vendredi 18 décembre 2009

Levinas, Le temps et l'autre

"L'insomnie est faite de la conscience que cela ne finira jamais, c'est-à-dire qu'il n'y a plus aucum moyen de se retirer de la vigilance à laquelle on est tenu. Vigilance sans aucun but. Au moment où on y est rivé, on a perdu toute notion de son point de départ ou de son point d'arrivée. Le présent soudé au passé, est tout entier héritage de ce passé; il ne renouvelle rien. C'est toujours le même présent ou le même passé qui dure. Un souvenir - ce serait déjà une libération à l'égard de ce passé... Cet exister n'est pas un en-soi, lequel est déjà la paix; et il est précisément absence de tout soi, un sans-soi."

"La conscience est le pouvoir de dormir."

"C'est un grand paradoxe: un être libre n'est déjà plus libre parce qu'il est responsable de lui-même."

"La solitude n'est pas tragique parce qu'elle est privation de l'autre, mais parce qu'elle est enfermée dans la captivité de son identité, parce qu'elle est matière. Briser l'enchaînement de la matière, c'est briser le définitif de l'hypostase. C'est être dans le temps. La solitude est une absence de temps."

lundi 14 décembre 2009

Avenir

Un jour il faudra bien mourir, et lorsque le jour viendra, je serai là. J'attendrai comme on attend un accomplissement, la réalisation d'une prédiction trop souvent repoussée, sans raison valable.

J'aurais fait des choses dans ma vie, des choses dont je suis fier, des choses dont je suis heureux, mais aussi des choses qui auraient bien pu ne pas être: je n'aurais rien fait d'essentiel et peut-être aurait-il été plus simple de ne pas exister du tout.

Le jour de ma mort, je veux être là. Ne faire souffrir personne, ou le moins possible pour mes enfants, mais ne plus souffrir moi-même, ne plus exister, ne plus avoir peur, ne plus à avoir à montrer du courage même lorsque je n'en ai pas envie, lorsque je ne peux pas. Juste mourir.

jeudi 5 novembre 2009

Les jeux du je : mémoire et identité

La personnalité qui se développe dans un milieu sain apprend à reconnaître ses désirs et ses craintes à travers les désirs et les craintes de ceux qui l'entourent avec amour et tendresse et, peu à peu, il apprend à étendre son cercle de rapports humains au-delà du cercle des êtres aimants jusqu'à aborder le spectre complet des relations sociales à travers l'école, les amis, les expériences de l'adolescence, etc.

Dans des cas comme le mien, la personnalité s'est développée parmi des adultes qui attribuent à l'enfant leurs propres désirs pour en faire un objet "consentant", docile, qui cherche à plaire pour quémander un brin d'attention. Le désir de l'autre est devenu son propre désir du moment que les seules formes d'attention disponibles sont des formes objectifiantes: le "je" n'est plus "sujet", mais "(sujet)objet", c'est-à-dire "sujet" se modelant sur son existence objectifiée par l'adulte pervers, sujet "s'auto-objectifiant" lorsqu'enfin il s'achemine vers l'âge adulte pour vivre en plein sa nature de "victime", la seule arme restant à sa disposition étant une "passivité agressive" qui réduit l'autre à un état d'agresseur chaque fois que le complexe de victime-objet entre en jeu.

Le sujet joue donc à se perdre à travers son histoire et fait revivre à travers lui-même la volonté du pédophile, toute résurgence du sujet véritable étant perçue comme un danger de non existence puisque c'était l'émergence de ce même sujet que le pervers cherchait à annihiler. L'adulte maltraitant cherche à bloquer toute velléité d'autonomie chez l'enfant en convainquant celui-ci que l'expérience qui lui est infligée est toute la réalité qui existe. Lorsque la réalité effective fait peu à peu irruption dans le monde de l'enfant, il est trop tard: son vécu est devenu toute la réalité qui existe pour lui.

Pour s'affranchir de cette réalité, il reste donc à l'adopter telle quelle, toute entière, à la faire sienne, de sorte à être volontairement ce que l'autre nous a amené à être sans notre volonté. Le paradoxe de la victime qui se convainc elle-même de faire des choix (prostitution, scarifications,...) sans accepter de responsabilités, mais sans se retourner non plus contre son agresseur; le paradoxe de la victime qui ne se sait pas victime mais vit une vie de victime.

lundi 28 septembre 2009

L'enfant

Penser l'enfant, c'est penser l'impensable, c'est penser l'interdit.

Penser l'enfant, c'est revivre l'horreur dans la conscience de l'horreur.

Horreur et enfance ne collent pourtant pas.

Penser l'enfant, c'est donc penser un autre enfant que moi, car je n'ai pas été enfant.

Ou l'ai-je été ?

L'enfance ne va pas avec les gros mots, les obscénités, mais lorsque je creuse le vide de ma mémoire, les mots qui sortent sont grossiers et obscènes, les faces rouges et bouffies, les gestes ivres et lubriques.

C'est le bateau ivre, version bordel.

Ce sont des ombres flous, des mouvements gluants, des paroles dures et mal prononcées, puis le noir.

C'est dans l'enfance que l'on se forme, est-ce à dire que je suis aujourd'hui une grande bâtisse creuse, ou pis encore, une fine membrane de peau contenant en soi tous les excréments de ces gens-là, vous savez qui ?

Quel être bancal suis-je donc ? Récipient d'immondices ou palais des courants d'air ?

Qui sont les enfants-objets ? Que deviennent-ils ? Que veulent-ils d'eux-mêmes ? Est-ce qu'ils continuent d'obéir à la volonté de leurs maîtres même après la mort de ces derniers ? Comme de bons chiens dressés, attendent-ils d'être pris en levrette par le premier venu ? Ou relèvent-ils la tête et découvrent-ils que, finalement, il y a bien quelque chose à l'endroit où devrait se trouver leur coeur et que le coeur entre bien en communication avec le cerveau ?

Se découvrent-ils ainsi un MOI, entre amour et pensée, entre souffrance et rêve, entre coeur et intelligence ?

lundi 21 septembre 2009

Aimer aujourd'hui

Aimer sans passé, aimer malgré tout, aimer sincèrement, et même aimer: c'est possible, parce qu'il n'y a rien de plus fort que l'amour.

Souffrir, oui, c'est souffrir, mais la souffrance n'enlève rien à l'amour: tous deux sont sincères lorsqu'on les accepte tels qu'ils sont, la souffrance comme souffrance, et l'amour comme amour.

J'aime ma belle malgré moi-même parce que ma belle est la plus belle âme qui soit. Avec elle, qu'importe le passé du moment que nous tournons les yeux dans la même direction, vers le même horizon, main dans la main.

Mais c'est vrai, le passé me hante et mon esprit vacille. Mon amour est là, qui m'empêche de sombrer dans la folie parce que là, j'ai accroché ce qu'il restait de cette épave que j'étais ou plutôt, l'amour a poussé sur ce qui restait de vivant en moi pour donner un arbre solide.

Il pleut

Il pleut sur mes rêves. Le peu qui en restait s'écoule aujourd'hui dans les égouts de ce monde, un monde aux relents nauséabonds.

Il pleut sur ce qui me restait de rêve, sur ce qui me restait d'espérance d'amour.

Il me reste une vie a deux dimensions : le présent et l'avenir. Un monde plat, sans passé que l'horreur, une horreur pas encore perçue, mais ressentie, comme une menace qui pèse encore.

Me voici dans un monde en 2D. Bonjour.

Le monde est plat, le monde est vide, ou trop rapidement rempli parce que sans profondeur.

Il y a les gens que j'aime: peu de gens, car mon coeur est bien serré. Un coeur sans profondeur et qui éclate chaque fois qu'il s'ouvre. Un coeur sincère d'enfant que les grands ont trompé, dont les grands ont joué. Un coeur qui se donne à ceux qu'il aime sans se soucier du lendemain, mais un coeur sans profondeur, presque mort, écrasé par les corps des adultes.

Sur lui, la sueur des ventres bedonnants, la puanteur des après-midis sales, la noirceur de la nuit velue... un coeur qui a grandi dans les égoûts de la vie, dans les poubelles de l'amour. Coeur de détritus, recyclage sans amour des corps d'enfants, rejet de la faute des autres, réceptacle des ordures ménagères d'une petite ville de France.

