vendredi 18 décembre 2009

Levinas, Le temps et l'autre

"L'insomnie est faite de la conscience que cela ne finira jamais, c'est-à-dire qu'il n'y a plus aucum moyen de se retirer de la vigilance à laquelle on est tenu. Vigilance sans aucun but. Au moment où on y est rivé, on a perdu toute notion de son point de départ ou de son point d'arrivée. Le présent soudé au passé, est tout entier héritage de ce passé; il ne renouvelle rien. C'est toujours le même présent ou le même passé qui dure. Un souvenir - ce serait déjà une libération à l'égard de ce passé... Cet exister n'est pas un en-soi, lequel est déjà la paix; et il est précisément absence de tout soi, un sans-soi."

"La conscience est le pouvoir de dormir."

"C'est un grand paradoxe: un être libre n'est déjà plus libre parce qu'il est responsable de lui-même."

"La solitude n'est pas tragique parce qu'elle est privation de l'autre, mais parce qu'elle est enfermée dans la captivité de son identité, parce qu'elle est matière. Briser l'enchaînement de la matière, c'est briser le définitif de l'hypostase. C'est être dans le temps. La solitude est une absence de temps."

lundi 14 décembre 2009

Avenir

Un jour il faudra bien mourir, et lorsque le jour viendra, je serai là. J'attendrai comme on attend un accomplissement, la réalisation d'une prédiction trop souvent repoussée, sans raison valable.

J'aurais fait des choses dans ma vie, des choses dont je suis fier, des choses dont je suis heureux, mais aussi des choses qui auraient bien pu ne pas être: je n'aurais rien fait d'essentiel et peut-être aurait-il été plus simple de ne pas exister du tout.

Le jour de ma mort, je veux être là. Ne faire souffrir personne, ou le moins possible pour mes enfants, mais ne plus souffrir moi-même, ne plus exister, ne plus avoir peur, ne plus à avoir à montrer du courage même lorsque je n'en ai pas envie, lorsque je ne peux pas. Juste mourir.

jeudi 5 novembre 2009

Les jeux du je : mémoire et identité

La personnalité qui se développe dans un milieu sain apprend à reconnaître ses désirs et ses craintes à travers les désirs et les craintes de ceux qui l'entourent avec amour et tendresse et, peu à peu, il apprend à étendre son cercle de rapports humains au-delà du cercle des êtres aimants jusqu'à aborder le spectre complet des relations sociales à travers l'école, les amis, les expériences de l'adolescence, etc.

Dans des cas comme le mien, la personnalité s'est développée parmi des adultes qui attribuent à l'enfant leurs propres désirs pour en faire un objet "consentant", docile, qui cherche à plaire pour quémander un brin d'attention. Le désir de l'autre est devenu son propre désir du moment que les seules formes d'attention disponibles sont des formes objectifiantes: le "je" n'est plus "sujet", mais "(sujet)objet", c'est-à-dire "sujet" se modelant sur son existence objectifiée par l'adulte pervers, sujet "s'auto-objectifiant" lorsqu'enfin il s'achemine vers l'âge adulte pour vivre en plein sa nature de "victime", la seule arme restant à sa disposition étant une "passivité agressive" qui réduit l'autre à un état d'agresseur chaque fois que le complexe de victime-objet entre en jeu.

Le sujet joue donc à se perdre à travers son histoire et fait revivre à travers lui-même la volonté du pédophile, toute résurgence du sujet véritable étant perçue comme un danger de non existence puisque c'était l'émergence de ce même sujet que le pervers cherchait à annihiler. L'adulte maltraitant cherche à bloquer toute velléité d'autonomie chez l'enfant en convainquant celui-ci que l'expérience qui lui est infligée est toute la réalité qui existe. Lorsque la réalité effective fait peu à peu irruption dans le monde de l'enfant, il est trop tard: son vécu est devenu toute la réalité qui existe pour lui.

Pour s'affranchir de cette réalité, il reste donc à l'adopter telle quelle, toute entière, à la faire sienne, de sorte à être volontairement ce que l'autre nous a amené à être sans notre volonté. Le paradoxe de la victime qui se convainc elle-même de faire des choix (prostitution, scarifications,...) sans accepter de responsabilités, mais sans se retourner non plus contre son agresseur; le paradoxe de la victime qui ne se sait pas victime mais vit une vie de victime.

lundi 28 septembre 2009

L'enfant

Penser l'enfant, c'est penser l'impensable, c'est penser l'interdit.

Penser l'enfant, c'est revivre l'horreur dans la conscience de l'horreur.

Horreur et enfance ne collent pourtant pas.

Penser l'enfant, c'est donc penser un autre enfant que moi, car je n'ai pas été enfant.

Ou l'ai-je été ?

L'enfance ne va pas avec les gros mots, les obscénités, mais lorsque je creuse le vide de ma mémoire, les mots qui sortent sont grossiers et obscènes, les faces rouges et bouffies, les gestes ivres et lubriques.

C'est le bateau ivre, version bordel.

Ce sont des ombres flous, des mouvements gluants, des paroles dures et mal prononcées, puis le noir.

C'est dans l'enfance que l'on se forme, est-ce à dire que je suis aujourd'hui une grande bâtisse creuse, ou pis encore, une fine membrane de peau contenant en soi tous les excréments de ces gens-là, vous savez qui ?

Quel être bancal suis-je donc ? Récipient d'immondices ou palais des courants d'air ?

Qui sont les enfants-objets ? Que deviennent-ils ? Que veulent-ils d'eux-mêmes ? Est-ce qu'ils continuent d'obéir à la volonté de leurs maîtres même après la mort de ces derniers ? Comme de bons chiens dressés, attendent-ils d'être pris en levrette par le premier venu ? Ou relèvent-ils la tête et découvrent-ils que, finalement, il y a bien quelque chose à l'endroit où devrait se trouver leur coeur et que le coeur entre bien en communication avec le cerveau ?

Se découvrent-ils ainsi un MOI, entre amour et pensée, entre souffrance et rêve, entre coeur et intelligence ?

lundi 21 septembre 2009

Aimer aujourd'hui

Aimer sans passé, aimer malgré tout, aimer sincèrement, et même aimer: c'est possible, parce qu'il n'y a rien de plus fort que l'amour.

Souffrir, oui, c'est souffrir, mais la souffrance n'enlève rien à l'amour: tous deux sont sincères lorsqu'on les accepte tels qu'ils sont, la souffrance comme souffrance, et l'amour comme amour.

J'aime ma belle malgré moi-même parce que ma belle est la plus belle âme qui soit. Avec elle, qu'importe le passé du moment que nous tournons les yeux dans la même direction, vers le même horizon, main dans la main.

Mais c'est vrai, le passé me hante et mon esprit vacille. Mon amour est là, qui m'empêche de sombrer dans la folie parce que là, j'ai accroché ce qu'il restait de cette épave que j'étais ou plutôt, l'amour a poussé sur ce qui restait de vivant en moi pour donner un arbre solide.

Il pleut

Il pleut sur mes rêves. Le peu qui en restait s'écoule aujourd'hui dans les égouts de ce monde, un monde aux relents nauséabonds.

Il pleut sur ce qui me restait de rêve, sur ce qui me restait d'espérance d'amour.

Il me reste une vie a deux dimensions : le présent et l'avenir. Un monde plat, sans passé que l'horreur, une horreur pas encore perçue, mais ressentie, comme une menace qui pèse encore.

Me voici dans un monde en 2D. Bonjour.

Le monde est plat, le monde est vide, ou trop rapidement rempli parce que sans profondeur.

Il y a les gens que j'aime: peu de gens, car mon coeur est bien serré. Un coeur sans profondeur et qui éclate chaque fois qu'il s'ouvre. Un coeur sincère d'enfant que les grands ont trompé, dont les grands ont joué. Un coeur qui se donne à ceux qu'il aime sans se soucier du lendemain, mais un coeur sans profondeur, presque mort, écrasé par les corps des adultes.

Sur lui, la sueur des ventres bedonnants, la puanteur des après-midis sales, la noirceur de la nuit velue... un coeur qui a grandi dans les égoûts de la vie, dans les poubelles de l'amour. Coeur de détritus, recyclage sans amour des corps d'enfants, rejet de la faute des autres, réceptacle des ordures ménagères d'une petite ville de France.

Parleras-tu pour dire ce que tu as à dire ? T'a-t-on appris à parler ? Bête apeurée au fond d'une cage d'illusions déchues, enchaîné à des rêves trompeurs, tout pour être ailleurs - enfant sauvage, maigre, sale, sourd et muet à sa propre douleur tellement tout est douleur... Que t'a-t-on appris ?

Urinoir public, fait pour être consommé et jeté dans un coin jusqu'à la prochaine fois. Orphelin de fait, s'agrippant à la femme comme à une mère, parce que génitrice - sans autre raison que la première qui passe par la tête - mère nature.

Quelle horreur que cet enfant en haillons, morve au nez, sang aux lèvres, les yeux vides, se balançant d'avant en arrière, d'arrière en avant. Est-ce tout ce qui reste du passé ?

Est-ce qu'un enfant a le droit de vivre comme ça ? Dites, vous les grands qui l'avaient fait ce qu'il est, quel droit lui reconnaissez-vous à l'existence à part celui de rechercher dans votre regard une once de pitié, un gramme de compassion, quitte à ouvrir vos braguettes pour cela ?

Méchant enfant ! Enfant grossier ! Pervers ! Tais-toi.

Nous voilà de retour en 2D.

Bonne nuit. Bonne nuit.

mardi 8 septembre 2009

Les enfants

Il y a des enfants qui rient et qui courent, qui s'amusent et folâtrent en pleine nature. Ils se baignent dans la rivière, ils ont une cabane. Ils jouent et rêvent, enfin.

Lorsqu'ils retournent auprès de leurs parents, ils y trouvent des bras qui les attendent. la table est mise et les hôtes rient. les mains plongent dans les assiettes, les lèvres sont mouillées de vin.

Les mains plongent dans la chair blanche des enfants, des doigts noirs sur leur pâle peau.

Les mains fouillent les corps à la recherche d'un plaisir qu'ils ne connaissent plus, et les yeux laconiques des mères se perdent au lointain.

Les ventres ronds, les perles de sueur nauséabondes, les bouches pleines, la douleur, puis le vide - les enfants planent au loin, ailleurs. Les cris deviennent bourdonnement, vague chahut où l'accordéon se noit dans le brouhaha des rires et des soupirs. Les lourdes odeurs restent, mais l'esprit est ailleurs.

Les mains de charcutier continuent de fouiller les moindres recoins d'intimité. L'innocence n'existe plus dans ce monde sombre et visqueux.

Plus tard, les enfants retourneront à leurs jeux d'enfant, silencieusement, le temps de se réhabituer à la légèreté de leur âge. Plus tard, les rêves reprendront le dessus pour masquer, le temps d'un instant, la triste réalité. Pendant ce temps, les deux maquerelles cuvent leur vin et préparent dans leur tête le prochain festin. Elles donneront en pâture, pour quelques francs, ces bouts de chair que sont leurs enfants.

Et les enfants jouent au papa et à la maman, mais sans se faire mal car, s'ils ne savent pas encore ce qu'est l'amour, ils savent que cela ne devrait pas faire mal.

Filles, garçons, il y a des enfants qui vivent ou ont vécu comme cela, et il y a des pères, des mères, qui font ou ont fait cela.

Histoire d'un autre monde ? Non, histoire de ce bas monde.

Quatre enfants vendus à tout un village, un village qui s'est tu et qui se tait encore. Quatre enfants vendus aux mâles du village, caressés par qui le voulait bien, triturer par qui payait une somme modique, à hauteur de leurs trois pommes. Quatre corps avec les orifices recherchés: non plus des êtres vivants, mais des poupées pour dépravés.

Chantons les campagnes françaises et les joies de leurs doux clochers: lorsque j'entends l'accordéon aujourd'hui dans le métro, c'est un autre son de cloche que je perçois.

samedi 25 juillet 2009

La vérité

Tout ce qui est écrit sur ce blog ne reflète peut-être pas mon histoire. J'ai du mal à croire que ce soit moi qui ais vécu tout ce qui est décrit ici directement ou indirectement. Mais si ce n'est moi personnellement, alors le personnage de ce blog n'est rien d'autres qu'un personnage construit sur l'histoire véridique de tant d'autres enfants et adultes.

J'ai du mal à faire confiance à mes images et à mes mots. Je suis perdu dans un flot de mots : ces mots, ces images, je ne sais pas d'où elles viennent. Il est trop tard pour me retrouver à distance de dizaine d'années.

Un jour, il faudra que j'enterre tout cela, que j'organise l'enterrement d'un passé à jamais passé et perdu dans le néant. Je ne suis pas ce que je dis, ce que je pense. Je ne suis rien de tout cela, rien du tout. Un trou noir.

Je suis une mosaïque de réalités qui me dépassent, la représentation de quelque chose qui est déjà représentation, un être sans consistance, un fantôme de moi-même et des autres.

Je ne suis rien, pas même la poussière sous ce balai de sorcière.

mercredi 15 juillet 2009

Le repli

Je me recroqueville sur moi-même, comme un être sec et cynique. Ne sort de moi qu'une boule de haine sans objet que je déverse sur le monde, éclaboussant les passants.

A peine ouvré-je la bouche que le flot déborde et menace quiconque au détour d'un mot, à l'ombre d'une pensée. Sans crier garde, les griffes sortent et taillent discrètement les chairs s'aventurant trop proche.

Reste le silence: garder le silence pour ne faire de mal à personne.

Se recroqueviller sur soi, étouffer sur sa propre haine.

Soupirer parce qu'il faut soupirer.

Haïr sans trop savoir quoi.

Se préparer à dépérir.

A mourir.

Peut-être.

