelqu’un ? L’envoûteur pratique par effraction et tout envoûtement fait partie d’une logique de l’effraction. Les trois canaux dont se sert l’envoûteur sont : Le regard : le regard perfide, le regard qui trouble, le regard où le désir est explicite. Pire, le regard « illisible » où l’enfant hésite entre désir sexuel et tendresse paternelle : celui qui confond la victime et lui rend les choses indécidables. La parole : « les paroles à double sens, les énoncés allusifs, marmonnés, inaudibles ou bizarres pénètrent l’autre par son propre étonnement ou encore à l’aide de sa peur ». Commentaires sur des paroles dites par un envoûteur professionnel ou par un père incestueux ? On peut hésiter… Que disent les pères abuseurs : « Tu peux bien faire ça pour moi puisque c’est moi qui t’élève… puisqu’il doit y avoir un initiateur, il vaut mieux que ce soit moi parce que je serai plus tendre et que je t’aimerai mieux puisque je suis ton père. Méfie-toi des autres »… Tous ces messages ont la même structure : « Tu n’es pas préservée de la mise en acte de mon désir, comme tu pourrais le croire, parce que tu es ma fille. Au contraire, c’est parce que tu es ma fille que j’ai des relations sexuelles avec toi »… A savoir une rupture de la logique, une inversion, une perversion, une distorsion logique : ce qu’on croyait être un rempart est un passage. Ce type de message provoque un effondrement de la critique chez celui qui l’entend, étant entendu que celui qui l’entend est un enfant dépendant affectivement et matériellement de celui qui parle. Paralysie et malaise sont les seules réponses possibles pour l’enfant. Le toucher : Frôlements inattendus, touchers aux alibis insoupçonnables, prétendus naïfs, devenant tout à coup indécidables (tout comme les messages précédents). Donner un bain à sa petite fille, la prendre sur ses genoux, situations indéchiffrables pour l’enfant quand l’ambiguïté s’y installe. De plus ces touchers ont souvent pour effet de focaliser l’attention de l’enfant ; ils agissent comme détournement du système d’alerte, créant encore une fois de la confusion, de la paralysie, de l’indécidable, favorisant l’emprise. Ces techniques tendent donc à fabriquer, programmer un « sujet sous influence, sous emprise ». Toutes les pratiques liées à l’effraction favorisent la perte pour la victime de son enveloppe, c’est-à-dire la perte de ses capacités à juger, estimer, comprendre, arrêter l’autre à la limite de sa propre peau. Ici l’effraction est constituée par le fait que l’enfant perçoit le désir de son père pour elle dans ses formes les plus violentes et les plus explicites. L’enfant voit ce qu’il ne devrait pas voir : le désir de son père de façon explicite, toute distanciation étant interdite par le passage à l’acte. On pourrait dire que l’enfant est envoûté par le désir du père. Enfin pour ligoter définitivement l’enfant, le père lui remet son destin entre les mains : « Si tu parles, j’irai en prison, ta mère se suicidera, tu seras placée en foyer, la famille séparée »… Poids écrasant pour l’enfant que le destin de son père et de sa famille entre les mains : encore une inversion, confusion de places, de rôles… Conditions nécessaires à la relation d’emprise Quelques mots encore concernant les conditions nécessaires du côté de l’enfant pour que la relation d’emprise puisse se soutenir : • La terreur : l’enfant peut craindre pour sa propre sécurité tant matérielle qu’affective. Il connaît et sent la menace même si elle n’est pas dite. • L’état de dépendance : faiblesse liée à la position de l’enfant face à des adultes qui en ont la responsabilité, la tutelle. • La perte des relations de sécurité : mère absente, aveugle, sourde, banalisante, complice. Pour finir, l’inceste ne cesse pas avec la fin de l’inceste. Même quand la réalité d’inceste n’a plus lieu, même si le père est sanctionné, emprisonné, voire disparu ou mort, la relation d’emprise persiste. Le fantôme du père ne cesse de hanter la jeune fille devenue femme, en particulier, dans ses relations avec les autres hommes. Les jeunes femmes que l’on voit arriver en thérapie bien longtemps après la fin de la relation incestueuse, viennent souvent pour que le thérapeute les aide à interrompre ce dialogue avec le père. La thérapie de l’inceste ne serait-elle pas une thérapie de l’emprise ? Martine Nannini Novembre 1990 (extrait du n° 3 de « Peau d’Ane » édité par SOS Inceste pour Revivre mai 1992)