Parleras-tu pour dire ce que tu as à dire ? T'a-t-on appris à parler ? Bête apeurée au fond d'une cage d'illusions déchues, enchaîné à des rêves trompeurs, tout pour être ailleurs - enfant sauvage, maigre, sale, sourd et muet à sa propre douleur tellement tout est douleur... Que t'a-t-on appris ?

Urinoir public, fait pour être consommé et jeté dans un coin jusqu'à la prochaine fois. Orphelin de fait, s'agrippant à la femme comme à une mère, parce que génitrice - sans autre raison que la première qui passe par la tête - mère nature.

Quelle horreur que cet enfant en haillons, morve au nez, sang aux lèvres, les yeux vides, se balançant d'avant en arrière, d'arrière en avant. Est-ce tout ce qui reste du passé ?

Est-ce qu'un enfant a le droit de vivre comme ça ? Dites, vous les grands qui l'avaient fait ce qu'il est, quel droit lui reconnaissez-vous à l'existence à part celui de rechercher dans votre regard une once de pitié, un gramme de compassion, quitte à ouvrir vos braguettes pour cela ?

Méchant enfant ! Enfant grossier ! Pervers ! Tais-toi.

Nous voilà de retour en 2D.

Bonne nuit. Bonne nuit.

mardi 8 septembre 2009

Les enfants

Il y a des enfants qui rient et qui courent, qui s'amusent et folâtrent en pleine nature. Ils se baignent dans la rivière, ils ont une cabane. Ils jouent et rêvent, enfin.

Lorsqu'ils retournent auprès de leurs parents, ils y trouvent des bras qui les attendent. la table est mise et les hôtes rient. les mains plongent dans les assiettes, les lèvres sont mouillées de vin.

Les mains plongent dans la chair blanche des enfants, des doigts noirs sur leur pâle peau.

Les mains fouillent les corps à la recherche d'un plaisir qu'ils ne connaissent plus, et les yeux laconiques des mères se perdent au lointain.

Les ventres ronds, les perles de sueur nauséabondes, les bouches pleines, la douleur, puis le vide - les enfants planent au loin, ailleurs. Les cris deviennent bourdonnement, vague chahut où l'accordéon se noit dans le brouhaha des rires et des soupirs. Les lourdes odeurs restent, mais l'esprit est ailleurs.

Les mains de charcutier continuent de fouiller les moindres recoins d'intimité. L'innocence n'existe plus dans ce monde sombre et visqueux.

Plus tard, les enfants retourneront à leurs jeux d'enfant, silencieusement, le temps de se réhabituer à la légèreté de leur âge. Plus tard, les rêves reprendront le dessus pour masquer, le temps d'un instant, la triste réalité. Pendant ce temps, les deux maquerelles cuvent leur vin et préparent dans leur tête le prochain festin. Elles donneront en pâture, pour quelques francs, ces bouts de chair que sont leurs enfants.

Et les enfants jouent au papa et à la maman, mais sans se faire mal car, s'ils ne savent pas encore ce qu'est l'amour, ils savent que cela ne devrait pas faire mal.

Filles, garçons, il y a des enfants qui vivent ou ont vécu comme cela, et il y a des pères, des mères, qui font ou ont fait cela.

Histoire d'un autre monde ? Non, histoire de ce bas monde.

Quatre enfants vendus à tout un village, un village qui s'est tu et qui se tait encore. Quatre enfants vendus aux mâles du village, caressés par qui le voulait bien, triturer par qui payait une somme modique, à hauteur de leurs trois pommes. Quatre corps avec les orifices recherchés: non plus des êtres vivants, mais des poupées pour dépravés.

Chantons les campagnes françaises et les joies de leurs doux clochers: lorsque j'entends l'accordéon aujourd'hui dans le métro, c'est un autre son de cloche que je perçois.

samedi 25 juillet 2009

La vérité

Tout ce qui est écrit sur ce blog ne reflète peut-être pas mon histoire. J'ai du mal à croire que ce soit moi qui ais vécu tout ce qui est décrit ici directement ou indirectement. Mais si ce n'est moi personnellement, alors le personnage de ce blog n'est rien d'autres qu'un personnage construit sur l'histoire véridique de tant d'autres enfants et adultes.

J'ai du mal à faire confiance à mes images et à mes mots. Je suis perdu dans un flot de mots : ces mots, ces images, je ne sais pas d'où elles viennent. Il est trop tard pour me retrouver à distance de dizaine d'années.

Un jour, il faudra que j'enterre tout cela, que j'organise l'enterrement d'un passé à jamais passé et perdu dans le néant. Je ne suis pas ce que je dis, ce que je pense. Je ne suis rien de tout cela, rien du tout. Un trou noir.

Je suis une mosaïque de réalités qui me dépassent, la représentation de quelque chose qui est déjà représentation, un être sans consistance, un fantôme de moi-même et des autres.

Je ne suis rien, pas même la poussière sous ce balai de sorcière.

mercredi 15 juillet 2009

Le repli

Je me recroqueville sur moi-même, comme un être sec et cynique. Ne sort de moi qu'une boule de haine sans objet que je déverse sur le monde, éclaboussant les passants.

A peine ouvré-je la bouche que le flot déborde et menace quiconque au détour d'un mot, à l'ombre d'une pensée. Sans crier garde, les griffes sortent et taillent discrètement les chairs s'aventurant trop proche.

Reste le silence: garder le silence pour ne faire de mal à personne.

Se recroqueviller sur soi, étouffer sur sa propre haine.

Soupirer parce qu'il faut soupirer.

Haïr sans trop savoir quoi.

Se préparer à dépérir.

A mourir.

Peut-être.

Ou tout foutre en l'air.

mardi 7 juillet 2009

Ne pas penser

Envie de frapper. Tout me fait mal. Envie de tuer. Envie de me tuer. Rien n’a de sens. Envie de ne plus avoir envie de rien. Me fondre dans le néant.
Il est des morts qui sont mieux ainsi.
Rester drapé dans mon suaire de nuages et d’étoiles. Rêver l’existence en me disant que ce sera autrement, quand je me réveillerai. La vie est un désert peuplé de mirages. Se dire que tout est mirage, que la souffrance s’évaporera, que ce n’est pas vraiment de la souffrance, mais l’illusion d’une fausse douleur.
Ne pas suivre les mots qui surgissent au détour d’une image. Ne pas voir. Ne pas crier, mais se laisser étouffer et partir, partir loin… Se laisser aller… L’asphyxie qui fait dérailler l’esprit, voguer vers d’autres rives, en planant, en flottant dans l’air qui me manque.
Voilà. Je n’en dirai pas plus.

mercredi 24 juin 2009

Suicide

Il est bon parfois de parler de mort. Cela fait parfois du bien de souhaiter mourir, comme la possibilité ultime d'un repos qui nous tire enfin du cauchemar.

Bien entendu, on ne se suicide pas. Alors, bien qu'agréable, n'est-il pas futile de parler de la mort: est-ce que ce n'est pas se distraire de la lutte au quotidien ?

Peut-être, mais si l'idée de mort est présente, autant l'exprimer, autant la cajoler pour la garder tranquille dans son coin. Le jour où on arrêterait d'en parler, qui sait quel dégât elle pourrait faire ?

Tout ce que je veux, c'est qu'on me laisse tranquille, que mes frayeurs me laissent tranquilles, que ma honte me laisse tranquille, quitte à satisfaire ma quête du grand vide un jour, losque ceux qui dépendent de moi n'auront plus besoin de moi.

Il est bon parfois de parler de mort. Cela fait parfois du bien de souhaiter mourir, comme la possibilité ultime d'un repos qui nous tire enfin du cauchemar.

La mort, l'idée qui vous tient un pied dans la tombe, qui donne un goût de pourriture à chacune de vos pensées, qui joue la sirène à chaque tournant de votre vie.

La mort, celle qui fait que vous n'êtes déjà plus présent au monde avant même d'être enterré, celle qui vous fait traverser la vie comme un fantôme sans substance - présence évanescente symbolisant mon inessentialité de base, négation de la chair, purificatrice du sexe et de l'ignoble, l'horreur dépassant l'horreur originelle et, par là, plongeant celle-ci dans l'oubli pour un instant, mais un instant seulement, à moins de franchir le pas.

La mort, l'outil indispensable de survie pour le grand rescapé imaginaire et pour celui qui veut se laver des tares intrinsèques de sa propre personne. La mort, en somme.