Ou tout foutre en l'air.

mardi 7 juillet 2009

Ne pas penser

Envie de frapper. Tout me fait mal. Envie de tuer. Envie de me tuer. Rien n’a de sens. Envie de ne plus avoir envie de rien. Me fondre dans le néant.
Il est des morts qui sont mieux ainsi.
Rester drapé dans mon suaire de nuages et d’étoiles. Rêver l’existence en me disant que ce sera autrement, quand je me réveillerai. La vie est un désert peuplé de mirages. Se dire que tout est mirage, que la souffrance s’évaporera, que ce n’est pas vraiment de la souffrance, mais l’illusion d’une fausse douleur.
Ne pas suivre les mots qui surgissent au détour d’une image. Ne pas voir. Ne pas crier, mais se laisser étouffer et partir, partir loin… Se laisser aller… L’asphyxie qui fait dérailler l’esprit, voguer vers d’autres rives, en planant, en flottant dans l’air qui me manque.
Voilà. Je n’en dirai pas plus.

mercredi 24 juin 2009

Suicide

Il est bon parfois de parler de mort. Cela fait parfois du bien de souhaiter mourir, comme la possibilité ultime d'un repos qui nous tire enfin du cauchemar.

Bien entendu, on ne se suicide pas. Alors, bien qu'agréable, n'est-il pas futile de parler de la mort: est-ce que ce n'est pas se distraire de la lutte au quotidien ?

Peut-être, mais si l'idée de mort est présente, autant l'exprimer, autant la cajoler pour la garder tranquille dans son coin. Le jour où on arrêterait d'en parler, qui sait quel dégât elle pourrait faire ?

Tout ce que je veux, c'est qu'on me laisse tranquille, que mes frayeurs me laissent tranquilles, que ma honte me laisse tranquille, quitte à satisfaire ma quête du grand vide un jour, losque ceux qui dépendent de moi n'auront plus besoin de moi.

Il est bon parfois de parler de mort. Cela fait parfois du bien de souhaiter mourir, comme la possibilité ultime d'un repos qui nous tire enfin du cauchemar.

La mort, l'idée qui vous tient un pied dans la tombe, qui donne un goût de pourriture à chacune de vos pensées, qui joue la sirène à chaque tournant de votre vie.

La mort, celle qui fait que vous n'êtes déjà plus présent au monde avant même d'être enterré, celle qui vous fait traverser la vie comme un fantôme sans substance - présence évanescente symbolisant mon inessentialité de base, négation de la chair, purificatrice du sexe et de l'ignoble, l'horreur dépassant l'horreur originelle et, par là, plongeant celle-ci dans l'oubli pour un instant, mais un instant seulement, à moins de franchir le pas.

La mort, l'outil indispensable de survie pour le grand rescapé imaginaire et pour celui qui veut se laver des tares intrinsèques de sa propre personne. La mort, en somme.

Silence

C'est le silence, le grand silence... Le silence du passé qui ne revient pas, le silence du présent qui ne veut pas s'ouvrir, le silence de l'avenir qui reste clos et indécis.

La vie en suspens depuis des décennies, des résolutions qui sont là, mais ne se prennent pas, des accusations lancées par d'autres, mais non reprises, non assimilées, parce que non vécues.

Des choses ont été dites, ont traversé les rouages bloqués de mon cerveau, ont été traitées avec toute la finesse d'un intellect noyé d'abstractions, mais la chair et le sang n'ont rien saisi, rien repris, rien entendu. La chair et le sang meurtris, restent derrière les meurtrières d'une forteresse imprenable, la forteresse vide.

Un viol, des viols... Non, rien. Une histoire banale d'amour filial.

C'est le silence, le grand silence du déni qui a honte de lui-même et ne se dit pas. Se clame, mais ne se reconnaît pas.

La honte et la lâcheté comme raison de vivre: le comble de la salissure.

L'enfant peut crier - puisqu'il crie - le silence enveloppe tout de son aile d'oubli. C'est la fin des cauchemars, la poursuite du cauchemar originel.

Rien ne s'est passé, rien ne s'est jamais passé. Je peux parler des faits supposés, mais je n'y crois pas, je n'y crois plus, parce que je ne vois pas le reflet de l'horreur dans les yeux des autres. Indifférence compassée, révolte indignée, colère et dégoût, mais pas l'horreur.

Je ne vois l'horreur nulle part, donc elle n'existe pas. Le faible tremblement intérieur qui la présage ne trouve d'amplification nulle part et n'ose élever la voix de peur d'écraser des montagnes imaginaires. C'est l'histoire de la fameuse souris issue d'un cataclysme bien peu productif.

Je retourne à mes carottes, peu à peu, un peu plus fatigué, sans avouer ma chute ; en attendant la mort patiemment.

lundi 8 juin 2009

Sans nom (obscénité et honte)

Je voudrais me faire du mal, me violer moi-même en m’enfonçant la tête dans un polochon, serrer les dents jusqu’à en avoir mal à la mâchoire, jusqu’à ne plus sentir l’autre – l’autre douleur – derrière. J’aimerais me punir de voir ce sexe de femme collé contre mon visage d’enfant, cette touffe chaude et humide qui remue et m’étouffe. J’aimerais me faire du mal à imaginer ces deux hommes me prenant par derrière, se creusant une voie royale dans mon enfance. J’aimerais me tuer de cet instant de plaisir en pleine humiliation, de cette amorce de joie au ressentir de ces corps mous, pâles, adipeux ou maigrichons, mais tout de même chauds et caressants au moins l’espace d’une seconde. J’aimerais mordre la langue volée par la langue des grands, arracher cette peau sur laquelle toutes ces mains se posent.

J’aimerais arracher les yeux de ce regard perdu qui cherche en vain un ami, ce corps nu recroquevillé sur lequel on pisse en riant, puis qu’on lave à l’eau froide. J’aimerais étouffer cette gorge pleine de membres et de leur sève lubrique au goût salé, nauséabond, entre l’amer et le gluant. J’aimerais quitter cet esprit plein de toutes ces choses. Plus je décris, plus j’imagine de ces sensations : poils pubiens sous mon nez, rêches et odorants, membres durs, mous, mi-durs mi-mous, qui voyagent autour de ma bouche tandis que d’autres mains violent mon intimité, comme si rien, pas même mes entrailles, n’était hors de leur portée. Sensation de ne pouvoir résister face au nombre, et pas seulement face à la force. Peur de rester là, dans ce cloaque, mourir étouffé sous un testicule ou une vulve. Et aucun visage : rien que des corps sans tête, comme si les yeux essayaient de préserver un dernier vestige d’intimité en fuyant les regards – intimité dérisoire quand même votre merde s’étale aux yeux de tous. Et les rires, l’indifférence lubrique, la curiosité narquoise, les caresses qui cherchent à m’arracher un plaisir malgré la souffrance, la peur, la terreur, l’effroi, l’horreur. Impossible de crier, ou même de vouloir crier. Pas d’espoir, puisque la mère est là, qui jouit – qui jouit de toi, qui jouit d’un autre – peu importe. Tout coule : les corps dégoulinent de sperme, de sueur, de salive, de pisse, de toute sorte de liqueurs âcres se mêlant au vin et à la cigarette. Le bruit des voix se mélangent aux odeurs, aux regards, dans une cacophonie qui n’en finit pas de résonner dans ma tête jusqu’à l’épuisement, jusqu’à ce que le corps s’affaisse.

Est-ce vécu ? Est-ce imaginé ? Le dégoût m’envahit. Comment mon esprit peut-il contenir tout cela ? Suis-je pervers ? Je pourrais continuer à l’infini si cela ne faisait si mal. Est-ce que j’ai réellement vécu cela ? Est-ce que je me l’imagine. Déjà ma langue se colle au fond de ma bouche pour recevoir un autre membre, mes lèvres s’entrouvrent presque, dans un geste machinal. Entre l’espoir d’un peu d’attention et la peur du ceinturon, est-ce que l’enfant que j’étais a vécu cela, ou est-ce que l’adulte que je suis se fait des scénarios ?

Hésitation qui me torture. Je me hais de voir tout cela. Plutôt m’arracher les yeux ! Mais comment arrache-t-on les yeux de l’esprit ?

mardi 5 mai 2009

Dessiner, mais ne pas être entendu (quel beau dessin!)

Vidéo contre la violence contre les enfants

Defilement

Les voitures défilent sous mes pieds, mes pensées s'engourdissent.
Les pieds se mettent à trembler tandis que les phares traversent mon regard.

Le flot incessant des engins qui écrasent tout devant eux fait s'emballer mon coeur.

Il suffirait d'un instant.

Au loin mes enfants, à l'horizon. Quelque part sur le côté, témoin muet, l'Amie avec un grand "A", celui d'Amour.

Les voitures continuent de défiler, indifférentes à mon sort, au sort de quiconque traverserait leur chemin.

La respiration s'affole l'espace d'un moment, un long moment. Pas ce soir.

lundi 4 mai 2009

Ecrire

Ecrire pour exprimer, pour pousser en dehors ce qui pourrit au dedans.

Ecrire jusqu'à en rire, jusqu'à en mourir.

Ecrire pour ne plus fuir, mais fuir encore, une dernière fois, comme un tendre au revoir à une souffrance en partance, un dernier retour de douleur qui s'éternise.

Ecrire jusqu'à en pleurer, jusqu'à s'effeuiller.

Ecrire encore pour souffrir et faire souffrir, écrire pour se dire qu'on vit, qu'on existe, et puis ne plus y croire.

Ecrire pour exprimer, ou bien pour imprimer en soi, encore et encore, un semblant de douleur, ou une douleur qui fait semblant de rire.

Car écrire pour en rire, pour ne plus pleurer.

Ecrire pour déprimer sans rien supprimer de sa vie, écrire pour s'envoler et revenir, ou ne pas revenir, selon que le vent souffle de ci ou de là, ou ne souffle plus.

Ecrire pour s'essoufler, sans jamais s'essoufler.

Ecrire pour s'ennuyer, et s'ennuyer de s'ennuyer.

Ecrire pour réprimer en soi la vie, mais aussi pour libérer la vie.

On perd une vie, on en retrouve une autre, jusqu'à ce qu'on perde celle-ci pour retrouver celle-là.

Ecrire comme un ivrogne qu'on abuse, comme un enfant qui balance la tête tandis que sur lui les corps s'affairent.

Ecrire pour ne plus penser, s'abstraire, se distraire.

Ecrire pour s'aveugler de ces peaux blanches, de ces ventres repus, poilus comme les pattes des araignées.

Ecrire comme une gouttière distillant ses liquides douteux, eaux de pluie, larmes de pluie, pluie de sueur suintant d'autres liqueurs.

Ecrire pour dire l'horreur, mais en la voilant: relevant juste un pan de tissu pour faire deviner le peu qui fera chavirer l'esprit, mais sans lever le mystère.

Ecrire pour se cacher aux autres et à soi-même, écrire pour se dénuder et se dissimuler derrière sa nudité.

Ecrire, cela sert à tant de choses, n'est-ce pas ? Tout dépend du chemin qu'on prendra ce jour-là, cette vie-là.

Enfin, écrire quoi...

Si je pouvais...

Si je pouvais effacer sur mon corps ces caresses alcooliques

Si je pouvais effacer sur mon corps ces plaisirs imposés

Si je pouvais effacer sur mon corps ces regards lubriques

Si je pouvais effacer de mon être cette vie volée

Si je pouvais, mais je ne peux pas

Tout est à refaire, tout est à faire

Si on pouvait, mais on ne peut pas

Reste à survivre, reste à se taire

Et la nuit passe

Et la vie passe

Un coeur de glace

Qui n'a plus sa place

Fin

mercredi 15 avril 2009

Désolé

Je suis désolé de vivre, désolé de persister ici.
Je suis désolé de vous ennuyer, désolé d'être ennuyé.
Je suis désolé d'être moi-même, ou de ne pas l'être.
Je suis désolé d'être désolé.

Et si d'aucuns disent, "trop désolé pour être honnête",
alors je suis désolé d'être malhonnête.

Je suis désolé d'être ici ou là, d'être mal fait.
Je suis désolé de n'être ni ici, ni là,
de n'être pas à ma place, ou à la place d'un autre.
Je suis désolé, sincèrement désolé.

Je suis désolé de n'être pas heureux,
Je suis désolé de n'être pas malheureux.
Désolé de souffrir sans souffrir, de rire en pleurant.
Je suis désolé pour moi, mais surtout pour vous tous.

Cesser de me désoler me désolerait encore plus,
je le crains. Et là encore, j'en suis désolé.

Je suis désolé que tous ces "désolés" n'apportent rien
à personne, désolé de peser à travers ma désolation.
J'aimerais être utile, apporter quelque chose,
mais je suis trop désolé pour cela.

Désolé d'être encore las, las de tout, las de rien.
Fatigue infinie qui pèse sur mes pensées, sur mon corps,
comme un autre corps qui s'écraserait sur mes chairs.
Ici s'arrêtent les mots, et commencent les images.

Envies

Envie de mourir. Le soleil m'ennuie. Il brûle ma morosité devenue naturelle.

Envie de mourir pour ne plus vivre, pour ne plus peser.

Envie de mourir pour rien, pour tout.

Envie de me retrouver moi-même dans les bras froids de la mort.

Souffrir enfin, ou ne plus souffrir, je ne sais plus.

Envie de mourir, un point c'est tout.

samedi 11 avril 2009

Rêves sales

J’ai aimé un songe, un sable mouvant.
J’ai aimé un rêve. Ai-je aimé ? Ou bien me suis-je accroché à mon bourreau pour quémander un peu de pitié ?
Je me suis abaissé, je me suis humilié. Je me suis donné, je me suis laissé. Volontairement, puisque je n’avais pas le choix.
Je me suis sali, je me suis vieilli, puis je me suis terni, et j’ai pourri. J’ai crié ton nom, mais tu étais partie. Je t’ai appelée, mais déjà tu n’écoutais plus. Ainsi va la vie, ainsi grandissent les enfants.
Je n’ai plus appelé, je me suis tu. De mains en mains, de nuits en nuits, de jours en jours, j’ai vécu.
Enfant du désert, fils de la lune et d’une bouteille, j’ai grandi entre les mégots et les doigts sales.
Ma vie est un rêve que je traverse tranquille. Mon cœur est là-bas, resté sur la berge. Je ne sens plus sa souffrance. Ma vie n’est pas le rêve que je rêvais.
Je n’appelle plus, je ne crie le nom de personne. Mes proches sont à des années lumière. Ainsi va la vie, ainsi grandissent les adultes.
Un bâillement au loin, le chien qui s’ennuie de voir toujours la même lune. Et j’attends le mot fin.

dimanche 5 avril 2009

Miroirs faussaires

Je replace ici un message que j'ai supprimé dans un premier temps. Cette suppression était une réaction illogique au choc qu'a ressenti une personne qui m'est très chère à la lecture de ce que j'avais exprimé.