Reynaldo Perrone : 1 - Que se passe-t-il dans la communication ? Comment communiquent les sujets qui se trouvent dans la position haute de contrôle avec ceux qui sont dans la position basse de subir une action ? Quels types de messages envoient-t-ils, qui permettent à ceux qui se trouvent dans la position basse, de s'accommoder de subir. Comment celui qui se trouve dans la position basse accepte-t-il de subir l'emprise, la force, la domination, la violence de celui qui se trouve dans la position haute ? Il s'agit là de communication abusive : La communication abusive c’est la communication d’une personne qui abuse de l’autre Cette communication passe par une rupture permanente de la logique de la communication. Le sujet qui se trouve dans la position de contrôle va faire des cassures successives, de sorte que tantôt il se montre autoritaire, tantôt il se montre persuasif, tantôt il se montre très dynamique. Il y a des moments où il se présente comme une personne autoritaire, exigeante, puis il peut passer à une position de demande, où il supplie. Voilà le mode de communication qu'utilisent les personnes qui ont la main mise sur un groupe d'autres personnes. Cette cassure dans la logique de communication fait que celui qui essaye de déchiffrer ce que l'autre lui dit de faire, n'arrive pas à se repérer. C'est comme s'il devait faire attention à plusieurs visages. Il est comme en face d'un totem dont les divers visages lui parlent en même temps. Tout l'incite à s'accrocher à cet interlocuteur autoritaire, mais comme - nous l'avons dit - cette personne change tout le temps, il ne peut pas lui trouver une cohérence sémantique dans la continuité et cette hésitation amène un état d'épuisement, une fatigue, un abandon. Quand l'autre lui dira : " fais ça, deviens ça " il ne sera plus en mesure de se repérer dans l'incohérence de la communication et il s'en accommodera. On observe ça particulièrement chez les enfants, mais aussi chez les personnes qui sont dans une situation de contrainte ou dans une situation très prégnante à la quelle ils ne voient pas d'issue et où ils s'accommodent de l'injonction qu'on leur donne. Une autre composante de la communication abusive, c'est ce que l'on appelle l'injonction L'injonctionc'est un type de consigne qui fait que l'individu ne peut pas s'y soustraire. On affirme, par exemple : " tous les enfants font comme ça " Dans le cas du bizutage, on dit : " tous les ans, ça se fait comme ça ; tous les élèves le font ; tous les anciens l'ont fait. " Dans l'injonction, on appuie la consigne sur des prémisses qui n'ont même pas à être discutées : on doit s'y conformer, se conformer. C'est plus qu'un ordre. Un ordre on peut lui désobéir, on peut le contester. Une injonction, non. On ne peut pas s'y soustraire. * Une autre composante de la communication abusive, c'est la rétorsion La rétorsion, c'est un message particulièrement pervers centré sur l'idée : " tout ce que tu vas faire pour te soustraire à cette situation provoquera, fera ton mal. C'est toi, toi-même qui provoque, qui construit ta propre douleur. " La rétorsion, c'est un message d'une extrême violence. C'est le message que transmet celui qui contrôle la situation lorsqu'il dit : " si vous collaborez, la mort sera plus douce pour vous. Si vous ne résistez pas, vous souffrirez moins. " La rétorsion c'est plus que la menace : - la menace dit : " si tu ne fais pas ça,je fais telle chose " - tandis que dans la rétorsion, on lui dit : " si tu résistes, tu te mets en difficulté ". La menace est voilée, contenue dans une communication dans laquelle le sujet ne peut que compliquer sa situation. S'il résiste, c'est évident que c'est lui qui provoque la sanction. Le responsable, c'est lui, mais pas celui qui le soumet à la contrainte. La conjonction de ces trois éléments : ruptures des registres de communication, injonction, rétorsion, crée un état émotionnel très particulier Il induit, chez ce sujet soumis à une situation apparemment sans issue, un blocage de ses capacités de résistance, d'anticipation, de contestation, d'élaboration d'une stratégie satisfaisante. Quand, en plus, le contexte pousse à ne pas critiquer la situation, il est évident qu'en un temps très bref, un individu peut se conformer à l'ensemble des pressions qui s'exercent sur lui. Ce type de communication crée un état émotionnel un état psychique de vulnérabilité, mais ça ne suffit pas. Il faut un peu plus que cela pour amener l'individu à se soumettre volontairement à ce qu'on lui demande de faire, même s'il sait que cela lui sera préjudiciable, que ça lui causera de la douleur. Pour cela, il faut des actions plus concrètes : 2 - Trois praxis, trois actions sont menées successivement ou simultanément pour soumettre un sujet à ce type d'impact. * La première de ces actions c'est l'effraction Retenez bien ce mot. L'effraction c'est la pénétration dans le territoire privé, intime du sujet. C'est l'entrée par la force dans le territoire gardé d'un sujet. Faire effraction, c'est entrer autrement que par la porte. On entre par la force, en cassant quelque chose. On brise la membrane protectrice. Il y a effraction quand on rentre dans l'intimité, quand on dévoile un aspect privé, quand