Silence

C'est le silence, le grand silence... Le silence du passé qui ne revient pas, le silence du présent qui ne veut pas s'ouvrir, le silence de l'avenir qui reste clos et indécis.

La vie en suspens depuis des décennies, des résolutions qui sont là, mais ne se prennent pas, des accusations lancées par d'autres, mais non reprises, non assimilées, parce que non vécues.

Des choses ont été dites, ont traversé les rouages bloqués de mon cerveau, ont été traitées avec toute la finesse d'un intellect noyé d'abstractions, mais la chair et le sang n'ont rien saisi, rien repris, rien entendu. La chair et le sang meurtris, restent derrière les meurtrières d'une forteresse imprenable, la forteresse vide.

Un viol, des viols... Non, rien. Une histoire banale d'amour filial.

C'est le silence, le grand silence du déni qui a honte de lui-même et ne se dit pas. Se clame, mais ne se reconnaît pas.

La honte et la lâcheté comme raison de vivre: le comble de la salissure.

L'enfant peut crier - puisqu'il crie - le silence enveloppe tout de son aile d'oubli. C'est la fin des cauchemars, la poursuite du cauchemar originel.

Rien ne s'est passé, rien ne s'est jamais passé. Je peux parler des faits supposés, mais je n'y crois pas, je n'y crois plus, parce que je ne vois pas le reflet de l'horreur dans les yeux des autres. Indifférence compassée, révolte indignée, colère et dégoût, mais pas l'horreur.

Je ne vois l'horreur nulle part, donc elle n'existe pas. Le faible tremblement intérieur qui la présage ne trouve d'amplification nulle part et n'ose élever la voix de peur d'écraser des montagnes imaginaires. C'est l'histoire de la fameuse souris issue d'un cataclysme bien peu productif.

Je retourne à mes carottes, peu à peu, un peu plus fatigué, sans avouer ma chute ; en attendant la mort patiemment.

lundi 8 juin 2009

Sans nom (obscénité et honte)

Je voudrais me faire du mal, me violer moi-même en m’enfonçant la tête dans un polochon, serrer les dents jusqu’à en avoir mal à la mâchoire, jusqu’à ne plus sentir l’autre – l’autre douleur – derrière. J’aimerais me punir de voir ce sexe de femme collé contre mon visage d’enfant, cette touffe chaude et humide qui remue et m’étouffe. J’aimerais me faire du mal à imaginer ces deux hommes me prenant par derrière, se creusant une voie royale dans mon enfance. J’aimerais me tuer de cet instant de plaisir en pleine humiliation, de cette amorce de joie au ressentir de ces corps mous, pâles, adipeux ou maigrichons, mais tout de même chauds et caressants au moins l’espace d’une seconde. J’aimerais mordre la langue volée par la langue des grands, arracher cette peau sur laquelle toutes ces mains se posent.

J’aimerais arracher les yeux de ce regard perdu qui cherche en vain un ami, ce corps nu recroquevillé sur lequel on pisse en riant, puis qu’on lave à l’eau froide. J’aimerais étouffer cette gorge pleine de membres et de leur sève lubrique au goût salé, nauséabond, entre l’amer et le gluant. J’aimerais quitter cet esprit plein de toutes ces choses. Plus je décris, plus j’imagine de ces sensations : poils pubiens sous mon nez, rêches et odorants, membres durs, mous, mi-durs mi-mous, qui voyagent autour de ma bouche tandis que d’autres mains violent mon intimité, comme si rien, pas même mes entrailles, n’était hors de leur portée. Sensation de ne pouvoir résister face au nombre, et pas seulement face à la force. Peur de rester là, dans ce cloaque, mourir étouffé sous un testicule ou une vulve. Et aucun visage : rien que des corps sans tête, comme si les yeux essayaient de préserver un dernier vestige d’intimité en fuyant les regards – intimité dérisoire quand même votre merde s’étale aux yeux de tous. Et les rires, l’indifférence lubrique, la curiosité narquoise, les caresses qui cherchent à m’arracher un plaisir malgré la souffrance, la peur, la terreur, l’effroi, l’horreur. Impossible de crier, ou même de vouloir crier. Pas d’espoir, puisque la mère est là, qui jouit – qui jouit de toi, qui jouit d’un autre – peu importe. Tout coule : les corps dégoulinent de sperme, de sueur, de salive, de pisse, de toute sorte de liqueurs âcres se mêlant au vin et à la cigarette. Le bruit des voix se mélangent aux odeurs, aux regards, dans une cacophonie qui n’en finit pas de résonner dans ma tête jusqu’à l’épuisement, jusqu’à ce que le corps s’affaisse.

Est-ce vécu ? Est-ce imaginé ? Le dégoût m’envahit. Comment mon esprit peut-il contenir tout cela ? Suis-je pervers ? Je pourrais continuer à l’infini si cela ne faisait si mal. Est-ce que j’ai réellement vécu cela ? Est-ce que je me l’imagine. Déjà ma langue se colle au fond de ma bouche pour recevoir un autre membre, mes lèvres s’entrouvrent presque, dans un geste machinal. Entre l’espoir d’un peu d’attention et la peur du ceinturon, est-ce que l’enfant que j’étais a vécu cela, ou est-ce que l’adulte que je suis se fait des scénarios ?

Hésitation qui me torture. Je me hais de voir tout cela. Plutôt m’arracher les yeux ! Mais comment arrache-t-on les yeux de l’esprit ?

mardi 5 mai 2009

Dessiner, mais ne pas être entendu (quel beau dessin!)

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Vidéo contre la violence contre les enfants

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Defilement

Les voitures défilent sous mes pieds, mes pensées s'engourdissent.
Les pieds se mettent à trembler tandis que les phares traversent mon regard.

Le flot incessant des engins qui écrasent tout devant eux fait s'emballer mon coeur.

Il suffirait d'un instant.

Au loin mes enfants, à l'horizon. Quelque part sur le côté, témoin muet, l'Amie avec un grand "A", celui d'Amour.

Les voitures continuent de défiler, indifférentes à mon sort, au sort de quiconque traverserait leur chemin.

La respiration s'affole l'espace d'un moment, un long moment. Pas ce soir.

lundi 4 mai 2009

Ecrire

Ecrire pour exprimer, pour pousser en dehors ce qui pourrit au dedans.

Ecrire jusqu'à en rire, jusqu'à en mourir.

Ecrire pour ne plus fuir, mais fuir encore, une dernière fois, comme un tendre au revoir à une souffrance en partance, un dernier retour de douleur qui s'éternise.

Ecrire jusqu'à en pleurer, jusqu'à s'effeuiller.

Ecrire encore pour souffrir et faire souffrir, écrire pour se dire qu'on vit, qu'on existe, et puis ne plus y croire.

Ecrire pour exprimer, ou bien pour imprimer en soi, encore et encore, un semblant de douleur, ou une douleur qui fait semblant de rire.

Car écrire pour en rire, pour ne plus pleurer.

Ecrire pour déprimer sans rien supprimer de sa vie, écrire pour s'envoler et revenir, ou ne pas revenir, selon que le vent souffle de ci ou de là, ou ne souffle plus.

Ecrire pour s'essoufler, sans jamais s'essoufler.

Ecrire pour s'ennuyer, et s'ennuyer de s'ennuyer.

Ecrire pour réprimer en soi la vie, mais aussi pour libérer la vie.

On perd une vie, on en retrouve une autre, jusqu'à ce qu'on perde celle-ci pour retrouver celle-là.

Ecrire comme un ivrogne qu'on abuse, comme un enfant qui balance la tête tandis que sur lui les corps s'affairent.

Ecrire pour ne plus penser, s'abstraire, se distraire.

Ecrire pour s'aveugler de ces peaux blanches, de ces ventres repus, poilus comme les pattes des araignées.

Ecrire comme une gouttière distillant ses liquides douteux, eaux de pluie, larmes de pluie, pluie de sueur suintant d'autres liqueurs.

Ecrire pour dire l'horreur, mais en la voilant: relevant juste un pan de tissu pour faire deviner le peu qui fera chavirer l'esprit, mais sans lever le mystère.

Ecrire pour se cacher aux autres et à soi-même, écrire pour se dénuder et se dissimuler derrière sa nudité.

Ecrire, cela sert à tant de choses, n'est-ce pas ? Tout dépend du chemin qu'on prendra ce jour-là, cette vie-là.

Enfin, écrire quoi...

Si je pouvais...