Il est des fois où l'on a du mal à faire face aux implications de ce que l'on dit ou fait. Le vide dans lequel je vis a des implications sur les gens qui m'entourent et qui se voient renvoyer une image difficile à accepter des choix pris en commun. A moi d'assumer cela, de m'assumer, même s'il m'est difficile de comprendre où cela me mène. Pour ceux qui vivent avec des personnes comme moi, le problème est tout aussi poignant que pour moi-même : faire des projets ou tout simplement vivre avec quelqu'un qui ne semble pas apprécier quoi que ce soit de cette communauté de vie, cela est à tout le moins frustrant, et peut être totalement déprimant. Après tout, qui sait ce qu'une telle personne pourrait devenir par la suite, si jamais elle réussit à se retrouver.

Voici donc le message original avec, en italiques, les commentaires reçus:


Est-ce qu'il faut aimer la vie ? Je ne sais pas, je n'ai jamais su. La vie, on vous la jette en pleine figure lorsque vous êtes enfant. Cela passe plus ou moins bien, ça peut être très dur. Cela prend plus ou moins de temps, et on peut avaler la vie de travers. Moi, j'ai bu pas mal pour la faire passer, et ce n'était pas bon. Il reste toujours un arrière-goût lubrique qui vous fait douter de votre bon sens.

En fin de compte, personne ne peut vous obliger à aimer la vie: aimer la vie n'est pas un devoir. La vie n'est pas non plus aimable en soi: pour certains, elle est détestable, un point c'est tout. Pour aimer la vie, il faut commencer par rendre sa propre vie digne d'être vécue, et cela n'est pas simple, pas simple du tout, surtout si on a pris l'habitude de jouer à trompe-la-vie à défaut de tromper la mort. On s'ennuie et on passe son temps à regarder ailleurs, loin, pour ne pas regarder ici et là, là où ça fait mal.

On a du mal à aimer la vie quand on s'ennuie: on peut jouer à ne pas s'ennuyer, mais cela devient très complexe, un jeu de miroirs faussés pour tromper l'ennui: on fait mine de s'esclaffer pour cacher un bâillement, on fait mine de grimacer pour masquer le bâillonnement.

C'était quelques réflexions oiseuses pour faire durer le temps... le temps d'un instant. Je ne vise pas l'éternité, cela s'entend, mais juste l'instant d'après qui, peut-être, apportera un autre dérivatif. Le jeu est une autre façon de tromper l'ennui, ou l'envie: cela ne vous engage à rien, de jouer. Cela vous permet de gagner encore un peu de temps sur la mort, sur le vide de l'âme. Même si l'on n'est pas dupe, on se paie le luxe de se faire croire qu'on s'amuse.

Mais on revient vite au discours principal, on redevient sérieux.

Est-ce qu'il faut aimer la vie ? Je ne sais pas, je n'ai jamais su...
Libellés : Pensées

Giudi.

On a du mal à aimer la vie quand on s'ennuie....

No chains for no reason, remember our beautiful pact so many years ago?
But first things first, no bloody chains for our kids.

Noemi

En fait ce que tu dis ca me fait penser aussi qu'il y a eu toujours un décalage entre ce qu'on aurait pu être et ce qu'on est réellement. on a toujours joué un rôle. Depuis très petits.on a perdu ce qu'on aurait pu laisser épanouir dans de bonnes conditions.on a perdu qui on était réellement à force de jouer un rôle imposé.
en plus l'enfant qu'on a été est perdu dans le magma des doutes et du déni. Très longtemps on n'a pas été dans la réalité. On s'est construit sur du faux sur nous-mêmes.Avec des repères faussés aussi; Et adultes on fait notre petit travail de reconstruction de la personnalité et du passé ce qui prend la tête et l'envahit empêchant de nous faire confiance même à nos ressentis et à nous-mêmes.
je ressens oui aussi cet ennui qui est mélé à la lassitude -à la fatigue de ces combats sous-terrains qu'on fait face à nous-mêmes.
"Le jeu est une autre façon de tromper l'ennui, ou l'envie"
tromper l'envie ! tu veux dire que tu n'exprimes pas tes envies ?
peut-être déjà tu pourrais essayer de les identifier et de les exprimer ?
c'est une manière de revenir à quelque chose de soi-même et il y a moins d'ennui quand on est peu à peu en accord avec soi-même.
je dis ca mais je n'arrive pas à les exprimer non-plus !
arriver à "imposer" en envie voilà qui serait quand même très important à réussir (je parle pour moi je ne sais pas si tu y arrives) j'ai tendance comme par habitude à faire passer les besoins des autres après les miens comme si c'était impensable totalement que je puisse exprimer une envie !
je suis conditionnée à ça !
il faut se déconditionner et c'est pas simple mais ca peut être un petit début.

lundi 30 mars 2009

Courir

Courir pour ne pas mourir, courrir

dimanche 29 mars 2009

Le voyage

On avance dans la vie à petit pas quand les bagages sont lourds. On essaie de se débarasser d'une valise, d'un mauvais colis, mais tout est si bien ficelé que la valise ou le colis reste accroché, sans remède. Alors il faut bien avancer. On pèse son pas, on pèse sa pensée, on pèse son souffle.

On progresse dans la boue de la vie en essayant de ne pas penser aux effluves malsaines s'échappant de son fardeau, en se bouchant le nez discrètement. On essaie de rêver... on essaie... Juste pour passer le temps, ou au moins un instant... On ne pense à rien, à rien. On se perd dans les automatismes d'une vie de lombric, on tord son corps blanc à travers la boue du terrain, sans crier car la bouche n'est plus qu'un orifice à traiter la boue.

On traverse ainsi la vie à petit pas, avec ses bagages dont on ne sait même plus ce qu'ils contiennent. A-t-on un but ? Non, parce qu'aller quelque part vous ramène à votre point de départ, et de celui-là, il n'y a plus trace.

Est-ce de l'errance, alors ? Non plus, parce que l'automate sait où il va : il va à l'instant suivant, puis à l'autre, et d'instant en instant, il fait le tour du monde, d'un monde irréel et lointain, d'un monde qui n'existe pas. On fait des détours pour aller vers ce nulle part, mais on y revient toujours. On sait où on ne va pas, surtout pas.

Et puis, quand il faut y aller, y passer, on a la mort dans l'âme, l'âme dans la mort. Le lombric s'effiloche, perd sa chair, se transforme en une improbable chrysalide, une infâme chrysalide d'où sort un étron plus laid et nauséabond encore. Produit de défécation à la découverte de la vie, de quoi rire au vent en se bouchant le nez.

Une autre chrysalide peut-être ? Une autre transformation ? Ou un autre instant, suivi d'un autre encore.

A quand la fin du voyage ? Mais le temps existe-t-il ? Tout est arrêté, comme une horloge couverte de toile d'araignées dont les aiguilles se sont immobilisées sur minuit, l'heure du crime, suspendue entre une journée et une autre, une vie et une autre - essence du basculement existentiel, point nodal où une existence disparaît et est remplacée par son image fantôme.

On avance dans la vie à petit pas, dans de petits souliers, avec des petits rêves, des petites corvées, des petits désespoirs... et un grand dépotoir.

Cauchemar

Pourquoi le vent doit-il souffler dans les yeux des enfants ? Pourquoi les relents malsains des adultes doivent-ils encombrer le corps des petits ?

Une main dans le noir, un cri étouffé. Une main qui prend, un corps qui se défend.

Tout cela se passe si vite. Rien ne se voit, tout est noir, irréel. Rien n'est su.

Se cacher, se sauver, trop tard. C'est lourd, un corps d'adulte, lourd et chaud, lourd et dur. Si au moins il était froid, si au moins il était méchant: mais il est bête, il essaie d'être doux, et il sent mauvais le vin, la cigarette. Il est chaud et berce, et vous transperce.

Pourquoi le vent doit-il soulever le drap des enfants ? Pourquoi les déboires des adultes doivent-ils se déverser sur les petits ?

La lumière qui brille de partout, la musique qui assourdit, la tête qui tourne, le sol instable.

Les yeux vous regardent, les yeux vous déshabillent. Nulle part où se cacher. Les rires vous entourent, les rires vous étouffent.

Rien n'est sérieux. Mesdames, Messieurs, le spectacle commence. Venez vous amuser, vous êtes là pour ça.

Où est le théâtre ? Où sont les acteurs ? Qu'est-ce qui est vrai ? Où est le réel ?

Un mauvais film, un souvenir qui s'est trompé de porte peut-être, des sentiments qui divaguent, un souffle qui tremble, suspendu entre un rien et un autre.

Les yeux vous percent, vous volent, mais sont-ce des yeux ? Où ? Comment ?

Et puis les mots... ces mots... qui vont de l'avant, de l'arrière, de l'avant, de l'arrière, qui ne savent où aller, où jouir. Et puis tous les mots qui ne remplacent pas la réalité, ne la refont pas, mais qui fondent et transfusent mes pensées en délires, ou mes délires en pensées.

Les mots courent, comme la pensée. Ils courent là où le corps n'a pu fuir : ils courent, nus, sur ces toits d'un village hypocrite où les bouches sont closes en un sourire entendu, complice - complice de qui ?

Les mots courent sans s'arrêter, sans rien pour les arrêter, suivant le fil d'un délire qui tarde à devenir souvenir, qui ne trouve trace de mémoire et qui se construit lui-même en un semblant d'existence. La légèreté des mots, leur inessentialité.

Ecrire non pas pour dire, mais pour se trouver, se trouver dans ses délires à défaut de se trouver dans sa réalité. Si les bases manquent, alors les créer de toutes pièces, mais dans le vide. Existence improbable, frissonnante de peurs anciennes.

Mais les mots butent contre les araignées velues, prêtes à sortir de leur trou, à sauter sur le corps, le remplir de leurs mains velues, injecter leur venin visqueux et faire courir leur bouche infâme sur un corps tordu de terreur. Le délire se fait maintenant cauchemar, cauchemar d'une vie dans un coin sombre et humide. Peau hérissée d'horreur, sang et regard gelés en une agonie fictive, inventée, tout pour sortir de là.

Les collines verdoyantes luttent contre les pas des arachnides, le soleil d'été contre l'obscurité de la nuit mangeuse d'enfants. Rien n'y fait. Les bestioles ont envahi une vie et s'y sont installées. Elles resteront. Reste à les confiner dans un coin sombre de sa souffrance, un coin discret dont on laissera la porte soigneusement fermée. Plutôt brûler, plutôt pourrir, plutôt se noyer que d'ouvrir cette porte. Nier jusqu'à l'existence de la porte même si elle est là, devant le regard se faisant hagard.

Et pourtant, c'est là qu'est resté quelque chose de précieux, quelque chose qu'on n'a pu sauver. Mais quoi ? Quoi ? On ne se souvient pas, on ne se souvient plus ? S'est-on jamais souvenu ?

Tout cela n'était qu'un rêve, un mauvais rêve. Dors mon enfant, dors, dans les bras de maman.

Oui, maman. Maman, tu as les mains sales.

lundi 16 mars 2009

Citation

R. Neuburger : Les familles qui vont la tête à l'envers, Ch. 1, p. 24 :

"Dans les mythes familiaux, comme dans tout dispositif mythique, on trouve trois sortes de signifiants: ceux qui indiquent le destin individuel, ce que l'on doit devenir quand on fait partie d'une famille donnée; ceux qui indiquent comment on doit se comporter vis-à-vis des autres membres du groupe familial; enfin, ceux qui signalent comment penser et comment agir face aux autres, à ceux qui sont étrangers au groupe."

Monologue

Où est la douleur ? Où est le souffle ? Partis, envolés.
Où est la douleur ? Où est le souffle ? Partis, revenus.
Où est la joie ? Où est l'amour ?
Où est la joie, sur la voie de non retour.

Et l'amour ? Il court.
Il court après la joie, elle-même poursuivie par la douleur.
Il court après la douleur, il retrouve la douleur.

Où est, mais où est quoi ?
Ce qui est n'est pas ce qu'on croit, où bien l'est-ce ?
Et puis, croire pour quoi ?

Je crois en la douleur, mais y crois-je ?
Je sens, mais je ferme la porte... vite... fort.
Je ferme la porte pour ne pas laisser passer les courants d'air...
Je pourrais prendre froid au coeur...

Où est la douleur ? Elle frappe, frappe.
Où est la douleur ? À la tête, à la tête.
Où ? À la porte ? Contre le mur ? Non, ça c'est ma tête...

Je ne la vois pas, je ne la sens pas, je ne veux pas.
Ainsi ai-je décrété.

Mais les paroles, vous savez, ça s'envole.

Où est la douleur ? Elle est là, et je ne suis pas un héros.

Alors, alors on vit avec. Ce n'est plus moi, mais "on". La douleur est routinière, une compagne de voyage, une simple tristesse, un simple regret... sans objet, ou sans objet autre que moi.

Où est la douleur ? Partout, nulle part. Une pointe ici, une pointe là : camisole de pénitence pour ne pas oublier, ou pas totalement du moins.

Je vis ma vie

Je vis ma vie, mais j'ai la tête ailleurs...
Je suis écervelé.
Cela s'est passé un beau matin d'enfer,
lorsque le soleil couchant est revenu prendre ses affaires.
Je vis ma vie, mais j'ai la tête ailleurs.

Les osselets (texte de jeunesse)

Deux enfants jouaient aux osselets
dans la cour, dans la jungle.
Deux enfants jouaient aux osselets
tranquilles.

Ce sont des hommes qui ne voient pas le soleil
qui leur ont appris.
Ce sont des hommes qui ne voient pas le soleil
dans leur pays.

Car ils sont pâles, et ils sont sales.
Ils n'ont que la boue.
Car ils sont pâles, et ils sont sales,
et puent le bouc.