on montre l'intimité du sujet, quand on rend public un aspect privé, réservé de sa vie, quand on déshabille quelqu'un, quand on le montre nu, qu'on l'exhibe. Il y a l'effraction dans la vie sexuelle, par laquelle l'abuseur entre dans le corps de l'enfant. C'est l'un des éléments essentiels : on va chercher une proie dans son territoire ; on pénètre dans le territoire du sujet et on l'emmène dans un autre territoire qui n'est pas le sien. * La captation est une action extraordinaire. On l'observe dans le monde animal, quand une créature se métamorphose, se cache, en attendant le passage de sa proie. On prépare un piège dont l'autre ne connaît pas les données. La captation peut être préparée par les abuseurs dans le cadre de certains rituels. Cela consiste dans une manière de présenter la chose de telle manière que tout le monde se sente attiré par un éventuel bénéfice. C'est ce que fait l'animal prédateur, quand il imite le chant de la proie : et la victime s'approche trompée et attirée. Toute situation abusive est basée sur cette effraction et cette captation On va jusqu'à prendre la liberté du sujet. Une fois que le sujet a abandonné sa liberté, il ne peut plus la reprendre. Il est dans le piège. * La troisième action, c'est la programmation Quand vous avez pris une proie dans un territoire et l'avez mise dans une cage, la programmation consiste à faire en sorte que quand on ouvre la cage, la proie ne la quitte plus. C'est une manière de mettre quelque chose dans la tête de l'autre, pour qu'il adhère à ce qui lui est arrivé. C'est une sorte de conformation de comportement de sorte que, dans l'avenir, le sujet qui adhère, participe et se comporte dans l'avenir d'une façon précise. Je pense que dans ce concept de programmation, on peut trouver une explication. La programmation peut se faire en très peu de temps. On peut dire à quelqu'un : " quand tu seras plus fort, tu pourras faire le même chose que ce qu'on te fait maintenant " cette injonction, ce message va faire mouche et le sujet va être programmé de telle sorte que, quand l'occasion s'en présentera, il va se comporter comme il était prévu. Il faut comprendre que dans la vie quotidienne, nous sommes soumis, tous, en permanence, à un bombardement de messages de ce type. Je viens de faire une décomposition pédagogique de cette situation dans laquelle il y a abus. Quand les trois éléments sont ensemble et sont puissants et cohérents, le sujet reste attrapé Il reste piégé, il reste sous l'emprise et il va partager et collaborer finalement, en restant inscrit dans la logique de l'action programmée. Si les trois éléments ne sont pas réunis le sujet garde une capacité de résistance. Si les trois actions n'ont pas abouti dans leur totalité, il pourra se soustraire à cette logique. Par exemple, s'il y a effraction seulement, le sujet parvient à se rend compte qu'il a été violé. Il peut se soustraire à la logique, il garde une capacité de dénonciation. Il faut très peu de temps pour construire l'emprise. Est ce que des gens sont suffisamment malins, suffisamment équipés pour programmer les autres . On peut admettre que oui. Certes, ceux qui agissent en tant qu'opérateurs n'ont pas lu des livres concernant l'emprise Ils savent parce qu'on le leur a transmis. Ils découvrent, par l'expérience, la manière dont on s'y prend et l'effet que ces méthodes ont sur les autres. Ils découvrent et amplifient ce qu'ils ont ainsi appris, jusqu'à le formaliser sous la forme d'un rituel qui définit clairement qui sont les victimes et qui sont les personnes qui contrôlent. A propos de l'absence de réaction, il faut savoir que notre cerveau est facilement piégeable. Nous pouvons tous être piégés, tous ! En sortant d'ici, vous pouvez - à tout moment - croiser un individu qui danse devant vous et vous invite à le regarder et pendant ce temps, par derrière, " tchak ! ", on vous prend votre argent. Ca marche. Il y a des mécanismes indétectables dans le cerveau qui amènent une focalisation. On focalise l'attention d'une personne sur un point et alors que son état d'alerte périphérique reste vulnérable, " pschit ! ", on fait mouche dans son système cognitif parce que toute l'attention est focalisée Notre cerveau est vulnérable sur ce point et les phénomènes que vous avez observés se reproduisent des milliers et des milliers de fois, de façon quotidienne ; les individus sont piégés dans leur état de conscience. Il s'y ajoute un phénomène de fascination. La totémisation dont j'ai parlé entraîne une fascination : " il est presque beau ; il est presque attirant ". On reste devant cet individu aux faces multiples dans un état de fascination presque paranoïde, qui paralyse nos capacité et fait abandonner toute possibilité de critique et de prise de conscience. Comment faire pour réagir dans un système qui fonctionne de cette façon, On peut s'y soustraire, et c'est remarquable, soit grâce à une critique concernant cette attirance, soit en faisant une alliance à deux ou trois individus ou même en groupe, afin de réfléchir aux méthodes utilisées et d'élaborer une critique. Ce n'est pas toujours possible parce que le contexte peut inviter à faire confiance, à s'abandonner et même à s'offrir au châtiment.