Si je pouvais effacer sur mon corps ces caresses alcooliques

Si je pouvais effacer sur mon corps ces plaisirs imposés

Si je pouvais effacer sur mon corps ces regards lubriques

Si je pouvais effacer de mon être cette vie volée

Si je pouvais, mais je ne peux pas

Tout est à refaire, tout est à faire

Si on pouvait, mais on ne peut pas

Reste à survivre, reste à se taire

Et la nuit passe

Et la vie passe

Un coeur de glace

Qui n'a plus sa place

Fin

mercredi 15 avril 2009

Désolé

Je suis désolé de vivre, désolé de persister ici.
Je suis désolé de vous ennuyer, désolé d'être ennuyé.
Je suis désolé d'être moi-même, ou de ne pas l'être.
Je suis désolé d'être désolé.

Et si d'aucuns disent, "trop désolé pour être honnête",
alors je suis désolé d'être malhonnête.

Je suis désolé d'être ici ou là, d'être mal fait.
Je suis désolé de n'être ni ici, ni là,
de n'être pas à ma place, ou à la place d'un autre.
Je suis désolé, sincèrement désolé.

Je suis désolé de n'être pas heureux,
Je suis désolé de n'être pas malheureux.
Désolé de souffrir sans souffrir, de rire en pleurant.
Je suis désolé pour moi, mais surtout pour vous tous.

Cesser de me désoler me désolerait encore plus,
je le crains. Et là encore, j'en suis désolé.

Je suis désolé que tous ces "désolés" n'apportent rien
à personne, désolé de peser à travers ma désolation.
J'aimerais être utile, apporter quelque chose,
mais je suis trop désolé pour cela.

Désolé d'être encore las, las de tout, las de rien.
Fatigue infinie qui pèse sur mes pensées, sur mon corps,
comme un autre corps qui s'écraserait sur mes chairs.
Ici s'arrêtent les mots, et commencent les images.

Envies

Envie de mourir. Le soleil m'ennuie. Il brûle ma morosité devenue naturelle.

Envie de mourir pour ne plus vivre, pour ne plus peser.

Envie de mourir pour rien, pour tout.

Envie de me retrouver moi-même dans les bras froids de la mort.

Souffrir enfin, ou ne plus souffrir, je ne sais plus.

Envie de mourir, un point c'est tout.

samedi 11 avril 2009

Rêves sales

J’ai aimé un songe, un sable mouvant.
J’ai aimé un rêve. Ai-je aimé ? Ou bien me suis-je accroché à mon bourreau pour quémander un peu de pitié ?
Je me suis abaissé, je me suis humilié. Je me suis donné, je me suis laissé. Volontairement, puisque je n’avais pas le choix.
Je me suis sali, je me suis vieilli, puis je me suis terni, et j’ai pourri. J’ai crié ton nom, mais tu étais partie. Je t’ai appelée, mais déjà tu n’écoutais plus. Ainsi va la vie, ainsi grandissent les enfants.
Je n’ai plus appelé, je me suis tu. De mains en mains, de nuits en nuits, de jours en jours, j’ai vécu.
Enfant du désert, fils de la lune et d’une bouteille, j’ai grandi entre les mégots et les doigts sales.
Ma vie est un rêve que je traverse tranquille. Mon cœur est là-bas, resté sur la berge. Je ne sens plus sa souffrance. Ma vie n’est pas le rêve que je rêvais.
Je n’appelle plus, je ne crie le nom de personne. Mes proches sont à des années lumière. Ainsi va la vie, ainsi grandissent les adultes.
Un bâillement au loin, le chien qui s’ennuie de voir toujours la même lune. Et j’attends le mot fin.

dimanche 5 avril 2009

Miroirs faussaires

Je replace ici un message que j'ai supprimé dans un premier temps. Cette suppression était une réaction illogique au choc qu'a ressenti une personne qui m'est très chère à la lecture de ce que j'avais exprimé.

Il est des fois où l'on a du mal à faire face aux implications de ce que l'on dit ou fait. Le vide dans lequel je vis a des implications sur les gens qui m'entourent et qui se voient renvoyer une image difficile à accepter des choix pris en commun. A moi d'assumer cela, de m'assumer, même s'il m'est difficile de comprendre où cela me mène. Pour ceux qui vivent avec des personnes comme moi, le problème est tout aussi poignant que pour moi-même : faire des projets ou tout simplement vivre avec quelqu'un qui ne semble pas apprécier quoi que ce soit de cette communauté de vie, cela est à tout le moins frustrant, et peut être totalement déprimant. Après tout, qui sait ce qu'une telle personne pourrait devenir par la suite, si jamais elle réussit à se retrouver.

Voici donc le message original avec, en italiques, les commentaires reçus:


Est-ce qu'il faut aimer la vie ? Je ne sais pas, je n'ai jamais su. La vie, on vous la jette en pleine figure lorsque vous êtes enfant. Cela passe plus ou moins bien, ça peut être très dur. Cela prend plus ou moins de temps, et on peut avaler la vie de travers. Moi, j'ai bu pas mal pour la faire passer, et ce n'était pas bon. Il reste toujours un arrière-goût lubrique qui vous fait douter de votre bon sens.

En fin de compte, personne ne peut vous obliger à aimer la vie: aimer la vie n'est pas un devoir. La vie n'est pas non plus aimable en soi: pour certains, elle est détestable, un point c'est tout. Pour aimer la vie, il faut commencer par rendre sa propre vie digne d'être vécue, et cela n'est pas simple, pas simple du tout, surtout si on a pris l'habitude de jouer à trompe-la-vie à défaut de tromper la mort. On s'ennuie et on passe son temps à regarder ailleurs, loin, pour ne pas regarder ici et là, là où ça fait mal.

On a du mal à aimer la vie quand on s'ennuie: on peut jouer à ne pas s'ennuyer, mais cela devient très complexe, un jeu de miroirs faussés pour tromper l'ennui: on fait mine de s'esclaffer pour cacher un bâillement, on fait mine de grimacer pour masquer le bâillonnement.

C'était quelques réflexions oiseuses pour faire durer le temps... le temps d'un instant. Je ne vise pas l'éternité, cela s'entend, mais juste l'instant d'après qui, peut-être, apportera un autre dérivatif. Le jeu est une autre façon de tromper l'ennui, ou l'envie: cela ne vous engage à rien, de jouer. Cela vous permet de gagner encore un peu de temps sur la mort, sur le vide de l'âme. Même si l'on n'est pas dupe, on se paie le luxe de se faire croire qu'on s'amuse.

Mais on revient vite au discours principal, on redevient sérieux.

Est-ce qu'il faut aimer la vie ? Je ne sais pas, je n'ai jamais su...
Libellés : Pensées

Giudi.

On a du mal à aimer la vie quand on s'ennuie....

No chains for no reason, remember our beautiful pact so many years ago?
But first things first, no bloody chains for our kids.

Noemi

En fait ce que tu dis ca me fait penser aussi qu'il y a eu toujours un décalage entre ce qu'on aurait pu être et ce qu'on est réellement. on a toujours joué un rôle. Depuis très petits.on a perdu ce qu'on aurait pu laisser épanouir dans de bonnes conditions.on a perdu qui on était réellement à force de jouer un rôle imposé.
en plus l'enfant qu'on a été est perdu dans le magma des doutes et du déni. Très longtemps on n'a pas été dans la réalité. On s'est construit sur du faux sur nous-mêmes.Avec des repères faussés aussi; Et adultes on fait notre petit travail de reconstruction de la personnalité et du passé ce qui prend la tête et l'envahit empêchant de nous faire confiance même à nos ressentis et à nous-mêmes.
je ressens oui aussi cet ennui qui est mélé à la lassitude -à la fatigue de ces combats sous-terrains qu'on fait face à nous-mêmes.
"Le jeu est une autre façon de tromper l'ennui, ou l'envie"
tromper l'envie ! tu veux dire que tu n'exprimes pas tes envies ?
peut-être déjà tu pourrais essayer de les identifier et de les exprimer ?
c'est une manière de revenir à quelque chose de soi-même et il y a moins d'ennui quand on est peu à peu en accord avec soi-même.
je dis ca mais je n'arrive pas à les exprimer non-plus !
arriver à "imposer" en envie voilà qui serait quand même très important à réussir (je parle pour moi je ne sais pas si tu y arrives) j'ai tendance comme par habitude à faire passer les besoins des autres après les miens comme si c'était impensable totalement que je puisse exprimer une envie !
je suis conditionnée à ça !
il faut se déconditionner et c'est pas simple mais ca peut être un petit début.

lundi 30 mars 2009

Courir

Courir pour ne pas mourir, courrir

dimanche 29 mars 2009

Le voyage

On avance dans la vie à petit pas quand les bagages sont lourds. On essaie de se débarasser d'une valise, d'un mauvais colis, mais tout est si bien ficelé que la valise ou le colis reste accroché, sans remède. Alors il faut bien avancer. On pèse son pas, on pèse sa pensée, on pèse son souffle.