Les deux enfants qui jouaient et riaient
étaient heureux aujourd'hui.
Les deux enfants qui jouaient et riaient
étaient repus aujourd'hui.

Les hommes qui mangeaient leur territoire
et tuaient leur gibier.
Les hommes qui mangeaient leur territoire
et les pendaient à leurs gibets
s'étaient tus dans la forêt fatiguée
de leurs coups.
Ils s'étaient tus dans la forêt épuisée
et n'étaient plus debout.

Et pourtant, ils étaient bien fades les hommes
qui avaient tout tué.
Et pourtant, ils étaient bien fades les hommes
qu'on avaient mangés.

Les routes (texte de jeunesse)

Les routes se moquent de tout.
Elles portent indifféremment
les paysans et les fous,
les amoureux de tout tempérament,
les vivants et les agonisants,
les chiens écrasés et les matous.

Un petit chien (texte de jeunesse)

Un petit chien blanc et noir
repose sur le pavé noir.
Il tend la langue vers le ruisseau
et ses yeux se perdent dans l'eau.

Dans le calme d'un matin froid,
au milieu des passants en arroi,
il se moque de la ville qui s'éveille
et se berce de son éternel sommeil.

Un parisien du Sénégal
en habit bleu et aux yeux pâles
l'enlève de son berceau brutal
qui a accueilli seul ses derniers râles.

dimanche 15 mars 2009

Effets des abus sexuels sur les hommes

Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ? (Marc Chabot)

Pour répondre à cette question impossible, il me faudrait d'abord répondre à plusieurs autres questions : Qu'est-ce qu'un homme ? Comment le fabrique-t-on ? Que pensons-nous qu'il devrait être ? Y a-t-il en l'homme un dégoût de vivre qu'on ne rencontre pas chez les femmes ? Y a-t-il un instinct de destruction spécifiquement mâle ? Y a-t-il, dans l'univers masculin, des fragilités que nous n'aurions pas encore identifiées et qui mènent au suicide ? L'homme est-il fait pour vivre ? Est-ce que sa mise au monde est plus complexe ?

Je préfère vous le dire tout de suite, je ne détiens pas de telles réponses. Je n'ai ni le savoir, ni l'expertise pour m'aventurer dans ces territoires. Et, sans désespérer, sans même vouloir vous mener dans la désespérance, je pense que nous n'aurons pas une réponse nette à ces questions avant bien longtemps. Mais cela ne constitue pas une raison pour cesser de penser. Je vais donc tenter de répondre à cette question : pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ? Et je vais vous proposer plusieurs réponses. Mais mes réponses seront parfois contradictoires. Il ne faut pas avoir peur de ne pas savoir, de se contredire, de se retrouver devant des paradoxes. Nous ne sommes pas ici dans un domaine scientifique, même si nous parlons parfois le langage des sciences et si nous inventons des concepts comme la la prévention du suicide.

Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ?

D'abord, nous occupons une place vide dans le néant. Nous sommes là par hasard ou par amour. Nous habitons le corps d'une femme, la tête d'un homme ou les deux. On nous parle. On nous fabrique. On s'occupe à nous sortir du néant ou à nous y enfoncer. On nous dit : "viens" ou "pourquoi es-tu là?" On nous rêve, on nous veut, on nous désire, on nous rejette, on nous nie. Mais toujours on nous parle.

Je parle avec des mots. J'effectue un remplissage du néant. Je parle et vous écoutez. Nous sommes tous attentifs. Je parle et vous vous parlez en même temps. Vous êtes en train de vous dire : "je n'y avais pas pensé" ou "je savais déjà tout cela". Le suicide est un retour au silence. Le retour du néant. Plus rien ou presque de l'autre ne peut être entendu. Parfois, parce que nous sommes aveugles, plus rien de l'autre n'existait depuis des jours, des mois, des années.

Les hommes ont, plus que les femmes, un problème de langage. Ils ne savent pas se dire. On pourrait aussi écrire : nous ne savons pas les entendre. Ils ne savent pas occuper l'espace, remplir le néant avec des mots. Nous sommes le langage. Par le langage, je construis un lieu d'où quelque chose de moi peut être entendu. Pour le moment, les femmes savent mieux que les hommes que les mots ne sont pas là pour rien, mais les femmes ont besoin des hommes, de tous les hommes et les hommes ont besoin des femmes pour apprendre, et nous avons besoin de nous pour y croire. Nous sommes tous des décodeurs de langage. Le suicide est un échec, un cas limite, une transgression. La dernière. Le suicide, c'est toujours un humain qui est en train de dire : là où je suis, personne n'entend.

L'univers masculin, chez les jeunes et chez les adultes, est si faible en langage qu'il suffit d'un rien pour franchir les limites. La limite pour dire qu'il n'y a pas de raisons pour vivre.

Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ?

Parce qu'ils sont des hommes.

Un homme, c'est-à-dire un être humain à qui on a dit qu'il devait vivre dans le soupçon. À qui on a dit, depuis une vingtaine d'années, qu'être homme est une maladie, à qui on a dit qu'il devait même douter de son humanité parce qu'il est un homme. À qui on ne cesse de répéter qu'il est malhabile, qu'il est coupé de ses émotions, qu'il s'enferme dans son silence, qu'il est violent, qu'il est un mauvais père, un mauvais baiseur, un mauvais amant, un être sans compassion, un sous-développé affectif, un violeur potentiel.

En même temps, il peut être un héros. Tout régler d'un coup de poing. Devenir chevalier servant. Sauver l'humanité une arme à la main. Une femme peut lui dire : "Sauve l'humanité et je retourne à la maison", comme on peut le voir dans Independance Day.

Et parce qu'il n'est plus le définisseur de ce qu'il doit être, parce qu'il a du mal à savoir ce que c'est qu'être un homme, parce qu'il attend une réponse d'ailleurs mais qu'il n'y a plus d'ailleurs, il est de plus en plus torturé, contradictoire, malade, indécis, flou, brisé, ébranlé, abject et brillant à la fois.

Mais il est aussi suicidaire. Il vit dramatiquement son problème d'identité parce qu'il ne réussit pas à être un homme et ne sait plus ce que c'est qu'être homme. Alors, les questions reviennent.

...qu'est-ce que n'aurait pas perdu le monde si je n'avais pas vu le jour ? Qu'en dirait le soleil ? Et qui donc vivrait alors dans ma chambre ?1

Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ?

Je ne crois pas que l'on se suicide pour une raison générale, pour une conception générale de la vie. Mais cette idée générale que l'on peut se faire de ce qu'est vivre permet le suicide.

Je pense que les hommes se suicident parce que, dans notre société, on propose (surtout aux hommes), la mort volontaire comme une solution pour résoudre nos problèmes. La mort volontaire est de plus en plus présentée comme un fait divers. Une banalité. La fin des tourments, la fin apparente des tourments, une libération, un acte osé, une solution radicale, un droit. Un geste héroïque. Une claque sur la gueule à la société, la dernière grimace d'un homme au monde, la transgression ultime. Mais c'est aussi une rupture de langage, la fin du dialogue. Le bout du monde. Le silence.

Il y a dans le suicide des hommes, un échec camouflé en geste héroïque. Je dirais que la chose est énorme, mais elle est là. Il y a, dans le suicide des hommes, un échec déguisé en acte libre et volontaire. En écrivant cela, je ne dis pas que les hommes qui se suicident sont lâches, je veux surtout dire que c'est ainsi qu'on nous propose de penser notre vie d'homme. Et c'est justement parce que c'est ainsi qu'il me semble urgent de questionner sérieusement le concept de mort volontaire.

Aucun humain ne peut prétendre vivre en évitant pendant 70 ans une ou plusieurs crises existentielles. Mais il est rare que l'on insiste sur le fait que les crises existentielles sont des fragments de vie. Un moment pénible, souffrant. D'une temporalité brève ou longue, mais toujours un fragment de la vie, un fragment du temps.

Aucun humain n'échappe vraiment aux crises existentielles et c'est durant ces crises qu'il a besoin plus que jamais de se rappeler qu'il est un humain. Mais il n'est jamais facile de raconter que la solitude est en train de nous manger de l'intérieur.

Affronter la souffrance n'est possible qu'ensemble, même si nous savons bien que nous ne pouvons jamais comprendre précisément la souffrance de l'autre. Les crises existentielles n'ont pas vraiment de solution définitive, elles sont là comme une fatalité.

Mais nous ne comprendrons rien au suicide tant et aussi longtemps que nous le réduirons à une maladie. Une crise existentielle n'est pas une maladie, c'est un passage obligé dans la vie d'un être. Un passage terrible dans une société qui réduit toute la vie à un divertissement, à un amusement vidéo, au spectacle. Un passage terrible dans une société qui n'en a que pour le ludique, qui camoufle le mal d'être.

Une crise existentielle est un moment où la solitude nous prend à la gorge. Elle fait douter de l'autre, des autres, de l'amour, de l'amitié, de ma propre existence dans le monde.

Comme le disait un personnage dans une nouvelle de Tolstoï :

...c'est de moi-même dont je suis fatigué, c'est moi la chose intolérable qui est mon tourment. (...) je ne parviens pas à m'éloigner de moi-même.2

Il y a des moments dans la vie où l'on devrait s'interdire de se fréquenter parce qu'on n'est plus fréquentable.

Un homme qui aime est un homme qui accepte et prend le risque de "s'éloigner de lui-même". Il se laisse habiter par une autre. Il se sait regardé, il se sait regardant. La "fatigue de soi", la terrible "fatigue de soi" n'est plus là.

C'est toujours de soi qu'on s'épuise. Un homme qui pense au suicide est souvent un homme qui est épuisé de lui-même, de ce qu'il est ou de ce qu'il n'est pas, de ce qu'il n'arrive pas à être. Il s'enlise en lui-même. Nos yeux ne sont pas faits pour se regarder.

Tout cela n'est pas spécifique au masculin, on s'entendra là-dessus. Mais le "moi" masculin est depuis plusieurs années en reconstruction, peut-être même faudrait-il dire en déconstruction.

Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ?

Parce qu'ils sont seuls et qu'ils vivent les enseignements de la culture, à savoir que la solitude est bonne pour les hommes. Ils doivent en supporter les bonheurs et les souffrances. Et cette solitude n'est plus pensée. Mais elle élimine toute rencontre avec les autres. Les enseignements d'une culture qui propose l'enfermement en soi, la prison, le cachot.

Ce n'est pas seulement une question de sentiment. Cessons de nous réjouir de cette découverte assez niaise finalement, qui veut que les hommes soient incapables d'affirmer leurs sentiments. Voilà maintenant vingt ans qu'on le dit, qu'on le répète, qu'on travaille à faire parler les hommes. Plus on le dit, plus ils se taisent, plus ils se ferment.

Retrouvons en nous les pouvoirs de la recherche, non seulement pour faire pleurer les hommes, mais pour découvrir comment fonctionne un être humain qui ne choisit pas le langage pour dire qui il est.

Si les hommes pensent qu'ils sont lorsqu'ils font, il faut admettre que notre société n'a plus beaucoup de choses à leur offrir. Les hommes attendent. Ils ne travaillent plus, ils ont du mal à fonder une famille. Ils n'ont bien souvent qu'une existence aléatoire dans cette société. Tout leur échappe, en commençant par eux-mêmes, mais aussi le monde, l'amour, les femmes, les enfants, le travail, le bonheur et le goût d'être. Et quand j'écris que tout leur échappe, je ne parle pas de l'homme qui se voudrait propriétaire de tout cela.

Je pense surtout à un homme qui vit avec l'idée qu'il n'existe pas seulement pour lui-même, mais avec les autres et pour les autres.

Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils ?

L'homme se suicide parce qu'il est désoeuvré, il faut insister sur le mot. Désoeuvré : qui n'exerce pas d'activité précise. Inactif. Inoccupé. Oisif.

Derrière la plupart des suicides, il y a du désoeuvrement. Désoeuvré social, sans travail. Désoeuvré psychologique, sans projet de vie. Désoeuvré affectif, sans aucun amour à vivre.

Il se pourrait bien que le désoeuvrement de chaque être, le désoeuvrement de l'âme mène directement à la négation de son être. Et l'être peut résister longtemps. Il peut se tuer lentement. Ça commence par la noyade dans l'alcool, la dérive dans les drogues. Vivre encore oui, mais le plus possible à côté de soi, le plus loin possible de soi.

Quand il est impossible de s'oublier pour les autres, on commence à s'oublier soi-même. On s'installe ailleurs. Parfois même en s'amusant. Le désoeuvrement d'un premier trip, d'une première cuite. Les petits plaisirs que procure cette absence de soi. Il n'y avait rien d'autre à faire que de quitter les lieux. La fierté est mince, mais le goût de vivre aussi.

Pourquoi tant d'hommes se suicident-ils?

On pourrait se demander plutôt : pourquoi tant d'hommes doivent-ils faire des efforts inouïs pour se tenir en vie devant les autres?

L'individualisme mal compris est confondu avec l'égoïsme. L'individualisme mal compris dit : tout est en toi.

Mais si, en moi, il n'y a plus rien, je me sens foutu.

Avant le suicide, il y a toujours la disparition lente ou précipitée des autres. Dans son essai intitulé La souffrance, le philosophe Bertrand Vergely écrit :

Quand on se tue, cela mobilise un nombre considérable de personnes. (...) cela a des effets que l'on ne mesure pas dans l'espace de l'humanité.

Un peu plus loin, il ajoute : Qu'on le veuille ou non, tout suicide conduit à alimenter la tristesse collective, ainsi que la piètre opinion que certains sont tentés de donner de l'humanité.3

Quand je pense au suicide d'un homme en particulier je ne peux m'empêcher de penser à cette mobilisation des autres, à cette mobilisation qui peut nous mener très loin du bonheur. L'homme qui se suicide est un homme qui a perdu ses forces. D'abord celles de raisonner, mais aussi celles d'espérer, celles qui pourraient lui faire entrevoir un bonheur possible.

L'espace humanitaire se rapetisse. Je ne le répéterai jamais assez : l'humain n'existe qu'accompagné.



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Notes :

1. Ödön von Horvath, Jeunesse sans Dieu, Paris, 10/18, p.36.