dimanche 15 février 2009

Silence

J’aime le son des oiseaux qui parlent entre eux,
il gazouillent, l’air de rien.
J’aime le rire des enfants qui jouent entre eux,
ils se trémoussent, l’air de rien.
J’aime l’œil sournois des vieux qui discutent entre eux,
ils sourient, l’air de rien.
Je hais le silence de ma tête au soleil couchant,
il se pose, l’air de rien.

Sur place

Tu marches, mais restes sur place. Tu parles, mais personne ne t'entend. Les regards te traversent. Tu voies, mais ne sens pas. Tu es là, puis plus loin, et plus loin encore. Tu reviens, et déjà tu repars. Ta valise est toujours vide, jamais posée, jamais ouverte. Ton bagage si lourd fuit les mains qui le cherchent. Tu ne ressens rien, tu es décharné: ton corps flâne dans l'existence, mais ton coeur est sec. Tes yeux pleurent, oui, mais sans larmes. Tout est fini depuis le début: le jour où tu posas le regard sur cette femme qui serait ta mère, tout fut dit. Les grimaces n'ont pas servi à donner la joie, les baisers n'ont pas servi à réchauffer la flamme: tout était vain, car mort d'une autre mort. Tu repars, mais ton pied ne se lève pas. Collé, figé dans ce passé si présent, sans paroles. Cauchemar ? Non, réalité mortelle d'ennui, réalité d'un châtiment éternel sans motif aucun. Qui a vu l'enfant mort-né ? Non, il est enterré quelque part derrière un cimetière de campagne. Qui est mort ? Le corps, ou celui qui l'a enterré ? A-t-il jamais existé ? Qu'importe ! Où est la réalité ? Où est l'enfer ? Et à quoi servirait un Paradis ?