On progresse dans la boue de la vie en essayant de ne pas penser aux effluves malsaines s'échappant de son fardeau, en se bouchant le nez discrètement. On essaie de rêver... on essaie... Juste pour passer le temps, ou au moins un instant... On ne pense à rien, à rien. On se perd dans les automatismes d'une vie de lombric, on tord son corps blanc à travers la boue du terrain, sans crier car la bouche n'est plus qu'un orifice à traiter la boue.

On traverse ainsi la vie à petit pas, avec ses bagages dont on ne sait même plus ce qu'ils contiennent. A-t-on un but ? Non, parce qu'aller quelque part vous ramène à votre point de départ, et de celui-là, il n'y a plus trace.

Est-ce de l'errance, alors ? Non plus, parce que l'automate sait où il va : il va à l'instant suivant, puis à l'autre, et d'instant en instant, il fait le tour du monde, d'un monde irréel et lointain, d'un monde qui n'existe pas. On fait des détours pour aller vers ce nulle part, mais on y revient toujours. On sait où on ne va pas, surtout pas.

Et puis, quand il faut y aller, y passer, on a la mort dans l'âme, l'âme dans la mort. Le lombric s'effiloche, perd sa chair, se transforme en une improbable chrysalide, une infâme chrysalide d'où sort un étron plus laid et nauséabond encore. Produit de défécation à la découverte de la vie, de quoi rire au vent en se bouchant le nez.

Une autre chrysalide peut-être ? Une autre transformation ? Ou un autre instant, suivi d'un autre encore.

A quand la fin du voyage ? Mais le temps existe-t-il ? Tout est arrêté, comme une horloge couverte de toile d'araignées dont les aiguilles se sont immobilisées sur minuit, l'heure du crime, suspendue entre une journée et une autre, une vie et une autre - essence du basculement existentiel, point nodal où une existence disparaît et est remplacée par son image fantôme.

On avance dans la vie à petit pas, dans de petits souliers, avec des petits rêves, des petites corvées, des petits désespoirs... et un grand dépotoir.

Cauchemar

Pourquoi le vent doit-il souffler dans les yeux des enfants ? Pourquoi les relents malsains des adultes doivent-ils encombrer le corps des petits ?

Une main dans le noir, un cri étouffé. Une main qui prend, un corps qui se défend.

Tout cela se passe si vite. Rien ne se voit, tout est noir, irréel. Rien n'est su.

Se cacher, se sauver, trop tard. C'est lourd, un corps d'adulte, lourd et chaud, lourd et dur. Si au moins il était froid, si au moins il était méchant: mais il est bête, il essaie d'être doux, et il sent mauvais le vin, la cigarette. Il est chaud et berce, et vous transperce.

Pourquoi le vent doit-il soulever le drap des enfants ? Pourquoi les déboires des adultes doivent-ils se déverser sur les petits ?

La lumière qui brille de partout, la musique qui assourdit, la tête qui tourne, le sol instable.

Les yeux vous regardent, les yeux vous déshabillent. Nulle part où se cacher. Les rires vous entourent, les rires vous étouffent.

Rien n'est sérieux. Mesdames, Messieurs, le spectacle commence. Venez vous amuser, vous êtes là pour ça.

Où est le théâtre ? Où sont les acteurs ? Qu'est-ce qui est vrai ? Où est le réel ?

Un mauvais film, un souvenir qui s'est trompé de porte peut-être, des sentiments qui divaguent, un souffle qui tremble, suspendu entre un rien et un autre.

Les yeux vous percent, vous volent, mais sont-ce des yeux ? Où ? Comment ?

Et puis les mots... ces mots... qui vont de l'avant, de l'arrière, de l'avant, de l'arrière, qui ne savent où aller, où jouir. Et puis tous les mots qui ne remplacent pas la réalité, ne la refont pas, mais qui fondent et transfusent mes pensées en délires, ou mes délires en pensées.

Les mots courent, comme la pensée. Ils courent là où le corps n'a pu fuir : ils courent, nus, sur ces toits d'un village hypocrite où les bouches sont closes en un sourire entendu, complice - complice de qui ?

Les mots courent sans s'arrêter, sans rien pour les arrêter, suivant le fil d'un délire qui tarde à devenir souvenir, qui ne trouve trace de mémoire et qui se construit lui-même en un semblant d'existence. La légèreté des mots, leur inessentialité.

Ecrire non pas pour dire, mais pour se trouver, se trouver dans ses délires à défaut de se trouver dans sa réalité. Si les bases manquent, alors les créer de toutes pièces, mais dans le vide. Existence improbable, frissonnante de peurs anciennes.

Mais les mots butent contre les araignées velues, prêtes à sortir de leur trou, à sauter sur le corps, le remplir de leurs mains velues, injecter leur venin visqueux et faire courir leur bouche infâme sur un corps tordu de terreur. Le délire se fait maintenant cauchemar, cauchemar d'une vie dans un coin sombre et humide. Peau hérissée d'horreur, sang et regard gelés en une agonie fictive, inventée, tout pour sortir de là.

Les collines verdoyantes luttent contre les pas des arachnides, le soleil d'été contre l'obscurité de la nuit mangeuse d'enfants. Rien n'y fait. Les bestioles ont envahi une vie et s'y sont installées. Elles resteront. Reste à les confiner dans un coin sombre de sa souffrance, un coin discret dont on laissera la porte soigneusement fermée. Plutôt brûler, plutôt pourrir, plutôt se noyer que d'ouvrir cette porte. Nier jusqu'à l'existence de la porte même si elle est là, devant le regard se faisant hagard.

Et pourtant, c'est là qu'est resté quelque chose de précieux, quelque chose qu'on n'a pu sauver. Mais quoi ? Quoi ? On ne se souvient pas, on ne se souvient plus ? S'est-on jamais souvenu ?

Tout cela n'était qu'un rêve, un mauvais rêve. Dors mon enfant, dors, dans les bras de maman.

Oui, maman. Maman, tu as les mains sales.

lundi 16 mars 2009

Citation

R. Neuburger : Les familles qui vont la tête à l'envers, Ch. 1, p. 24 :

"Dans les mythes familiaux, comme dans tout dispositif mythique, on trouve trois sortes de signifiants: ceux qui indiquent le destin individuel, ce que l'on doit devenir quand on fait partie d'une famille donnée; ceux qui indiquent comment on doit se comporter vis-à-vis des autres membres du groupe familial; enfin, ceux qui signalent comment penser et comment agir face aux autres, à ceux qui sont étrangers au groupe."

Monologue

Où est la douleur ? Où est le souffle ? Partis, envolés.
Où est la douleur ? Où est le souffle ? Partis, revenus.
Où est la joie ? Où est l'amour ?
Où est la joie, sur la voie de non retour.

Et l'amour ? Il court.
Il court après la joie, elle-même poursuivie par la douleur.
Il court après la douleur, il retrouve la douleur.

Où est, mais où est quoi ?
Ce qui est n'est pas ce qu'on croit, où bien l'est-ce ?
Et puis, croire pour quoi ?

Je crois en la douleur, mais y crois-je ?
Je sens, mais je ferme la porte... vite... fort.
Je ferme la porte pour ne pas laisser passer les courants d'air...
Je pourrais prendre froid au coeur...

Où est la douleur ? Elle frappe, frappe.
Où est la douleur ? À la tête, à la tête.
Où ? À la porte ? Contre le mur ? Non, ça c'est ma tête...

Je ne la vois pas, je ne la sens pas, je ne veux pas.
Ainsi ai-je décrété.

Mais les paroles, vous savez, ça s'envole.

Où est la douleur ? Elle est là, et je ne suis pas un héros.

Alors, alors on vit avec. Ce n'est plus moi, mais "on". La douleur est routinière, une compagne de voyage, une simple tristesse, un simple regret... sans objet, ou sans objet autre que moi.