2. Cité par Colin Wilson dans L'homme en dehors, traduction de Leo H. van Hoy, Paris, Gallimard, coll. Les essais, 1958, p.185

3. Bertrand Vergely, La souffrance, Paris, Gallimard, Folio, 1997, p. 223-224



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Marc Chabot
Professeur de philosophie
Cégep Francois-Xavier Garneau

vendredi 6 mars 2009

Poème écrit par une amie

Partir
Sans se retourner
S'enfuir
Pour oublier le passé
Tout quitter
Sans une larme
Sans un regret
Tout effacer
Sans un remord
Sans pitié
Dormir
Pour ne plus penser
Sourire
Pour ne plus pleurer
Te maudire
Pour le mal que tu m'as fait
Souhaiter
Pouvoir aimer
Imaginer
De nouveau être gaie...

jeudi 5 mars 2009

Témoignages de victimes masculines

Deux liens:

pour les germanophones : http://www.dailymotion.com/relevance/search/sexueller%2Bmissbrauch/video/x5kr9c_00013-missbrauchtdvff_people


pour les anglophones : http://www.stopthesilence.tv/video/205916-shatterboy-men-surviving-sexual-abuse.html

LISTE DES CONSEQUENCES SEQUELLES D'INCESTE

LE SYNDROME POST-INCESTE CHEZ LES FEMMES ET LES HOMMES

LISTE DES CONSEQUENCES DE L'INCESTE CHEZ LES SURVIVANTS


par E. Sue Blume, C.S.W., Diplomate in Clinical Social Work, auteure de deux livres : Secret Survivors: Uncovering Incest and Its After-effects in Women et You're Still.


L'inceste constitue une violation tellement traumatisante que souvent les victimes oublient que cela leur est arrivé. Mais les cicatrices émotionnelles sont bien présentes, même si elles paraissent déroutantes à cause de leur manque de signification apparente. Les problèmes continuels dans les relations, la sexualité, la confiance, le contact physique, les dépendances, la dépression et la culpabilité peuvent, quand leur cause est inconnue, donner le sentiment de devenir fou et de perdre le contrôle de soi-même. Cette liste peut être utilisée pour aider l'adulte survivant à s'identifier en tant que victime d'inceste, pour qu'il sache qu'il existe bien des raisons aux difficultés qu'il éprouve, et qu'en fait, ces "problèmes" sont un moyen de contourner une douleur insoutenable.

L'inceste, la forme la plus commune d'abus sexuel sur un enfant, est avant tout un abus sur un enfant, un abus des limites personnelles et sexuelles de l'enfant par une personne de confiance censée prendre soin de lui. L'inceste est toute utilisation d'un enfant mineur pour satisfaire des besoins sexuels et/ou émotionnels d'une ou plusieurs personnes dont l'autorité s'appuie sur des liens affectifs avec l'enfant. Il faut noter que l'inceste est un abus qui se retrouve dans une relation de pouvoir et pas forcément uniquement dans les liens du sang : c'est la violation de la confiance qui entraîne les plus gros dommages chez l'enfant.

1. La peur de se retrouver seul dans le noir, de dormir seul; les cauchemars, les peurs nocturnes (surtout la poursuite, la menace et l'enlèvement);

2. Ne pas exprimer sa sensibilité; la peur de l'eau sur le visage durant le bain ou en nageant (sentiment de suffocation);

3. Aliénation à l'intérieur de son propre corps; incapacité à prendre en compte les signaux de son corps ou bien d'en prendre soin; mauvaise image de son corps; prise ou perte de poids pour éviter d'attirer l'attention sexuelle;

4. Problèmes gastro-intestinaux; problèmes génitaux (dont les infections vaginales spontanées); maux de tête, arthrite ou douleur aux articulations;

5. Porter de nombreux vêtements, y compris en été; porter des vêtements larges; incapacité à se dévêtir dans les situations appropriées (pour nager, pour se baigner, pour dormir); contraintes très importantes pour l'intimité dans la salle de bains.

6. Désordres alimentaires, abus de drogue ou d'alcool (ou abstinence totale); autres dépendances; comportements compulsifs;

7. Automutilation; blessures auto-infligées;

8. Phobies;

9. Besoin d'être invisible; perfectionnisme;

10. Pensées suicidaires; tentatives de suicides; obsession du suicide;

11. Dépression (parfois paralysante); pleurer sans raison apparente;

12. Problème de colère; incapacité de reconnaître, d'admettre et d'exprimer sa propre colère; peur d'une colère réelle ou imaginaire; constamment en colère; très grande hostilité à l'égard de toute personne du sexe ou de l'ethnie de l'agresseur;

13. Dépersonnalisation; faire des malaises, des crises dans des situations stressantes; être toujours en crise; insensibilité psychique; douleur physique ou insensibilité associée à des souvenirs particuliers, des émotions (par exemple la colère) ou des situations (par exemple les relations sexuelles);

14. Contrôle rigide du processus de pensée; manque d'humour ou sérieux extrême;

15. Se réfugier dans l'enfance, s'accrocher à quelqu'un, se recroqueviller dans un coin (comportements pour rechercher la sécurité); nervosité à l'idée d'être vu ou surpris; se sentir épié;

16. Problèmes de confiance; incapacité à faire confiance (on n'est pas en sécurité lorsque l'on fait confiance ); accorder trop de confiance; accorder sa confiance sans discernement;

17. Prise de risque élevée ("défier le sort"); incapacité à prendre des risques;

18. Problèmes de limites; contrôle, pouvoir, territorialité: peur de perdre le contrôle; comportements compulsifs/obsessionnels (tentative de contrôler des choses sans importance juste pour contrôler quelque chose!); confusion entre sexe et pouvoir;

19. Culpabilité / honte / très faible estime de soi / se sentir bon à rien / haute estimation des petites faveurs des autres;

20. Comportement de victime (persécuter quelqu'un après avoir été soi-même victime), surtout sexuellement; aucun sens du pouvoir ou bien du droit d'imposer des limites; incapacité de dire "non"; rechercher des relations avec des personnes beaucoup âgées (commence à l'adolescence);

21. Envie d'aimer et d'être aimé; savoir et faire instinctivement ce que l'autre personne veut ou espère; les relations sont de grands échanges (l'"amour" a été pris, mais non donné);

22. Sentiment d'abandon;

23. Incapacité de se souvenir de certaines périodes (surtout entre 1 et 12 ans), ou d'une personne ou d'un lieu spécifique;

24. Sensation de porter un lourd secret; être pressé de le dire ou bien au contraire avoir peur qu'il soit révélé; penser que personne ne le croira. Etre généralement secret. Se sentir "marqué";

25. Se sentir fou; se sentir différent; se sentir irréel alors que tous les autres sont bien réels, ou inversement; se créer des mondes imaginaires, des relations ou des identités (par exemple pour une femme, s'imaginer, se croire un homme c'est à dire, pas une victime);

26. Déni; aucune conscience de ce qui s'est passé; répression de la mémoire; faire semblant; minimiser ("ce n'était pas si grave"); avoir des rêves ou des souvenirs ("c'est peut-être mon imagination") (flash-back); très fortes réactions négatives "inappropriées" à l'égard d'une personne, d'un lieu ou d'un événement; flashs (lumière, lieu, sensation physique) sans avoir aucune idée de leur signification; se souvenir de l'environnement mais pas des faits. La mémoire peut revenir par le dernier événement traumatisant ou bien l'agresseur. Les détails de l'abus peuvent ne jamais revenir à la mémoire; quoiqu'il en soit la guérison peut intervenir même si on ne se souvient pas de tout. Votre inconscient libère les souvenirs au moment où vous êtes capable de les affronter.

27. Problèmes sexuels; le sexe est quelque chose de sale; aversion à être touché, surtout lors des examens gynécologiques; très forte aversion pour certaines pratiques sexuelles, ou au contraire très fort désir; sentiment d'être trahi par le corps; problème pour mêler sexualité et émotions; confusion et mélange de sexe/affection/domination/agression/violence; avoir besoin d'une relation de pouvoir dans les relations sexuelles; abuser des autres; séduction "compulsive" ou au contraire tout faire pour ne pas être séduisant; besoin d'agresser ou incapacité totale à agresser; relations sexuelles impersonnelles et dénuées de sentiments avec des étrangers avec incapacité d'avoir des relations intimes dans le cadre d'une relation amoureuse (conflit entre la sexualité et l'attention); prostitution; strip-tease; acteur porno; dépendance au sexe; refus du sexe; arrêt des relations sexuelles; pleurer après l'orgasme; sexualiser toute relation; réponse érotique à tout abus ou colère; fantasmes de domination ou de viol (culpabilité et confusion); Remarque : l'homosexualité n'est pas une conséquence de l'inceste;

28. Comportement ambivalent ou conflictuel dans les relations; Remarque : les partenaires de survivants souffrent également souvent de conséquences du syndrome post-inceste, surtout dans les comportements sexuels et relationnels;

29. Refus de se voir dans un miroir (invisibilité, honte, faible estime de soi, méfiance à l'égard des apparences);

30. Désir de changer de nom pour se dissocier de l'agresseur ou prendre le contrôle de soi;

31. Ne supporte pas le bonheur; réticence ou retrait par rapport au bonheur;

32. N'aime pas faire du bruit y compris pendant l'acte sexuel, en pleurant, en riant, ou tout autre fonction corporelle; très grande attention portée à la parole (attention particulière au choix des mots des autres; voix très douce, surtout quand il y a besoin de se faire écouter);

33. Vol;

34. Personnalité multiple.


Remarque pour les thérapeutes : tout le monde, et en particulier ceux qui ont besoin d'une psychothérapie, peut manifester ces symptômes bien que certains soient particuliers aux victimes d'abus sexuels dans l'enfance. Quand ils apparaissent ensemble, il y a une probabilité importante qu'un inceste soit survenu dans l'enfance.

Informations détaillées
Auteur: E.Sue Blume

mardi 24 février 2009

Soliloques

Il y a des gens qui parlent pour ne rien dire, et d’autres qui disent tout sans penser à rien. Puis il y a ceux qui ne parlent pas, et ceux encore qui ne disent pas. Il y a ceux qui dévoilent, et qui dévoilent, pour toujours trouver un nouveau voile, puis les nudistes du dire dont les paroles sont vidées de leur sens. Il y a ceux qui vomissent leurs mots, et ceux qui ne peuvent parler d’avoir trop vomi. Il y a ceux qui parlent, naturellement, et ceux qui s’ennuient, naturellement aussi. Il y a ceux qui écoutent les autres parler, et ceux qui n’écoutent pas et ne parlent pas. Il y a ceux qui parlent sans écouter, voire sans s’écouter. Il y a ceux qui parlent direct, et ceux qui prennent le détour. Il y a ceux qui hument leurs paroles, et ceux qui les crachent. Quelques-uns, même, se pincent le nez en parlant. Il y a le parler médicamenteux, et celui médicamenté. Le parler doctoral, et le docte parler. Sans rien dire du parler franc et du parler hypocrite.
À chacun son parler, à chacun ses dires. Laissons aux bègues le droit de bégayer, à l’apeuré le droit d’avoir peur, à l’aimant le droit d’aimer, au souffrant celui de souffrir, ou de ne plus souffrir.
Il y a aussi aider. Il y a celui qui propose son aide, celui qui la dépose à la porte, en secret, comme on dépose un bouquet à l’élue de son cœur sans vouloir toutefois vouloir dévoiler sa flamme. Il y a celui qui impose son aide à tous prix, à tous vents. Il y a l’aidant malheureux, l’aidant audacieux, l’aidant qui ne se connaît pas, l’aidant empathique, l’aidant souffrant, l’aidant aux abonnés absents. Il y a celui dont l’aide est un coup de point en plein cœur, et l’autre un coup de poing dans l’eau. Il y a celui qui croit aider, et celui qui ne croit rien mais le fait par acquis de conscience. Et il y celui qui aide sans le vouloir, par hasard, le temps d’un regard.
La vie est comme ça : il y a le beau, et le moins beau ; le gai et le triste, l’arbre et la souche, le blé et la cendre, et puis toutes les nuances qui se mêlent pêle-mêle pour se démêler à nouveau en un foisonnement infini autant que limité. Mais tout cela est su et ressassé, pourquoi donc en parler ? Et pourquoi donc ne pas en parler. C’est quand on ne s’émerveille plus devant le petit et le rampant, devant la feuille au coucher du soleil, lourde du sommeil des oiseaux dans les branches, que l’on retrouve au matin allégée par le réveil de ces mêmes oiseaux, que la vie perd son sens pour un quotidien indéfinissable qui nous fuit autant qu’on aimerait le fuir.

Portes

Dans ma vie, il y a des portes, mais des portes fermées. Qui sait ce qu’elles cachent, ces portes ? Qui le sait ? Pas moi, c’est sûr, pas moi.
Dans ma nuit, il y a des ombres qui fuient, et jamais je ne les attrape. Comment attrape-t-on une ombre ? Et pourtant, c’est elle qui nous tient !

Il faut...

Il faut partir, vite,
Il faut partir, loin,
Il faut partir

Oui, partir sans rire,
Partir pour fuir,
Ne jamais revenir

Il faut partir,
Il faut le dire
Sans coup férir

Il faut partir
Encore partir
Partir

Je vous en prie,
Il faut mourir………..

PTSD

- L’évènement qui a provoqué le traumatisme est ré-expérimenté dans une ou plusieurs des manières qui suivent:
* Fréquemment et de façon répétitives, des parties de l’évènement sont réexpérimentées à travers des images, des pensées, des sens ( odeurs …).
* Rêves répétitifs liés à l’évènement. Chez l’enfant, peut s’exprimer sous la forme de cauchemars n’ayant aucun lien avec le traumatisme.
* Agir ou se sentir comme si l’évènement était en train de se reproduire: impression de revivre l’évènement, flash-backs ( voir article sur « Lorsque le corps se souvient » ou glossaire pour la définition d’un flash-back ), illusions, flash-backs se produisant lorsque la personne est sous l’influence d’un produit tel que l’alcool ou la drogue.
* Intense détresse psychologique et/ou physique face à des choses ( sentiments, objets, places, personnes …) qui symbolisent ou rappellent un aspect de l’évènement.