Amour ? Haine ?

Qui écrira le chant d'amour,
amour bafoué, amour trompé
amour piétiné, amour roué
amour blâfard, amour sali,
amour hagard, amour trahi

Qui, mais qui, écrira le chant de la haine,
haine silencieuse et noueuse,

haine hideuse et rageuse
haine de mort, haine de corps
haine du sort, haine sans ressort

Chant d'amour, chant de haine,
s'élèvent en écho pour appeler la guéhenne
Chant de haine, chant d'amour,
à chacun sa vie, à chacun son parcours

jeudi 12 février 2009

Il était une fois...

Il était une fois,
Il était deux fois,
Puis trois et quatre fois.
Il était un enfant,
Puis deux,
Il était un enfant
Qui s’en allait offrant,
Qui allait s’offrant.
Il était une fois un enfant,
Puis l’enfant disparut ;
Il était une fois,
Il était deux fois.
Il était un enfant,
Puis plus rien.
Le silence, le vide,
l'absence du cœur,
le froid, le brûlant,
le mordant, le tuant.
Plus rien, tout simplement.

Ma violence

La violence est là, tapie dans son antre: ma violence.

J'avais 16 ans à peine, ma mère venait de partir pour l'asile psychiatrique - une autre cure de désintoxication. Les vitres de la maison que j'avais brisées étaient réparées. Je jetais des chaises, des couteaux, à droite et à gauche, puis j'ai dit non.

Les chaises sont restées à leur place, les couteaux rangées. Ma violence s'est enroulée sur elle-même pour se cacher dans un coin sombre de mon âme. Elle est restée là, glaciale, à me regarder, à me haïr. J'ai avancé dans mes études, premier de la classe, le beau ténébreux, surnommé Jésus-Christ du lycée à la fac, mais le souffle glacial de cette violence cachée se faisait encore sentir dans mon dos, me glaçant la nuque, les pensées. J'ai philosophé, enivré de mots, mais le coeur toujours au froid.

Je me suis habitué à cette présence, à ce léger regard râilleur qui me suivait. J'ai essayé de fuir son feu en vidant toutes les bouteilles qui me passaient sous la main : vin, bière, whisky, cognac. Une bouteille entière de rhum vidée en 5 minutes. J'ai essayé de noyer ma violence dans la Loire. Je me suis sali en permettant que d'autres usent de mon corps, et cette haine en moi n'a fait que grandir.

Puis mes enfants sont venus, et avec eux la charge d'une autre vie, la responsabilité. Trois enfants, comme trois soleils perçant les recoins sombres de mon coeur, ce coeur qui criait en se réchauffant. Ce fut la crise: au fur et à mesure que mes enfants me bousculaient, ma violence reprenait vie. Pendant un temps, j'ai failli me laisser aller à donner quelques gifles, comme j'en ai tant reçu moi-même, mais j'ai vite cessé.

Mais désormais, ma violence revient dans toute sa force. Je ne peux plus voir mon visage dans les vitrines d'un magasin, au détour d'une rue. Je ne peux plus entendre ma voix enregistrée.

Un jour, je mourrai de cette violence. Un jour, je ne pourrai plus repousser l’échéance. Ma haine demandera son dû, et il faudra payer. J’aurais vécu. Voilà.

Souffrir ?