Où est la douleur ? Partout, nulle part. Une pointe ici, une pointe là : camisole de pénitence pour ne pas oublier, ou pas totalement du moins.

Je vis ma vie

Je vis ma vie, mais j'ai la tête ailleurs...
Je suis écervelé.
Cela s'est passé un beau matin d'enfer,
lorsque le soleil couchant est revenu prendre ses affaires.
Je vis ma vie, mais j'ai la tête ailleurs.

Les osselets (texte de jeunesse)

Deux enfants jouaient aux osselets
dans la cour, dans la jungle.
Deux enfants jouaient aux osselets
tranquilles.

Ce sont des hommes qui ne voient pas le soleil
qui leur ont appris.
Ce sont des hommes qui ne voient pas le soleil
dans leur pays.

Car ils sont pâles, et ils sont sales.
Ils n'ont que la boue.
Car ils sont pâles, et ils sont sales,
et puent le bouc.

Les deux enfants qui jouaient et riaient
étaient heureux aujourd'hui.
Les deux enfants qui jouaient et riaient
étaient repus aujourd'hui.

Les hommes qui mangeaient leur territoire
et tuaient leur gibier.
Les hommes qui mangeaient leur territoire
et les pendaient à leurs gibets
s'étaient tus dans la forêt fatiguée
de leurs coups.
Ils s'étaient tus dans la forêt épuisée
et n'étaient plus debout.

Et pourtant, ils étaient bien fades les hommes
qui avaient tout tué.
Et pourtant, ils étaient bien fades les hommes
qu'on avaient mangés.

Les routes (texte de jeunesse)

Les routes se moquent de tout.
Elles portent indifféremment
les paysans et les fous,
les amoureux de tout tempérament,
les vivants et les agonisants,
les chiens écrasés et les matous.

Un petit chien (texte de jeunesse)

Un petit chien blanc et noir
repose sur le pavé noir.
Il tend la langue vers le ruisseau
et ses yeux se perdent dans l'eau.

Dans le calme d'un matin froid,
au milieu des passants en arroi,
il se moque de la ville qui s'éveille
et se berce de son éternel sommeil.

Un parisien du Sénégal
en habit bleu et aux yeux pâles
l'enlève de son berceau brutal
qui a accueilli seul ses derniers râles.

dimanche 15 mars 2009

Effets des abus sexuels sur les hommes

video

Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ? (Marc Chabot)

Pour répondre à cette question impossible, il me faudrait d'abord répondre à plusieurs autres questions : Qu'est-ce qu'un homme ? Comment le fabrique-t-on ? Que pensons-nous qu'il devrait être ? Y a-t-il en l'homme un dégoût de vivre qu'on ne rencontre pas chez les femmes ? Y a-t-il un instinct de destruction spécifiquement mâle ? Y a-t-il, dans l'univers masculin, des fragilités que nous n'aurions pas encore identifiées et qui mènent au suicide ? L'homme est-il fait pour vivre ? Est-ce que sa mise au monde est plus complexe ?

Je préfère vous le dire tout de suite, je ne détiens pas de telles réponses. Je n'ai ni le savoir, ni l'expertise pour m'aventurer dans ces territoires. Et, sans désespérer, sans même vouloir vous mener dans la désespérance, je pense que nous n'aurons pas une réponse nette à ces questions avant bien longtemps. Mais cela ne constitue pas une raison pour cesser de penser. Je vais donc tenter de répondre à cette question : pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ? Et je vais vous proposer plusieurs réponses. Mais mes réponses seront parfois contradictoires. Il ne faut pas avoir peur de ne pas savoir, de se contredire, de se retrouver devant des paradoxes. Nous ne sommes pas ici dans un domaine scientifique, même si nous parlons parfois le langage des sciences et si nous inventons des concepts comme la la prévention du suicide.

Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ?

D'abord, nous occupons une place vide dans le néant. Nous sommes là par hasard ou par amour. Nous habitons le corps d'une femme, la tête d'un homme ou les deux. On nous parle. On nous fabrique. On s'occupe à nous sortir du néant ou à nous y enfoncer. On nous dit : "viens" ou "pourquoi es-tu là?" On nous rêve, on nous veut, on nous désire, on nous rejette, on nous nie. Mais toujours on nous parle.

Je parle avec des mots. J'effectue un remplissage du néant. Je parle et vous écoutez. Nous sommes tous attentifs. Je parle et vous vous parlez en même temps. Vous êtes en train de vous dire : "je n'y avais pas pensé" ou "je savais déjà tout cela". Le suicide est un retour au silence. Le retour du néant. Plus rien ou presque de l'autre ne peut être entendu. Parfois, parce que nous sommes aveugles, plus rien de l'autre n'existait depuis des jours, des mois, des années.

Les hommes ont, plus que les femmes, un problème de langage. Ils ne savent pas se dire. On pourrait aussi écrire : nous ne savons pas les entendre. Ils ne savent pas occuper l'espace, remplir le néant avec des mots. Nous sommes le langage. Par le langage, je construis un lieu d'où quelque chose de moi peut être entendu. Pour le moment, les femmes savent mieux que les hommes que les mots ne sont pas là pour rien, mais les femmes ont besoin des hommes, de tous les hommes et les hommes ont besoin des femmes pour apprendre, et nous avons besoin de nous pour y croire. Nous sommes tous des décodeurs de langage. Le suicide est un échec, un cas limite, une transgression. La dernière. Le suicide, c'est toujours un humain qui est en train de dire : là où je suis, personne n'entend.

L'univers masculin, chez les jeunes et chez les adultes, est si faible en langage qu'il suffit d'un rien pour franchir les limites. La limite pour dire qu'il n'y a pas de raisons pour vivre.

Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ?

Parce qu'ils sont des hommes.

Un homme, c'est-à-dire un être humain à qui on a dit qu'il devait vivre dans le soupçon. À qui on a dit, depuis une vingtaine d'années, qu'être homme est une maladie, à qui on a dit qu'il devait même douter de son humanité parce qu'il est un homme. À qui on ne cesse de répéter qu'il est malhabile, qu'il est coupé de ses émotions, qu'il s'enferme dans son silence, qu'il est violent, qu'il est un mauvais père, un mauvais baiseur, un mauvais amant, un être sans compassion, un sous-développé affectif, un violeur potentiel.

En même temps, il peut être un héros. Tout régler d'un coup de poing. Devenir chevalier servant. Sauver l'humanité une arme à la main. Une femme peut lui dire : "Sauve l'humanité et je retourne à la maison", comme on peut le voir dans Independance Day.

Et parce qu'il n'est plus le définisseur de ce qu'il doit être, parce qu'il a du mal à savoir ce que c'est qu'être un homme, parce qu'il attend une réponse d'ailleurs mais qu'il n'y a plus d'ailleurs, il est de plus en plus torturé, contradictoire, malade, indécis, flou, brisé, ébranlé, abject et brillant à la fois.

Mais il est aussi suicidaire. Il vit dramatiquement son problème d'identité parce qu'il ne réussit pas à être un homme et ne sait plus ce que c'est qu'être homme. Alors, les questions reviennent.

...qu'est-ce que n'aurait pas perdu le monde si je n'avais pas vu le jour ? Qu'en dirait le soleil ? Et qui donc vivrait alors dans ma chambre ?1

Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ?

Je ne crois pas que l'on se suicide pour une raison générale, pour une conception générale de la vie. Mais cette idée générale que l'on peut se faire de ce qu'est vivre permet le suicide.

Je pense que les hommes se suicident parce que, dans notre société, on propose (surtout aux hommes), la mort volontaire comme une solution pour résoudre nos problèmes. La mort volontaire est de plus en plus présentée comme un fait divers. Une banalité. La fin des tourments, la fin apparente des tourments, une libération, un acte osé, une solution radicale, un droit. Un geste héroïque. Une claque sur la gueule à la société, la dernière grimace d'un homme au monde, la transgression ultime. Mais c'est aussi une rupture de langage, la fin du dialogue. Le bout du monde. Le silence.

Il y a dans le suicide des hommes, un échec camouflé en geste héroïque. Je dirais que la chose est énorme, mais elle est là. Il y a, dans le suicide des hommes, un échec déguisé en acte libre et volontaire. En écrivant cela, je ne dis pas que les hommes qui se suicident sont lâches, je veux surtout dire que c'est ainsi qu'on nous propose de penser notre vie d'homme. Et c'est justement parce que c'est ainsi qu'il me semble urgent de questionner sérieusement le concept de mort volontaire.