- Tendance à éviter toute chose associée à l’évenement dans l’esprit de la personne. Aussi réaction de fermeture, d'"engourdissement” quand cela se produit, marquée par 3 ou plus des critères suivants:
* Efforts pour éviter les pensées, les sentiments ou conversations associées avec le traumatisme.
* Impossibilité de se rappeler une importante partie de l’évènement. * Diminution marquée de l’intérêt ou de la participation dans des activités habituelles.
* Sentiment de détachement ou d’indifférence par rapport aux autres personnes * Diminution du nombre de sentiments ressentis ( par exemple, incapable d’avoir des sentiments d’amour ).
* Une vue très limitée du futur ( par exemple, ne pense pas à avoir une carriere, se marrier, avoir des enfants ou les évènements d’une vie normale ).

- Symptômes d’une hyper attention persistants (non présent avant le traumatisme) marqués par 2 ou plus des critères suivants:
* Difficulté pour s’endormir ou rester éveillé(e)
* Irritabilité ou accès de colère
* Difficulté pour se concentrer
* Une réaction exagérée

Vous devez présenter des symptômes des numéro 2,3 et 4 pendant plus d’un mois.

lundi 23 février 2009

Pourquoi ?

Pourquoi déchirer encore,
faire souffrir ce corps.

Pourquoi mourir une seconde mort,
avec la main qui se tord.

Le coeur desséché, tenant dans la paume d'une main, se rétrécit encore. Les larmes qui coulaient, coulent encore ; les larmes qui ont séché, sèchent à nouveau. Les lèvres qui se tordaient, se referment sur le vide d'une bouche béante.

Pourquoi déchirer encore,
faire souffrir ce mort.

Pourquoi parler aux pendus, crier au croque-mort ? Pourquoi crever les yeux de l'aveugle, arracher la langue du muet, tirer l'oreille au sourd ?

Pourquoi mourir une seconde mort,
périr encore et encore.

Mais pourquoi vivre ?

J'écris

J'écris, comme pour me vider de mon sang. J'écris, comme pour me vider de toute substance. D'autres parlent, d'autres agissent. Est-ce par lâcheté, est-ce par complaisance ? J'écris. J'écris, sans avoir rien à dire. J'écris, pour tout dire. J'écris sans arrêt et, plus j'écris, plus mon esprit s'agite et se retourne, sans trouver le sommeil, sans trouver de repos. J'écris. J'écris, comme une complainte inutile, comme un refrain lassant qui toujours et toujours se répète. J'écris, pour ne pas crier. J'écris comme d'autres boivent pour étouffer en eux le souffle du mal. J'écris. J'écris jusqu'à plus soif, j'écris jusqu'à plus faim. J'écris jusqu'à la prochaine dépression, jusqu'à la prochaine répression. Alors, oui, j'arrêterai d 'écrire, pour un temps. Alors, ma main sera paralysée par ce cri sur le point d'éclater, mais sur le point seulement, car pas un son ne passera mes lèvres, scellées à tout jamais sur l'indicible - car même le cri le plus puissant, le plus barbare, le plus sauvage, ne pourra dire ce qui ne se dit pas puisque personne n'est là pour entendre. Le dire n'est possible qu'avec l'entendre, et personne ne peut entendre sans risquer de perdre la raison. Ce cri, il rend fou celui qui l'écoute. Ce cri, il nous rend fou. Et les yeux hagards, tournés vers l'intérieur, ne connaissent pas de sommeil. Mais ça, c'est moi qui l'écrit, l'esprit sans repos, l'esprit sans raison: tout cela n'est donc que folle lubie. n'écoutez pas et suivez votre chemin. Je suis abreuvé de paroles sans rimes ni raison, ivre de mots se bousculant sans queue ni tête. A demain, donc, ou après-demain.

Mother

If ever I had been away,
if ever I hadn't taken that way,
if ever your eyes had turned away,
if ever

But no, we went for a ride,
You and me astride,
and to help me, no guide,
so it was

You've been my mother,
you've been my lover,
you'll be that forever forever

This is the way things are,
we'll never be on a par,
for my mother you are,

... and you'll be till I'm dead.

Chant d'amour, chant de haine

Qui écrira le chant d'amour,
amour bafoué, amour trompé
amour piétiné, amour roué

amour blâfard, amour sali,
amour hagard, amour trahi

Qui, mais qui, écrira le chant de la haine,
haine silencieuse et noueuse,
haine hideuse et rageuse

haine de mort, haine de corps
haine du sort, haine sans ressort

Chant d'amour, chant de haine,
s'élèvent en écho pour appeler la guéhenne

Chant de haine, chant d'amour,
à chacun sa vie, à chacun son parcours

Je suis une fraude...

Je suis une fraude...
parce que je ne suis pas où on croit
ni non plus ce que l'on croit

parce que je ne veux pas de votre délivrance
pour m'éloigner de mes errances

derrière ma fausse effronterie
se dissimule la plus grande niaiserie

derrière mon air de sainte nitouche
je suis et reste sur la touche

je fais croire que je suis en voyage
mais suis dans le plus grand des naufrages

je parle de vents et d'océan
solidement assis sur mon séant

je dis réfléchir, je dis écrire,
mais je soupire à en faire rire

je frappe l'imagination de mots vides
pour paraître un peu plus intrépide

je parle de la vie tel un grand sage
alors que c'est à peine si je surnage

non, je sui bien une fraude, aucun doute
qu'on me dévoile c'est ce que je redoute

Le corps nous parle

Le corps nous parle une langue que nous comprenons d'instinct. Le corps nous parle, lorsque nous voulons bien le comprendre. C'est ce dos raidi, ce ventre tendu, l'estomac en boule, la tête nauséeuse. Le corps nous dit des choses que nous voudrions être loin et il nous en dit bien d'autres qui seraient à se pendre. C'est cette main qui tremble, cette douleur aux reins, c'est aussi le souffle qui s'affole sans que l'air ne passe. Mais le corps nous parle de peurs qui ne sont pas de lui, il nous raconte des peurs qui sont de l'esprit. Le corps n'a pas peur du monde, mais il a peur de ces peurs, car lui ne comprend pas l'esprit. Face aux peurs du corps, ce n'est donc pas lui qu'il faut chercher, car il ne dit que la peur de la peur, mais c'est l'esprit qui a peur.

Somme toute, c'est cela que nous dit le corps, l'esprit. Mais l'esprit ne veut pas se regarder et détourne poliment l'attention sur le corps qui s'étale alors en miroir. Et dans ce va-et-vient, je suis pris de vertige, coincé entre la peur du corps et la désincarnation de l'esprit.

Encore une journée

Encore une journée à vivre coincé, entre le rien et le néant. Encore une journée à fuir dans le regard d’autrui le reflet de ce mépris que je ressens pour moi. Encore une journée à me lamenter de mes lamentations, pour ne pas me lamenter de ma vie.

Encore une journée….

vendredi 20 février 2009

Petits riens

J’aime le son des oiseaux qui parlent entre eux,
il gazouillent, l’air de rien.
J’aime le rire des enfants qui jouent entre eux,
ils se trémoussent, l’air de rien.
J’aime l’œil sournois des vieux qui discutent entre eux,
ils sourient, l’air de rien.
Je hais le silence de ma tête au soleil couchant,
il se pose, l’air de rien.

Le silence

Un grand silence est retombé sur mon âme, un silence lourd de menaces ;
Ma bouche s’est refermée sur mes flammes, comme une sombre crevasse ;
Tout a été dit, rien n’a été entendu dans le royaume des mots ;
Tout dévoilé, mais rien ne fut reçu dans l’empire des ostrogoths.

Et c’est ainsi que le silence m’est revenu, comme un poing dans un mur ;
C’est ainsi que le vide est reparu, lové dans le sein du néant le plus pur.

Sage ou singe ?

On dit sage comme une image.
On ne dit pas sauvage comme une image,
et pourtant, je connais des images
qui n’ont rien de sage.
Elles vous assaillent,
vous percent de part en part,
sèment la pagaille
derrière vos plus hauts remparts.

Méfiez-vous des images.

Berceuse

Dors, l’enfant, dors.Ne souffre plus.
Dors l’enfant,
Tout est fini.
Plus de peur, plus de souffrance.
Plus de cri, plus de pleurs,
C’est bien fini.

Entre dire et rire

Entre dire et rire,
Entre dire et fuir,
Il y a moi, il y a nous.

Entre la musique et l’amour,
Entre le poète et l’amour,
Il y a nous, il y a elle.

Entre la vie et la mort,
Entre l’esprit et la chair,
Il y a elle, il y a moi.

Le cercle est complet, et pourtant,
et pourtant,
et oui pourtant,
je ne suis pas arrivé.

Des mains

Des mains sur un corps d’enfant
Des mains baladeuses, des mains tueuses
Des mains sur un corps sans défense

Cauchemar d’un soir
Cauchemar d’une vie

Des mains sur un corps de mort
Des mains collées pour l’éternité
Des mains, c’est tout

Homme de glace

Un homme de glace, le cœur en feu

Les mots sortent et se gèlent à l’air libre,
Tombant et se brisant sur le sol froid

Les ressentis peinent à murmurer
Pour se rompre eux aussi

Dans ce désert de gel que j’appelle moi
Rien n’est indemne, tout est figé

Au cœur de l’hiver, pourtant, un battement

Au cœur de la nuit, la braise reluit

Mais le silence de glace recouvre la flamme
Et le reflet d’un regard glacial fait retomber le silence

Ce n’est pas la mort, mais son antichambre
Ce n’est pas une vie, mais son absence

Une existence à passer, en surnombre
Un destin déjà vécu, déjà conclus

Un sort déjà scellé sans état d’âme
Reste l’ennui de la fin à venir
…qui se fait attendre

Maman

Maman, pardonne-moi le mal que je t’ai fait.
À cause de moi, tu t’es mise en colère
Et tu as frappé.Maman, mes pleurs t’ont fait mal,
Je suis méchant,
Je ne pleurerai plus.
Et puis tu sais, maman, cela ne fait pas mal,
Ou un peu.

Maman, je t’aime, tu le sais.
Tu me fais peur, maman, quand tu me regardes.
Tu veux que je vole ? Tu veux que je te suive ?
Maman, dis-moi, qui sont tous ces gens ?
Où es-tu ? Maman, tu t’amuses, là-bas ?
Tu n’es plus triste ?
Ne t’inquiète pas pour moi, maman,
Et amuse-toi.

Maman, j’ai eu si peur, ou un peu, mais ne t’inquiète pas.
Je suis là pour t’aider. Maman, ne cours pas !
Maman, où vas-tu ? Trop de monde.
Trop noir, trop sale.
Les araignées, maman, pleines de poils.Elles vont me mordre. Mais tu n’es pas là,
Tu n’es plus là.
Maman.

La couleur du sang, la couleur du temps

C’est joli, la couleur du sang qui coule, goutte à goutte, flip, flop
C’est joli, la couleur du temps qui s’enfuit de vos veines
Et avec lui vos pensées, toute volonté.

Il ne reste qu’à dormir, pour toute la longueur du temps,
A sommeiller à tout jamais, dans une flaque de sang
Sans plus aucune pensée, sans volonté.

C’est joli, la couleur du sang qui s’épanche sur le sol
C’est joli, la couleur du temps, qui d’avenir se fait passé
Et entraîne avec lui pensées et volonté.

RAPPORT DE PSYCHIATRIE (The International Journal Of Victimology)