Lorsque souffrir est devenu un mode de vie que l'on cache derrière un sourire qui invite l'autre à déposer à son tour ses griefs et ses espoirs, lorsque mourir est devenu une tâche quotidienne en ajoutant grain de sable après grain de sable pour enrayer l'engrenage de la vie, avec un héroïsme plein de lâcheté, qu'est-ce qui peut avoir la force de vous tirer de là ? Toute la beauté s'est concentrée dans cette dame blanche, éternelle fantôme survolant les bois et les champs, dont me parlait ma mère: ces traits pâles, ces yeux fous, me hantent encore et je me rends compte que je n'est jamais cherché autre chose. Tout ce qui amène mon coeur à s'émouvoir est nécessairement triste, déchiré, et jamais je n'associe le beau au bon, ou le beau au joyeux. Le bonheur est fadaise si ce n'est au bord d'une falaise, précipice attirant l'envol de cette âme que je me retrouve, qu'on m'a donnée. Tout cela sonne comme une plainte, je sais, et pourtant ça ne l'est pas. C'est ma berceuse à moi, pour m'endormir les soirs de solitude. C'est le reflet de cette dame blanche, mon éternelle promise, avec ses yeux fous, son sourire cruel et blafard. Un jour, je remercierai tout le monde, et vous aussi, et me retournerai, pour partir. J'irai me perdre dans ce rêve qui ne me quitte pas, douce Lorelei au cœur de pierre, aux cheveux désormais gris comme l'éternité. Est-ce un conte, une histoire ? Où est-ce vrai ? Ici, ou dans les yeux de cette dame blanche ?

Poème de jeunesse

La liberté...

Elle n'habite nulle part,
elle ne voyage nulle part,
elle fuit celui qui l'accapare,
elle fuit celui qui la prépare

Elle est ce doigt sur l'horizon,
l'amour pointé sur les saisons,
elle est ce coeur au diapason,
cette poussière dans nos raisons

La liberté...

C'est le vent qui cherche l'air,
c'est le cri et c'est la mer,
c'est la douleur de la terre,
c'est le bonheur de la chair

Elle est ce rire contre le mur,
Elle est ce regard dans l'Impur,
et cette gifle contre l'injure,
cette joie, cette déchirure

La liberté...

C'est la haine de l'ennui,
c'est l'amante de la nuit,
c'est l'amour du temps qui fuit,
c'est le silence, c'est le bruit

Elle est l'arbre de sang brisé,
et cette paupière plissée,
et toute l'ordure embrasée,
et puis tout ce ciel ramassé

La liberté...

C'est cette vie dans nos mains,
et cet enfant dans nos reins,
le soleil à son déclin,
et la gloire du matin

Elle est ce toit qu'on entrevoit,
elle est ce mensonge qu'on croit,
l'ardeur naïve d'une voix
et le piège au détour d'un bois.

Je suis une boule

Je suis une boule, je ne parle plus. Je roule de ci, de là, un jour dans une gorge, un jour au fond d'un coeur. Je suis une boule, je n'en dirai pas plus. N'insistez pas ! La boule voit du paysage, et puis elle est toujous bien sage, roulée là dans son coin, lovée dans son carré de terrain. Elle ne chuchote ni ne bougeote, mais reste là en silence, sans même regarder en coin, pensez-vous. Son visage rond serait si mignon, s'il avait une bouche et deux yeux comme tout le monde. Mais la boule s'est renfermée en elle-même : sans un bruit, passant, regarde, et suis ton chemin.

Coeur d'enfant

C'est bête, un coeur d'enfant,
ça arrive tout frais de la mer, du grand large,
et ça s'apprête à partir pour un grand voyage
C'est bête, un coeur d'enfant.

C'est joli, un coeur d'enfant,
on le prend dans la main, et voilà un arc en ciel,
on le prend contre soi, et le monde n'est plus pareil
C'est joli, un coeur d'enfant

C'est fragile, un coeur d'enfant,
un diapason plus haut, et voilà qu'il se brise,
et si le ton continue de monter, bientôt il s'enlise
C'est fragile, un coeur d'enfant

C'est fort, pourtant, un coeur d'enfant,
pétrissez-le, cuisez-le, mangez-le, oubliez-le,
toujours il renaît, toujours il ressort: tuez-le
et pourtant, c'est trop fort un coeur d'enfant

Mais il est triste, mon coeur d'enfant,
lui ne voulait rien qu'un peu de jour pour son soleil,
un peu d'amour pour mieux grandir dans son sommeil
il est bien triste, ce coeur d'enfant