Aucun humain ne peut prétendre vivre en évitant pendant 70 ans une ou plusieurs crises existentielles. Mais il est rare que l'on insiste sur le fait que les crises existentielles sont des fragments de vie. Un moment pénible, souffrant. D'une temporalité brève ou longue, mais toujours un fragment de la vie, un fragment du temps.

Aucun humain n'échappe vraiment aux crises existentielles et c'est durant ces crises qu'il a besoin plus que jamais de se rappeler qu'il est un humain. Mais il n'est jamais facile de raconter que la solitude est en train de nous manger de l'intérieur.

Affronter la souffrance n'est possible qu'ensemble, même si nous savons bien que nous ne pouvons jamais comprendre précisément la souffrance de l'autre. Les crises existentielles n'ont pas vraiment de solution définitive, elles sont là comme une fatalité.

Mais nous ne comprendrons rien au suicide tant et aussi longtemps que nous le réduirons à une maladie. Une crise existentielle n'est pas une maladie, c'est un passage obligé dans la vie d'un être. Un passage terrible dans une société qui réduit toute la vie à un divertissement, à un amusement vidéo, au spectacle. Un passage terrible dans une société qui n'en a que pour le ludique, qui camoufle le mal d'être.

Une crise existentielle est un moment où la solitude nous prend à la gorge. Elle fait douter de l'autre, des autres, de l'amour, de l'amitié, de ma propre existence dans le monde.

Comme le disait un personnage dans une nouvelle de Tolstoï :

...c'est de moi-même dont je suis fatigué, c'est moi la chose intolérable qui est mon tourment. (...) je ne parviens pas à m'éloigner de moi-même.2

Il y a des moments dans la vie où l'on devrait s'interdire de se fréquenter parce qu'on n'est plus fréquentable.

Un homme qui aime est un homme qui accepte et prend le risque de "s'éloigner de lui-même". Il se laisse habiter par une autre. Il se sait regardé, il se sait regardant. La "fatigue de soi", la terrible "fatigue de soi" n'est plus là.

C'est toujours de soi qu'on s'épuise. Un homme qui pense au suicide est souvent un homme qui est épuisé de lui-même, de ce qu'il est ou de ce qu'il n'est pas, de ce qu'il n'arrive pas à être. Il s'enlise en lui-même. Nos yeux ne sont pas faits pour se regarder.

Tout cela n'est pas spécifique au masculin, on s'entendra là-dessus. Mais le "moi" masculin est depuis plusieurs années en reconstruction, peut-être même faudrait-il dire en déconstruction.

Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ?

Parce qu'ils sont seuls et qu'ils vivent les enseignements de la culture, à savoir que la solitude est bonne pour les hommes. Ils doivent en supporter les bonheurs et les souffrances. Et cette solitude n'est plus pensée. Mais elle élimine toute rencontre avec les autres. Les enseignements d'une culture qui propose l'enfermement en soi, la prison, le cachot.

Ce n'est pas seulement une question de sentiment. Cessons de nous réjouir de cette découverte assez niaise finalement, qui veut que les hommes soient incapables d'affirmer leurs sentiments. Voilà maintenant vingt ans qu'on le dit, qu'on le répète, qu'on travaille à faire parler les hommes. Plus on le dit, plus ils se taisent, plus ils se ferment.

Retrouvons en nous les pouvoirs de la recherche, non seulement pour faire pleurer les hommes, mais pour découvrir comment fonctionne un être humain qui ne choisit pas le langage pour dire qui il est.

Si les hommes pensent qu'ils sont lorsqu'ils font, il faut admettre que notre société n'a plus beaucoup de choses à leur offrir. Les hommes attendent. Ils ne travaillent plus, ils ont du mal à fonder une famille. Ils n'ont bien souvent qu'une existence aléatoire dans cette société. Tout leur échappe, en commençant par eux-mêmes, mais aussi le monde, l'amour, les femmes, les enfants, le travail, le bonheur et le goût d'être. Et quand j'écris que tout leur échappe, je ne parle pas de l'homme qui se voudrait propriétaire de tout cela.

Je pense surtout à un homme qui vit avec l'idée qu'il n'existe pas seulement pour lui-même, mais avec les autres et pour les autres.

Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ?

L'homme se suicide parce qu'il est désoeuvré, il faut insister sur le mot. Désoeuvré : qui n'exerce pas d'activité précise. Inactif. Inoccupé. Oisif.

Derrière la plupart des suicides, il y a du désoeuvrement. Désoeuvré social, sans travail. Désoeuvré psychologique, sans projet de vie. Désoeuvré affectif, sans aucun amour à vivre.

Il se pourrait bien que le désoeuvrement de chaque être, le désoeuvrement de l'âme mène directement à la négation de son être. Et l'être peut résister longtemps. Il peut se tuer lentement. Ça commence par la noyade dans l'alcool, la dérive dans les drogues. Vivre encore oui, mais le plus possible à côté de soi, le plus loin possible de soi.

Quand il est impossible de s'oublier pour les autres, on commence à s'oublier soi-même. On s'installe ailleurs. Parfois même en s'amusant. Le désoeuvrement d'un premier trip, d'une première cuite. Les petits plaisirs que procure cette absence de soi. Il n'y avait rien d'autre à faire que de quitter les lieux. La fierté est mince, mais le goût de vivre aussi.

Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils?

On pourrait se demander plutôt : pourquoi tant d'hommes doivent-ils faire des efforts inouïs pour se tenir en vie devant les autres?

L'individualisme mal compris est confondu avec l'égoïsme. L'individualisme mal compris dit : tout est en toi.

Mais si, en moi, il n'y a plus rien, je me sens foutu.

Avant le suicide, il y a toujours la disparition lente ou précipitée des autres. Dans son essai intitulé La souffrance, le philosophe Bertrand Vergely écrit :

Quand on se tue, cela mobilise un nombre considérable de personnes. (...) cela a des effets que l'on ne mesure pas dans l'espace de l'humanité.

Un peu plus loin, il ajoute : Qu'on le veuille ou non, tout suicide conduit à alimenter la tristesse collective, ainsi que la piètre opinion que certains sont tentés de donner de l'humanité.3

Quand je pense au suicide d'un homme en particulier je ne peux m'empêcher de penser à cette mobilisation des autres, à cette mobilisation qui peut nous mener très loin du bonheur. L'homme qui se suicide est un homme qui a perdu ses forces. D'abord celles de raisonner, mais aussi celles d'espérer, celles qui pourraient lui faire entrevoir un bonheur possible.

L'espace humanitaire se rapetisse. Je ne le répéterai jamais assez : l'humain n'existe qu'accompagné.



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Notes :

1. Ödön von Horvath, Jeunesse sans Dieu, Paris, 10/18, p.36.

2. Cité par Colin Wilson dans L'homme en dehors, traduction de Leo H. van Hoy, Paris, Gallimard, coll. Les essais, 1958, p.185

3. Bertrand Vergely, La souffrance, Paris, Gallimard, Folio, 1997, p. 223-224



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Marc Chabot
Professeur de philosophie
Cégep Francois-Xavier Garneau

vendredi 6 mars 2009

Poème écrit par une amie

Partir
Sans se retourner
S'enfuir
Pour oublier le passé
Tout quitter
Sans une larme
Sans un regret
Tout effacer
Sans un remord
Sans pitié
Dormir
Pour ne plus penser
Sourire
Pour ne plus pleurer
Te maudire
Pour le mal que tu m'as fait
Souhaiter
Pouvoir aimer
Imaginer
De nouveau être gaie...

jeudi 5 mars 2009

Témoignages de victimes masculines

Deux liens:

pour les germanophones : http://www.dailymotion.com/relevance/search/sexueller%2Bmissbrauch/video/x5kr9c_00013-missbrauchtdvff_people


pour les anglophones : http://www.stopthesilence.tv/video/205916-shatterboy-men-surviving-sexual-abuse.html

LISTE DES CONSEQUENCES SEQUELLES D'INCESTE

LE SYNDROME POST-INCESTE CHEZ LES FEMMES ET LES HOMMES

LISTE DES CONSEQUENCES DE L'INCESTE CHEZ LES SURVIVANTS


par E. Sue Blume, C.S.W., Diplomate in Clinical Social Work, auteure de deux livres : Secret Survivors: Uncovering Incest and Its After-effects in Women et You're Still.