J"e suis allée voir mon médecin traitant pour demander des anti-dépresseurs, il m'a dit qu'il fallait oublier." ils ne sont tout simplement pas formés. il faut leur donner les adresses suivantes http://psydoc-fr.broca.inserm.fr/conf&rm/conf/confvictime/default.html et: RAPPORT DE PSYCHIATRIE 1 Jean-Michel DARVES-BORNOZ Clinique Psychiatrique Universitaire, CHU de Tours Syndromes traumatiques du viol et de l'inceste * publié par le CONGRES DE PSYCHIATRIE ET DE NEUROLOGIE DE LANGUE FRANCAISE LXXXXIVe SESSION - 1996 TOULON -- 24-28 JUIN 1996 CONGRES DE PSYCHIATRIE ET DE NEUROLOGIE - TOULON 1996 The International Journal Of Victimology ________________________________________ SOMMAIRE DU LIVRE BON DE COMMANDE DU LIVRE Année 2, Numéro 1, Octobre 2003 JIDV.COM INSTITUTIONS Epidémiologie des PTSD Réagir à cet article Accès aux autres numéros : JIDV 1 (octobre-décembre 2002) JIDV 2 (janvier-mars 2003) JIDV 3 (avril-juin 2003) JIDV 4 (juillet-septembre 2003) JIDV 5 (octobre-décembre 2003) LES ABUS SEXUELS Que vous le sachiez ou non, quelqu'un de votre entourage a un jour été victime d'abus sexuel. Et si vous êtes psy, vous vous apercevrez rapidement que les difficultés d'un certain nombre de personnes trouvent là leur origine. Pour ces hommes et ces femmes meurtris, il y aura toujours un « avant »et un « après » l'abus. Notre société préfère souvent méconnaître ce problème, en atténuer la gravité, voire le nier totalement. Ou alors, plein de bonne volonté mais aussi d'incompétence, on propose aux victimes des « solutions» qui ne font qu'aggraver le traumatisme subi. Nous répondons dans cet article à quelques questions : Qu'entend-on par abus sexuel ? Pourquoi la victime a-t-elle tant de mal à parler de ce qu'elle a subi ? Quels dégâts l'abus sexuel provoque-t-il ? Comment aider la victime à s'en sortir ? Qui sont les abuseurs ? QU'ENTEND-ON PAR ABUS SEXUEL ? 1. Une contrainte ou un contact Un abus sexuel est toute contrainte (verbale, visuelle ou psychologique) ou tout contact physique, par lesquels une personne se sert d'un enfant, d'un adolescent ou d'un adulte, en vue d'une stimulation sexuelle, la sienne ou celle d'une tierce personne. Un contact physique est, certes, plus grave qu'une contrainte verbale. Mais il faut savoir que tout abus constitue une violation du caractère sacré et de l'intégrité de la personne humaine et provoque toujours un traumatisme. * La contrainte verbale désigne : une sollicitation sexuelle directe ; l'usage de termes sexuels ; la séduction subtile ; l'insinuation. Tout cela vis-à-vis d'une personne qui ne désire pas les entendre. * La contrainte visuelle concerne : l'emploi de matériel pornographique ; le regard insistant sur certaines parties du corps ; le fait de se dévêtir, de se montrer nu, ou de pratiquer l'acte sexuel à la vue de quelqu'un. Ici encore, sans que la personne le désire. * La contrainte psychologique désigne : la violation de la frontière entre le relationnel et le sexuel (un intérêt excessif pour la sexualité de son enfant) ou entre le physique et le sexuel (des lavements répétés ; un intérêt trop marqué pour le développement physique d'un adolescent). * Le contact physique peut être : assez grave (baiser, attouchement du corps à travers les vêtements, que ce soit par la force ou non, avec ou sans pression psychologique ou affective), grave (attouchement ou pénétration manuels ; simulation de rapports sexuels, contact génital, tout cela avec ou sans violence physique), ou très grave (viol génital, anal ou oral, obtenu de quelque manière que ce soit, par la force ou non). 2. La stratégie de l'abuseur Un abus n'est pas le fait du hasard de la part de celui qui le commet. Etant un pervers, celui-ci prémédite et organise la relation en attendant le moment où ses fantasmes vicieux lui paraîtront réalisables. La victime ignore bien entendu tout cela. La stratégie perverse comporte en général quatre étapes : a. Le développement de l'intimité et du caractère confidentiel, privilégié, de la relation Cette phase, plus ou moins longue (de quelques heures à quelques années), vise à mettre en confiance la future victime qui ne se doute de rien. b. Une interaction verbale ou un contact physique apparemment « convenable » pour la personne qui va être abusée (confidences de caractère sexuel, caresse des cheveux, embrassade amicale). La personne n'a pas peur, et pour cause : dans 29% des cas, son futur abuseur est un membre de la famille, dans 60% des cas un familier ou un ami. Seuls 11% des abus sont commis par un inconnu. c. Une interaction sexuelle ou un contact sexuel C'est la phase de l'abus proprement dit. Ici la victime se retrouve dans la même situation qu'un lapin traversant une route de nuit et qui est pris dans les phares d'une voiture : pétrifié, figé, tétanisé, incapable de réagir, il se laisse écraser par la voiture. L'abuseur, lui, est conscient de ce qu'il fait à sa victime. d. La continuation de l'abus et l'obtention du silence de la victime par la honte, la culpabilisation, les menaces ou les privilèges. Ce silence est rarement rompu. L'abus reste un secret absolu très longtemps, parfois toute la vie. Trois survivantes des sœurs Dionne, les célèbres quintuplées canadiennes, ont attendu l'âge de soixante et un ans pour révéler, dans leur biographie, qu'elles avaient été sexuellement agressées par leur père. En gardant le silence, la victime se fait, malgré elle, l'alliée de l'abuseur, puisque la seule chose qu'il redoute, c'est d'être dénoncé. Le fait de devenir ainsi, bien involontairement, son alliée, renforce le mépris qu'elle a d'elle-même et sa culpabilité. Ce sera une des tâches du psy de lui expliquer qu'une personne sexuellement abusée n'est jamais ni coupable ni responsable. Elle ne pouvait pas deviner que les deux premières étapes n'étaient qu'une stratégie de l'abuseur. Il devra aussi lui dire qu'une personne qui est sous la domination d'un abuseur ne peut s'en sortir qu'en le dénonçant et en révélant ce qu'elle a subi. Or en parler est pour elle très difficile, pour plusieurs raisons. POURQUOI UNE VICTIME A-T-ELLE TANT DE MAL A PARLER DE CE QU'ELLE A SUBI ? 1. Elle met parfois beaucoup de temps pour réaliser qu'elle a été abusée Le temps ne compte pas pour l'inconscient, il s'est comme arrêté pour la victime : c'est souvent l'apparition de symptômes comme la dépression ou des troubles sexuels qui l'incitera à laisser enfin sa souffrance refaire surface et à accepter d'en parler. C'est le premier pas vers la guérison. Mais parler de ce traumatisme, prendre conscience de cette vérité : « J'ai été abusée», peut être un choc terrible. Le conseiller aura besoin de tact et d'une grande compassion pour laisser la personne découvrir elle-même et à son rythme, l'ampleur du drame qu'elle a vécu. Il comprendra l'extrême répugnance qu'elle éprouve à admettre que son corps et son âme ont été ravagés. Elle aimerait tant oublier, ne jamais avoir vécu cela, qu'elle se réfugiera de temps en temps dans le déni : « Cela n'a pas pu m'arriver.» La personne sera encouragée à continuer à parler si vous croyez ce qu'elle dit (elle a absolument besoin de sentir qu'on la croit) et si vous évitez certaines phrases destructrices comme : Il a juste fait une erreur, comme nous en faisons tous. Ce n'est arrivé qu'une fois, après tout. Il est temps que vous tourniez la page. Ça s'est passé il y a si longtemps 2. Elle se sent coupable Dans son for intérieur, sans même le dire ouvertement, la personne pense : - Est-ce que ce n'était pas un peu de ma faute ? - Est-ce que je n'aurais pas pu l'éviter ? - Est-ce que, placé dans ma situation, quelqu'un d'autre aurait réussi à résister, à se débattre, à s'enfuir ? Le psy peut aller au devant des questions qu'elle n'ose pas exprimer en lui demandant : - Qui détenait le pouvoir (parental, spirituel, moral, organisationnel, physique, psychologique) ? - Qui était l'adulte ? Le repère social ? Le référent ? - Qui était l'instigateur, l'organisateur de cet abus ? - Qui pouvait y mettre fin ? Il peut lui faire comprendre que sa culpabilité est liée au décalage entre son vécu passé (et les raisons pour lesquelles elle n'a pu empêcher d'être abusée : son jeune âge, son ignorance, sa totale confiance) et son vécu actuel, où elle est plus âgée, moins ignorante, moins naïve et où elle sait se protéger. Elle se croit coupable parce qu'elle regarde les événements passés avec les yeux de l'adulte avertie qu'elle est aujourd'hui. Or, à l'époque, elle ne possédait pas les protections suffisantes pour empêcher l'abus. On peut aussi l'aider à différencier le point faible dont s'est servi le pervers, par exemple un besoin de tendresse tout à fait légitime, une confiance aveugle, et le crime qu'il a commis, en profitant de ce besoin légitime d'affection ou de cette confiance, pour assouvir ses désirs immoraux. Déconnecter ces deux éléments est souvent un moment de vérité et un soulagement pour la personne, qui fait son deuxième pas vers la guérison quand elle ne se sent plus responsable. Mais le chemin sera encore long jusqu'à la cicatrisation de la blessure. La précipitation et l'impatience sont par conséquent les grands ennemis du conseiller (et du client) dans ce domaine. 3. Parler peut lui coûter cher A chaque fois que la personne abusée se replonge dans l'horreur de son passé, elle doit payer un prix très élevé. En essayant d' « oublier» l'abus, de tourner la page, elle avait construit un certain équilibre, par exemple avec ses proches. Si elle décide de faire éclater la vérité, elle risque de désorganiser cet équilibre factice et de susciter des pressions de ses proches. Il se trouve toujours de faux « bons conseillers» soucieux de leur tranquillité et du qu'en dira-t-on, qui l'accuseront de mentir ou d'exagérer, lui reprocheront de réveiller le passé et l'inciteront à oublier, voire à « pardonner» ; le comble est qu'elle risque même d'être perçue comme responsable de l'abus. Le psy devra donc la soutenir, l'encourager et assurer sa protection matérielle et psychologique. Il l'aidera à évaluer le prix de la lutte qu'elle devra mener pour sortir du bourbier de l'abus sexuel et à réaliser que son désir de s'en sortir sera souvent contrecarré par ceux qui devraient le plus l'assister : sa famille ou les responsables des institutions. Il est à noter que lorsque l'abuseur fait partie d'une institution, quelle qu'elle soit, celle-ci décide souvent, par peur du scandale, de le « couvrir» et donc de rester dans le déni de l'abus, plutôt que de reconnaître publiquement l'existence d'un pervers sexuel au sein de l'institution. Il y a un consensus de réprobation sur la personne qui a le courage de remuer ces choses immondes : qu'elle continue à être comme une morte vivante, ce n'est pas grave. Ce qui est le plus important, c'est qu'elle se taise. 4. Elle souffre de la honte Sartre a dit de la honte qu'elle est « l'hémorragie de l'âme». Un abus sexuel marque la personne au fer rouge, la souille, la pousse à se cacher des autres. La honte est un mélange de peur du rejet et de colère envers l'abuseur, qui n'ose pas s'exprimer. Le sentiment juste qu'elle devrait éprouver est la colère. Eprouver ce sentiment libérateur l'aidera à sortir de la honte. Il faut parfois du temps pour qu'elle parvienne à exprimer son indignation face à l'injustice qui lui a été faite. Cette expression de la colère pourra se faire soit de manière réelle, face au coupable, soit, si ce n'est pas possible pour sa sécurité personnelle, de manière symbolique. Dans tous les cas, c'est à la victime à en décider. La honte est liée au regard que la victime porte sur elle-même ; elle se voit comme souillée à vie. C'est son regard qui devra changer. Elle se pansera en changeant sa manière de se penser. 4. Le mépris Se sentant honteuse, la personne abusée a deux solutions : se mépriser elle-même ou mépriser l'abuseur et ceux qui lui ressemblent. Dans les deux cas, le résultat est le même : elle s'autodétruit, car la haine de soi ou la haine de l'autre sont toutes les deux destructrices. Le mépris d'elle-même peut concerner son corps, sa sexualité, son besoin d'amour, sa pureté, sa confiance. Ce mépris de soi a quatre fonctions : il atténue sa honte, étouffe ses aspirations à l'intimité et à la tendresse (se mépriser anesthésie le désir), lui donne l'illusion de maîtriser sa souffrance et lui évite de rechercher la guérison de son être. Lorsque le mépris de soi est très intense, il peut pousser à la boulimie, à la violence contre soi et au suicide ; dans ces trois cas, la personne châtie son propre corps parce qu'il existe et qu'il a des désirs. 5. Le véritable ennemi Si l'on demande à une personne qui a subi un abus sexuel quel est son ennemi, elle répondra sans doute : « C'est le coupable de l'abus.» Cela semble tellement évident. La victime a le choix : soit elle combat, en cultivant sa haine envers l'abuseur, en ruminant une vengeance contre lui ; soit elle fuit, en cherchant à oublier, en s'endurcissant pour ne plus souffrir, en se repliant sur elle-même, en devenant insensible, de manière à ne plus ressentir ni émotion ni désir. Mais ces deux solutions sont vaines, car l'ennemi n'est pas l'abuseur. Certes, il représente un problème, mais la bonne nouvelle est qu'il n'est pas le problème majeur. Le véritable adversaire, c'est la détermination de la personne à rester dans sa souffrance, dans sa mort spirituelle et psychique et à refuser de revivre. L'ennemi réside donc, paradoxalement, dans la victime elle-même ! Ce troisième pas vers la guérison est sans doute le plus difficile à franchir. La personne doit comprendre qu’elle a devant elle la vie et la mort, et qu'il n'appartient qu'à elle de rester dans la mort ou de choisir de revivre. Lorsque le conseiller sent qu'elle a pris la décision de sortir de la pulsion de mort pour entrer dans la pulsion de vie, il aura alors sans doute l'occasion de parler avec elle des trois grands dégâts que l'abus a produits dans sa vie et qui devront être réparés. LES DEGATS PRODUITS PAR L'ABUS SEXUEL Ces dégâts constituent un torrent tumultueux qui balaie tout dans l'âme, et qui inclut : le sentiment d'impuissance, celui d'avoir été trahi et le sentiment d'ambivalence, ainsi que plusieurs autres symptômes. 1. Le sentiment d'impuissance L'abus sexuel a été imposé à la victime. Qu'il se soit produit une fois ou cent fois, avec ou sans violence, ne change rien au fait qu'elle a été dépossédée de sa liberté de choix. a. Ce sentiment provient de trois raisons * Elle n'a pas pu changer sa famille dysfonctionnelle, s'il s'agit d'un inceste. Ses proches ne l'ont pas protégée comme ils auraient dû le faire, sa mère ou sa belle-mère n'a rien vu ou fait semblant de ne rien voir. * Que l'abus ait été accompagné de violence ou non, qu'il y ait eu douleur physique ou non, la victime n'a pu y échapper, ce qui crée en elle faiblesse, solitude et désespoir. De plus, le coupable se sert de la menace ou de la honte pour la réduire au silence et recommencer en toute impunité, ce qui augmente son impuissance. * Elle ne parvient pas à mettre un terme à sa souffrance présente. Seule, la décision de se supprimer anesthésierait sa douleur, mais elle ne peut s'y résoudre, alors elle continue à vivre, et à souffrir. b. Ce sentiment d'impuissance entraîne de graves dommages * La personne abusée perd l'estime d'elle-même, doute de ses talents et se croit médiocre. * Elle abandonne tout espoir. * Elle insensibilise son âme pour ne plus ressentir la rage, la souffrance, le désir ou la joie. Elle enfouit et refoule dans son inconscient les souvenirs horribles de l'agression sexuelle. * A force de renoncer à sentir la douleur, elle devient comme morte. Elle perd le sentiment d'exister, semble étrangère à son âme et à son histoire. * Elle perd le discernement concernant les relations humaines, ce qui explique que les victimes d'abus tombent souvent à nouveau sous la coupe d'un pervers, ce qui renforce leur sentiment d'impuissance. 