L'inceste constitue une violation tellement traumatisante que souvent les victimes oublient que cela leur est arrivé. Mais les cicatrices émotionnelles sont bien présentes, même si elles paraissent déroutantes à cause de leur manque de signification apparente. Les problèmes continuels dans les relations, la sexualité, la confiance, le contact physique, les dépendances, la dépression et la culpabilité peuvent, quand leur cause est inconnue, donner le sentiment de devenir fou et de perdre le contrôle de soi-même. Cette liste peut être utilisée pour aider l'adulte survivant à s'identifier en tant que victime d'inceste, pour qu'il sache qu'il existe bien des raisons aux difficultés qu'il éprouve, et qu'en fait, ces "problèmes" sont un moyen de contourner une douleur insoutenable.

L'inceste, la forme la plus commune d'abus sexuel sur un enfant, est avant tout un abus sur un enfant, un abus des limites personnelles et sexuelles de l'enfant par une personne de confiance censée prendre soin de lui. L'inceste est toute utilisation d'un enfant mineur pour satisfaire des besoins sexuels et/ou émotionnels d'une ou plusieurs personnes dont l'autorité s'appuie sur des liens affectifs avec l'enfant. Il faut noter que l'inceste est un abus qui se retrouve dans une relation de pouvoir et pas forcément uniquement dans les liens du sang : c'est la violation de la confiance qui entraîne les plus gros dommages chez l'enfant.

1. La peur de se retrouver seul dans le noir, de dormir seul; les cauchemars, les peurs nocturnes (surtout la poursuite, la menace et l'enlèvement);

2. Ne pas exprimer sa sensibilité; la peur de l'eau sur le visage durant le bain ou en nageant (sentiment de suffocation);

3. Aliénation à l'intérieur de son propre corps; incapacité à prendre en compte les signaux de son corps ou bien d'en prendre soin; mauvaise image de son corps; prise ou perte de poids pour éviter d'attirer l'attention sexuelle;

4. Problèmes gastro-intestinaux; problèmes génitaux (dont les infections vaginales spontanées); maux de tête, arthrite ou douleur aux articulations;

5. Porter de nombreux vêtements, y compris en été; porter des vêtements larges; incapacité à se dévêtir dans les situations appropriées (pour nager, pour se baigner, pour dormir); contraintes très importantes pour l'intimité dans la salle de bains.

6. Désordres alimentaires, abus de drogue ou d'alcool (ou abstinence totale); autres dépendances; comportements compulsifs;

7. Automutilation; blessures auto-infligées;

8. Phobies;

9. Besoin d'être invisible; perfectionnisme;

10. Pensées suicidaires; tentatives de suicides; obsession du suicide;

11. Dépression (parfois paralysante); pleurer sans raison apparente;

12. Problème de colère; incapacité de reconnaître, d'admettre et d'exprimer sa propre colère; peur d'une colère réelle ou imaginaire; constamment en colère; très grande hostilité à l'égard de toute personne du sexe ou de l'ethnie de l'agresseur;

13. Dépersonnalisation; faire des malaises, des crises dans des situations stressantes; être toujours en crise; insensibilité psychique; douleur physique ou insensibilité associée à des souvenirs particuliers, des émotions (par exemple la colère) ou des situations (par exemple les relations sexuelles);

14. Contrôle rigide du processus de pensée; manque d'humour ou sérieux extrême;

15. Se réfugier dans l'enfance, s'accrocher à quelqu'un, se recroqueviller dans un coin (comportements pour rechercher la sécurité); nervosité à l'idée d'être vu ou surpris; se sentir épié;

16. Problèmes de confiance; incapacité à faire confiance (on n'est pas en sécurité lorsque l'on fait confiance ); accorder trop de confiance; accorder sa confiance sans discernement;

17. Prise de risque élevée ("défier le sort"); incapacité à prendre des risques;

18. Problèmes de limites; contrôle, pouvoir, territorialité: peur de perdre le contrôle; comportements compulsifs/obsessionnels (tentative de contrôler des choses sans importance juste pour contrôler quelque chose!); confusion entre sexe et pouvoir;

19. Culpabilité / honte / très faible estime de soi / se sentir bon à rien / haute estimation des petites faveurs des autres;

20. Comportement de victime (persécuter quelqu'un après avoir été soi-même victime), surtout sexuellement; aucun sens du pouvoir ou bien du droit d'imposer des limites; incapacité de dire "non"; rechercher des relations avec des personnes beaucoup âgées (commence à l'adolescence);

21. Envie d'aimer et d'être aimé; savoir et faire instinctivement ce que l'autre personne veut ou espère; les relations sont de grands échanges (l'"amour" a été pris, mais non donné);

22. Sentiment d'abandon;

23. Incapacité de se souvenir de certaines périodes (surtout entre 1 et 12 ans), ou d'une personne ou d'un lieu spécifique;

24. Sensation de porter un lourd secret; être pressé de le dire ou bien au contraire avoir peur qu'il soit révélé; penser que personne ne le croira. Etre généralement secret. Se sentir "marqué";

25. Se sentir fou; se sentir différent; se sentir irréel alors que tous les autres sont bien réels, ou inversement; se créer des mondes imaginaires, des relations ou des identités (par exemple pour une femme, s'imaginer, se croire un homme c'est à dire, pas une victime);

26. Déni; aucune conscience de ce qui s'est passé; répression de la mémoire; faire semblant; minimiser ("ce n'était pas si grave"); avoir des rêves ou des souvenirs ("c'est peut-être mon imagination") (flash-back); très fortes réactions négatives "inappropriées" à l'égard d'une personne, d'un lieu ou d'un événement; flashs (lumière, lieu, sensation physique) sans avoir aucune idée de leur signification; se souvenir de l'environnement mais pas des faits. La mémoire peut revenir par le dernier événement traumatisant ou bien l'agresseur. Les détails de l'abus peuvent ne jamais revenir à la mémoire; quoiqu'il en soit la guérison peut intervenir même si on ne se souvient pas de tout. Votre inconscient libère les souvenirs au moment où vous êtes capable de les affronter.

27. Problèmes sexuels; le sexe est quelque chose de sale; aversion à être touché, surtout lors des examens gynécologiques; très forte aversion pour certaines pratiques sexuelles, ou au contraire très fort désir; sentiment d'être trahi par le corps; problème pour mêler sexualité et émotions; confusion et mélange de sexe/affection/domination/agression/violence; avoir besoin d'une relation de pouvoir dans les relations sexuelles; abuser des autres; séduction "compulsive" ou au contraire tout faire pour ne pas être séduisant; besoin d'agresser ou incapacité totale à agresser; relations sexuelles impersonnelles et dénuées de sentiments avec des étrangers avec incapacité d'avoir des relations intimes dans le cadre d'une relation amoureuse (conflit entre la sexualité et l'attention); prostitution; strip-tease; acteur porno; dépendance au sexe; refus du sexe; arrêt des relations sexuelles; pleurer après l'orgasme; sexualiser toute relation; réponse érotique à tout abus ou colère; fantasmes de domination ou de viol (culpabilité et confusion); Remarque : l'homosexualité n'est pas une conséquence de l'inceste;

28. Comportement ambivalent ou conflictuel dans les relations; Remarque : les partenaires de survivants souffrent également souvent de conséquences du syndrome post-inceste, surtout dans les comportements sexuels et relationnels;

29. Refus de se voir dans un miroir (invisibilité, honte, faible estime de soi, méfiance à l'égard des apparences);

30. Désir de changer de nom pour se dissocier de l'agresseur ou prendre le contrôle de soi;

31. Ne supporte pas le bonheur; réticence ou retrait par rapport au bonheur;

32. N'aime pas faire du bruit y compris pendant l'acte sexuel, en pleurant, en riant, ou tout autre fonction corporelle; très grande attention portée à la parole (attention particulière au choix des mots des autres; voix très douce, surtout quand il y a besoin de se faire écouter);

33. Vol;

34. Personnalité multiple.


Remarque pour les thérapeutes : tout le monde, et en particulier ceux qui ont besoin d'une psychothérapie, peut manifester ces symptômes bien que certains soient particuliers aux victimes d'abus sexuels dans l'enfance. Quand ils apparaissent ensemble, il y a une probabilité importante qu'un inceste soit survenu dans l'enfance.

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Auteur: E.Sue Blume