2. Le sentiment d'avoir été trahi Beaucoup de gens ignorent le nom des onze autres apôtres, mais connaissent Judas, le traître. Pourquoi ? Parce que la plupart des gens estiment que rien n'est plus odieux que d'être trahi par quelqu'un qui était censé vous aimer et vous respecter. La personne abusée se sent trahie non seulement par l'abuseur en qui elle avait confiance, mais aussi par ceux qui, par négligence ou complicité, ne sont pas intervenus pour faire cesser l'abus. Les conséquences de la trahison sont : une extrême méfiance et la suspicion, surtout à l'égard des personnes les plus aimables ; la perte de l'espoir d'être proche et intime avec autrui et d'être protégée à l'avenir, puisque ceux qui en avaient le pouvoir ne l'ont pas fait ; l'impression que si elle a été trahie, c'est parce qu'elle l'a mérité, du fait d'un défaut dans son corps ou dans son caractère. 3. Le sentiment d'ambivalence Il consiste à ressentir deux émotions contradictoires à la fois. Ici, l'ambivalence gravite autour des sentiments négatifs (honte, souffrance, impuissance) qui ont parfois été simultanément accompagnés du plaisir, qu'il soit relationnel (un compliment), sensuel (une caresse), ou sexuel (le toucher des organes), dans les premières phases de l'abus. Le fait que le plaisir soit parfois associé à la souffrance entraîne des dommages considérables : la personne se sent responsable d'avoir été abusée, puisqu'elle y a « coopéré» en y prenant plaisir ; le souvenir de l'agression peut revenir lors des rapports conjugaux ; elle ne parvient pas à s'épanouir dans sa sexualité qui est pour elle trop liée à la perversité de l'abuseur ; elle contrôle et même s'interdit le plaisir et donc son désir sexuel. Le conseiller doit expliquer à la personne qu'elle n'est pas responsable d'avoir éprouvé un certain plaisir, car il est normal qu'elle ait apprécié les paroles et les gestes de « tendresse» de l'abuseur. C'est la nature qui a donné à l'être humain cette capacité à ressentir du plaisir. Ce qui n'est pas normal, c'est la perversion de celui qui a prémédité ces attitudes affectueuses pour faire tomber une proie innocente dans son piège. C'est lui le seul responsable.
4. Quelques autres symptômes On pensera à un éventuel abus sexuel si le client : - Souffre de dépressions à répétition. - Présente des troubles sexuels : manque de désir, dégoût, frigidité, impuissance, crainte ou mépris des hommes ou des femmes, peur de se marier, masturbation compulsive. Chez l'enfant, ce trouble de l'auto-érotisme, ainsi que certaines énurésies, peuvent faire penser à un abus sexuel. - Se détruit par l'usage abusif d'alcool, de drogue ou de nourriture. L'obésité, en particulier, permet à des jeunes filles ou à des femmes qui ont été violées de se rendre, inconsciemment, moins attirantes et de se protéger ainsi contre une autre agression. - Souffre de maux de ventre, d'infections gynécologiques à répétition. - A un style de relation avec les autres très caractéristique : soit il est trop gentil avec tout le monde, soit il est inflexible et arrogant, soit enfin il est superficiel et inconstant. AIDER LA VICTIME A REVIVRE Celle-ci devra cesser d'écouter les voix intérieures qui la maintiennent dans la culpabilité et la honte et se mettre à l'écoute de la voix de la vérité, qui la conduira vers la libération. Elle devra aussi abandonner les voies sans issues que des personnes bien intentionnées mais incompétentes (des aidants « peu aidés» !) lui proposent : nier l'abus, le minimiser, oublier, pardonner au coupable sans que celui-ci se soit sérieusement repenti, tourner la page, cesser de se plaindre, etc. La voie menant à un mieux-être comprend deux étapes : regarder la réalité en face, et décider de revivre. 1. Regarder la réalité en face La personne devra peu à peu retrouver les souvenirs de l'abus, admettre les dégâts et ressentir les sentiments adéquats. a. Retrouver les souvenirs de l'abus La victime préfère souvent les oublier, tant cela la dégoûte ou la terrifie. Ou alors elle les raconte froidement, comme si c'était arrivé à quelqu'un d'autre. Mais ce déni est un obstacle à la guérison. L’abus ne doit pas être gommé, mais nommé. Avec beaucoup de tact, on l'encouragera à remonter dans le passé, parfois très lointain, car seul un abcès vidé peut cicatriser. Le retour des souvenirs refoulés se fera progressivement au cours de la psychothérapie. L'inconscient de la personne collabore activement par le moyen de rêves, ou d'images qui lui reviennent à l'esprit. Certains événements font aussi resurgir les traumatismes oubliés, par exemple : une rencontre avec l'abuseur, une grossesse, la ménopause, un autre abus, le fait qu'un de ses enfants atteigne l'âge qu'elle avait lorsqu'elle a été abusée, le fait de se retrouver sur les lieux de l'agression, ou le décès du coupable. b. Admettre les dégâts Ce retour pénible dans le passé va lui permettre d'admettre les dures vérités suivantes : * J'ai été victime d'un ou de plusieurs abus sexuels. C'est un crime contre mon corps et contre mon âme. * Etant victime, je ne suis en rien responsable de ce crime, quoi que j'aie pu ressentir. * Suite à ces abus, je souffre de sentiments d'impuissance, de trahison et d'ambivalence. * Ma souffrance est intense, mais la cicatrisation est possible, si j'admets qu'il y a eu blessure. * Cette cicatrisation prendra du temps. * Je ne dois pas recouvrir mon passé d'un voile de secret et de honte ; mais je ne suis pas non plus obligé d'en parler au premier venu. c. Ressentir les sentiments adéquats La culpabilité (qui est un sentiment racket très fréquent ici), la honte, le mépris, l'impuissance, la haine, le désespoir, devront peu à peu être remplacés par les sentiments plus adéquats que sont la colère envers l'abuseur et ses complices, et la tristesse face aux dégâts subis. Cette tristesse ne doit pas mener à la mort, au désespoir, mais à la vie, c'est-à-dire à une foi, une espérance et un amour renouvelés. Le conseiller favorisera l'expression de ces deux sentiments, de manière réelle ou symbolique, mais toujours en toute sécurité, à savoir dans le cadre protégé des séances de relation d'aide. 2. Décider de revivre Pourquoi une victime d'abus sexuel devrait-elle décider de revivre, après tout ce qu'elle a souffert et souffre encore ? Tout simplement parce qu’il est meilleur pour elle de choisir la vie et non la mort. Choisir de revivre signifiera pour elle : a. Refuser d'être morte Elle trouve normal de vivre avec un corps et une âme morts ; paradoxalement, cela lui permet de survivre, en ne risquant plus de ressentir la joie ou la douleur. b. Refuser de se méfier La victime se méfie tous les êtres humains. Une femme violée, en particulier, voit tout « mâle» comme étant le « mal». Elle devra apprendre à transformer sa méfiance envers les hommes en vigilance, ce qui est tout différent. c. Ne plus craindre le plaisir et la passion Ces deux éléments la ramènent au drame qu'elle a subi, alors elle les fuit. Ce faisant, elle se prive de ces deux dons. Ayant été victime du désir (pervers, mais désir tout de même) de quelqu'un, elle « jette le bébé avec l'eau du bain», c'est-à-dire qu'en rejetant l'abus qu'elle a subi, elle rejette en même temps tout désir, même le sien. Elle doit réaliser que ce n'est pas parce que quelqu'un a eu un désir pervers envers elle qu'elle doit désormais renoncer à son propre désir. d. Oser aimer à nouveau Elle devra progressivement renoncer à ses attitudes autoprotectrices et à son repli sur elle-même pour goûter à nouveau à la joie d'aimer les autres et de nouer des relations chaleureuses et sûres. Elle quittera sa carapace pour retrouver un cœur tendre, capable de prendre le risque d'aimer ceux qu'elle rencontre. Elle abandonnera ses défenses, ce qui ne veut pas dire qu'elle ne s'entourera pas de protections. Une protection n'est pas une défense. Elle découvrira alors que, s'il est vrai qu'une ou plusieurs personnes l'ont trahie, la grande majorité des autres sont dignes de confiance. LE DEVOILEMENT DES ABUSEURS 1. Qui sont-ils ? En très grande majorité ce sont des jeunes gens ou des hommes, provenant de toutes les classes de la société et de tous les milieux. Souvent, ils font partie de l'entourage de la victime : un camarade, un voisin, un chef scout ou un animateur de jeunes, un baby-sitter, un enseignant, un patron, un collègue de travail, un prêtre, etc. Ce sont aussi très souvent des membres de la famille : le père, l'oncle, le grand-père, le grand-oncle, le beau-père (de plus en plus fréquemment du fait de l'augmentation des remariages et des familles recomposées), le frère, le demi-frère ou le quasi frère, le beau-frère, le cousin, etc. On parle alors d'inceste ou d'abus sexuel intra-familial. Il s'agit, plus rarement, d'une personne inconnue de la victime. Il est à noter que 80% des agresseurs ont été eux-mêmes victimes d'abus dans le passé, ce qui ne les excuse nullement, mais peut expliquer en partie leur comportement. 2. Le dévoilement Une victime a beaucoup de mal à dénoncer son agresseur ; elle révèlera plus facilement l'abus lui-même. Pourtant, cette dénonciation a une grande portée thérapeutique et il faut l'encourager à rompre le silence. Une fois dite à un autre, la parole devient inter-dite et non plus interdite, comme le voulait le pervers. Mais cette dénonciation est souvent mal acceptée par la société. Tant qu'une personne sexuellement abusée ne dénonce pas le coupable, elle est considérée comme victime. Mais le jour où elle décide d'en référer à la Justice, on la considère alors comme coupable d’accuser quelqu'un, et le crime commis envers elle va être nié. C'est pourquoi par exemple la grande majorité des femmes violées se résignent à rester des victimes à vie et donc à se taire, par peur d'être en fin de compte accusées du crime qu'elles dénoncent. Or, elles ne devraient jamais hésiter à rendre le poids du crime à celui à qui il appartient : le violeur. Il faut néanmoins savoir que, si porter plainte a une portée thérapeutique, le processus judiciaire est long, pénible et coûteux. Les interrogatoires répétés, le manque de respect et de tact de certaines personnes , la honte de dévoiler son histoire devant tout le monde, l'impression de ne pas être crue, entraînent ce que l'on appelle une victimisation secondaire. A chaque fois qu'elle relate le viol, la femme se sent à nouveau violée. Le soutien, matériel et psychologique, d'organismes spécialisés dans l'aide aux victimes d'abus sexuels, est précieux dans ce genre de démarche, d'autant plus que le jugement prononcé sur le coupable, souvent trop clément, semble décevant et injuste à la victime et ravive sa douleur. Si vous êtes mis au courant d'un cas d'abus sexuel, la première chose à faire est d'éloigner la victime de l'abuseur, afin d'éviter que ce dernier ne recommence. Dans le cas particulier d'abus sexuel sur mineur, la deuxième démarche est d'informer les autorités compétentes (services sociaux et police). La loi vous fait obligation de ce dévoilement, et vous devez dans ce cas-là rompre le secret professionnel, sinon vous risquez d'être considéré par la loi comme complice. Cette dénonciation vise à protéger la victime et les autres victimes potentielles, et à obliger le coupable à arrêter ses agissements. 3. Les réactions des abuseurs à leur dévoilement Un récent Colloque européen sur les violences sexuelles a établi que 82% des abuseurs n'admettent pas leur responsabilité (53% nient même totalement les faits). Seuls 18% d'entre eux admettent les faits, et encore parce qu'ils y sont obligés après confrontation avec les victimes, et non sans les accuser de les avoir "provoqués». Cette négation des faits leur permet de persévérer dans leur perversion, et donc de ne pas être privés de leur jouissance, qui seule compte pour eux. Quand ils ne peuvent plus nier les faits, ils les admettent en minimisant ou en niant les conséquences désastreuses sur les victimes, surtout si l'abus a été exempt de violence physique. S'ils ont du remords ou du regret, ce n'est jamais de leurs crimes, mais de s'être fait prendre et de devoir cesser. Si un psy se montre indulgent envers un pervers, parce qu'il désire régler rapidement une situation qui le dépasse ou le dégoûte, il risque d'être manipulé par l'abuseur qui fera preuve d'un « repentir» à bon marché pour continuer en paix ses activités vicieuses cachées. Il se fait ainsi son complice, ce qui est grave. Une réaction possible du coupable d'abus est la suivante : il salit et s'allie. Il salit les victimes ou d'autres personnes innocentes en les accusant du mal que lui-même commet ; ce faisant, il soulage ainsi sa culpabilité. Par ailleurs, il s'allie ceux qui peuvent devenir ses alliés et ses défenseurs (un père incestueux s'allie sa femme pour qu'elle le laisse abuser de leur fille). Un pervers qui est dévoilé et qui refuse de se repentir peut tomber dans la panique, la dépression, l'alcool ou le suicide ; plus souvent il s'endurcit et continue de manière accrue ses pratiques. Il est extrêmement rare qu'un délinquant sexuel se repente réellement, (tout au plus exprimera-t-il quelques vagues « regrets»), mais il faut toujours lui en donner l'occasion. En conclusion, tout thérapeute devrait avoir à cœur de se former dans ce domaine si particulier, s'il veut s'occuper de personnes ayant souffert de ce drame que constitue l’abus sexuel. Jacques et Claire Poujol Conseillers Conjugaux et Familiaux Site web: www.relation-aide.com (Extrait du livre de Jacques et Claire Poujol : « Manuel de relation d’aide : l’accompagnement spirituel et psychologique», Empreinte Temps Présent, 1998.) Bibliographie Abus sexuel. L'enfant mis à nu, Gijsechem (Van) Hubert, Méridien Psychologie. La personnalité de l'abuseur sexuel, Gijseghem (Van) Hubert, Méridien Psychologie. La violence impensable, inceste et maltraitance, Gruyer F., Fadier-Nisse M., Dr Sabourin. Le viol du silence, Thomas Eva, Aubier. Le viol, Brownmiller Susan, Stock. Le viol, Lopez Gérard, Piffaut Gina, Que sais-je ? n° 2753, PUF. L'enfant violenté, Rouyer M., Drouet, Bayard. La famille maltraitante, Cirillo S., De Blasio P., ESF, 1992. Viol à domicile, la loi du silence, Bigourdan Paul, Delachaux Niestlé. Violence et abus sexuels dans la famille, Perrone R., Nannini M., ESF, 1995. Violences sexuelles en famille, Chemin, Drouet, Geoffroy, Jezequel, Joly, Erès.